24
sept
09

Le père Teilhard et le Serpent à Plumes

Le Père Teilhard et le Serpent à plumes

« A new world is only a new mind »

Williams Carlos Williams

Après des années d’attente pathétique, Seymour le chien de Philip J. Fry décède à la fin de l’année 2012. La même année, Robert Neville, personnage principal du film Je suis une légende, meurt le 21 décembre dans la solitude lui aussi. Super size me se termine en prophétisant la chute de MacDonald. Sur la pierre tombale sont inscrites deux dates: 1954 et 2012. La vérité, x-files, dernier épisode, annonce l’achèvement du Grand Plan des Petits Gris toujours la même année, qui voit par ailleurs sur la BBC le Docteur repousser une invasion de Daleks. En passant, regardez Doctor Who, géniale série anglaise à la fois absurde, pince-sans-rire et de pure science -fiction.

Pour revenir à notre sujet, Genesis, la chanson s’appelle Get’Em out by Friday, ou Incubus, sur A certain shade of green, font référence encore à la même date. On la retrouve dans les romans de Robert Henlein, dans les exceptionnels Invisibles de Grant Morrison (chez Panini Comics ou http://www.bm-lille.fr/bmlille/bmlille.php?rub=35&art=110 pour une bio de l’auteur) ou au détour d’une masse de jeux, de Shadowrun à Méga Man, du jeu de rôle cyberpunk au jeu vidéo de plate-forme. Et selon Eric Cartman, nous allons tous mourir.

(Wisdom of the Cartman lesson three: know what awaits you in heaven et lesson twelwe: kids with red hair and freckles have no souls http://www.southparkstudios.com/crap/dvds/cultofcartman.php)

Hors des fictions, le paysage est moins surprenant mais plus fantastique. Entre glaciation, hiver nucléaire, retour de la planète Niburu ou débarquement d’extraterrestres, les prédictions sont variées et presque innombrables.

À ce stade, et plutôt que d’enchaîner des références de plus en plus étranges, il convient de poser quelques questions: d’où vient cette date ? qu’est ce qui lui a donné les moyens de se répandre comme un virus ? et plus important pour qui prépare sereinement son avenir…Que va-t-il se passer?

quetzalcoatl1

Tout d’abord un petit point sur l’une des branches de cette tortueuse histoire. Elle  débute avec le fascinant et complexe calendrier des Mayas. Quelques explications techniques s’avèrent nécessaires puisqu’une partie des théories et des prédictions dont nous avons parlé plus haut est inspirée de près ou de loin par des lectures de ce calendrier.

N’essayez pas de retenir les noms oubliés de ces cycles précis. Nous n’avons besoin que d’un aperçu, mais les prêtres –sorciers ont eu le temps de s’ennuyer et le résultat n’est pas simple.

Les Mayas utilisaient donc au moins trois calendriers différents. Le premier est un cycle religieux et divinatoire de 13 fois 20 jours, soit 260, le tzol’kin. Le second est un cycle civil de 365 jours ou haab. Le dernier, plus complexe, est utilisé pour enregistrer l’histoire. On peut le visualiser comme l’imbrication de cycles allants du jour ou kin au baktun de 394 ans environ. 13 baktunob forment le compte long, une période de 5126 ans, elle aussi cyclique. Rajoutons que les Mayas utilisaient une série d’autres cycles et que ce compte long ne fut utilisé qu’à la période classique de cette civilisation.

Plus à propos, relevons la parfaite synchronisation entre les dates de ce calendrier et celles du nôtre. Savoir une date maya permet de connaître son équivalente dans le calendrier julien. La date o du compte long en cours correspond au 6 septembre 3114 av. Jésus-Christ. La fin de ce compte long serait donc le 21 décembre 2012, en accord avec le calcul savant connu sous le nom de “corrélation Goodman Hernandez Martinez Thompson” (sic) qui a relevé cette synchronisation. Signalons pour l’exhaustivité que le compte est parfois décalé de deux jours ou de 260 ans au gré des controverses scientifiques. Et qu’il légitime quantité d’interprétations millénaristes.

Nous devons à présent effectuer un saut dans le temps et l’espace pour nous retrouver à la fin des années hippies. Terence McKenna commence son parcours psychédélique. Ce personnage hors normes, un des papes de la contre-culture, que Timothy Leary a appelé “le vrai Tim Leary” et qui admire Marshall McLuan, Pierre Teilhard de Chardin, le christianisme gnostique et James Joyce, se lance en 1971 dans une série de transes hallucinatoires à base de DMT. Il ne cherche pas, comme ce fut le cas quelques années plus tôt, une meilleure connaissance de soi mais plutôt un autre niveau de conscience permettant de voir le côté invisible de la réalité.

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Les drogues le mettent en contact avec des entités qu’il appelle “elfes mécaniques auto transformant” effrayants et fascinants l’incitant à étudier une version primitive du Y-ching, le livre des transformations, livre chinois plurimillénaire fameux servant à la divination.

On laisse à une autre fois l’étude des phénomènes psychiques et l’on accepte sans autre les témoignages des gens s’il vous plaît, j’argumente même à l’occasion;  ce n’est pas le sujet ici. Bref, McKenna met  au point une théorie de l’univers vu comme une machine à préserver et à produire de la nouveauté dans le temps. La nouveauté est comprise comme l’opposé de l’entropie, l’extropie.

Graphiquement, l’extropie se répand sous la forme d’une courbe fractale à travers le temps, qui prend donc lui aussi la forme d’une courbe fractale, la modélisation de ces courbes est connue comme la TimeWave Zero. Celle-ci montre à quel moment mais pas à quel endroit la nouveauté se répand dans le temps. Plus simplement, on peut visualiser le temps comme des cycles ou des boucles de taille variées suivant que l’entropie ou l’extropie domine. Selon McKenna, ces cycles devraient tous se synchroniser par une extraordinaire coïncidence le 12 décembre 2012…

Ne voulant pas inciter mes aimables lecteurs aux aventures psychédéliques, je laisse à chacun le soin de vérifier le raisonnement ci-dessus par les moyens qu’il juge approprié afin de visualiser les boucles fractales de temps et d’extropie. J’ai laissé quelques liens…

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Pour revenir à McKenna, qui prétendit en passant n’avoir appris qu’après coup l’histoire du calendrier maya, cette date qu’il appelle eschaton (la fin des temps en grec) sera une explosion de nouveauté, d’extropie, et non un désastre total. Sa mythologie mérite d’être décrite.

Auparavant un mot encore sur le personnage. Il est important, plutôt que de crier au drogué halluciné qui a pris ses désirs pour des réalités, mais tout en admettant sans problèmes avec lui que c’est complètement le cas, de comprendre le contexte et la démarche de McKenna. Si très vite il est devenu une figure de la contre-culture, particulièrement dans les milieux news age mais aussi dans la musique Goa entre autres où ses discours sont samplés et mixés sur des rythmes censés aider à l’hallucination, il montre peu d’indulgence pour une immense partie de ces mouvements qu’il juge dogmatiques.

Sa démarche est tout entière basée sur l’expérience et détonne au milieu de la plupart des petits gourous de la seconde moitié du vingtième siècle. D’abord parce qu’il ne cherche pas à réunir un groupe de fidèles, mais incite plutôt à une démarche personnelle à la fois impliquante, dangereuse, marginale mais conservant un certain esprit critique. Il a ainsi travaillé avec son frère sa vie durant.

Ensuite parce qu’il faut dire un mot de ses théories les plus fameuses à savoir le singe drogué et la théorie de la nouveauté. Au fait la théorie du singe drogué prétend que l’homme est devenu humain en changeant de régime alimentaire, c’est-à-dire en mangeant ces sortes de champignons qui font voir des choses multicolores et le grand tout cosmique en stéréoscopique….  Si leur succès est immense, si des dizaines d’allumés les prennent pour argent comptant, McKenna a toujours présenté lui-même ses théories comme des hypothèses basées sur un travail visionnaire conscient et critique, ne répondant qu’au minimum aux exigences des scientifiques mais sans leur être opposé, en bref le travail d’un cyber-shaman.

McKenna sait consciemment qu’il crée des mythes ce qui l’empêche de se prendre au sérieux. En fait, des scientifiques qui se sont penchés sur ces théories, au-delà de la discussion morale de ses méthodes, non seulement n’y ont rien trouvé de décisif mais ont même infirmé plusieurs de ses postulats: calculs arbitraires pour la timewave, soupçons de lamarckisme pour la théorie du singe savant… Cependant plusieurs, dont Ralph Abraham, qui a participé à l’élaboration de la théorie du chaos, ont collaboré avec lui et d’autres ont avoué s’en être inspirés.

De plus la théorie de l’extropie de McKenna rappelle et s’inspire d’une théorie plus rigoureuse quoi que très hypothétique : la Singularité technologique, attribuée à John von Neumann mais formulée par l’écrivain de s-f et professeur de mathématique et d’informatique Vernor Vinge, décrivant dès les années 50 une asymptote verticale du progrès scientifique et postulant un point où celui-ci échappe à la compréhension de l’homme car il produit la capacité de se reproduire par lui-même. On pense évidemment à des Intelligences Artificielles aux capacités dépassant les humains et capables d’insuffler leur propre dynamique  au progrès (sans définition)   voire à une évolution réflexive de la conscience posthumaine.

teilhard-de-chardin

Certaines visions inspirées du philosophe et théologien français Teilhard de Chardin, mais coucou qui voilà, ont une appréhension plus spirituelle de cette rupture puisqu’ils imaginent en parallèle une augmentation de la conscience de l’homme ouvrant les portes de la noosphère, c’est-à-dire une sorte de biosphère possédant la conscience justement, avec plus ou moins de cyberespace pour en préparer l’avènement à en croire ceux qui s’en sont inspirés, dont McKenna.

N’oublions pas de citer Dan Simmons et l’extraordinaire cycle des Cantos d’Hypérion (merci Keats) qui remet en scène le vénérable père Teilhard entre autres tout en imaginant une infosphère qui serait la noosphère de la machine et dans lequel  les I.A. elles-mêmes affrontent leur propre singularité puisqu’elles se rêvent un dieu informatique…

Mais 2012 est encore loin et je crains à présent de lasser mes lecteurs.

Un prochain texte développera l’histoire de la planète Niburu et parlera des cybershamans. De Qetzalcoatl aussi, promis…

Les Astres sont propices…

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toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.


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