02
nov
09

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Things fall apart; the center cannot hold;

Mere anarchy is loosed upon the world,

W.B. Yeats The second coming

Regle-Cybernetique_2

La cybernétique est d’abord une branche de la mécanique étudiant et mettant au point des modes de communication entre l’humain et la machine. Enfin…

Mécanique c’est vite dit puisque cette science particulière doit autant à la physiologie ou à la linguistique qu’au travail des ingénieurs. Nous n’évoquerons pas le travail de Norbert Wiener ou les différentes écoles qui ont poursuivi ses recherches. L’objectif de cette science était à l’origine de permettre un dialogue entre la machine et son utilisateur, placé sous le signe de la rétroaction. C’est-à-dire que l’information fournie à la machine est transformée puis ressort comme information pour l’opérateur qui peut à son tour réagir en fonction et faire avancer la machine. Très vite, dès les balbutiements de l’informatique, cette structure, la boucle de rétroaction, devient un des fondements de la création des premiers ordinateurs. La théorie du langage, la théorie de l’information entre autres sont des dérivés directs de la cybernétique. Des penseurs comme Gregory Bateson, et Wiener lui-même, étendent rapidement le concept aux sciences sociales, avec les évidentes interrogations sur le contrôle des sociétés qui découlent de ces modèles, avant de le retrouver, après le cyberpunk, appliqué à peu près partout dans tous les sens dès qu’on parle de près ou de loin d’un ordinateur. Voire ailleurs puisqu’on l’utilise aussi en biologie ou en science de la communication.

mouse

Le Premier Cyborg Officiel

Vers 1960 la NASA explore différentes voies pour conquérir l’espace. Parmi ces recherches, nous en retiendrons deux qui sont essentielles pour nos vagabondages dans le siècle prochain et au-delà : les recherches sur l’organisme augmenté de Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline et les expériences tentant de découvrir la vie sur Mars de James Lovelock.

Lovelock est devenu fameux en posant l’hypothèse Gaïa. Ce nom est, depuis la vague verte, synonyme de grande déesse-mère végétarienne, féministe, mystique, hostile au complexe industriel et à sa technologie nécessairement patriarcale. Rien d’étonnant en donnant le nom d’une déesse à une découverte scientifique. En fait, le projet de Lovelock est plus révolutionnaire et complexe.

goddess_gaia

La Grande Déesse sur http://www.freewebs.com/samsimillia/goddesswithin.htm

On l’a dit, il doit trouver une vie sur Mars. Très vite, la question devient qu’est-ce que la vie et comment déceler sa présence sans contact direct avec celle-ci et en postulant a priori qu’elle puisse être fondamentalement différente? En s’intéressant à l’atmosphère et à ses modifications défiant les lois physiques de l’entropie,   c’est-à-dire impliquant de l’animé.

Lovelock va s’intéresser au système planétaire et définir ainsi une planète portant la vie comme un complexe instable de boucles de rétroaction sans cesse déséquilibré et rééquilibré, c’est-à-dire perçue comme l’extension d’un système vivant conçu pour maintenir un environnement optimal pour ses propres besoins. Mais sa découverte la plus fondamentale est que des changements d’une telle ampleur impliquent non seulement le vivant mais aussi les propriétés physiques de la terre, ses magmas, ses atmosphères, ses océans.

earths_bipsphere_4

Spaceship earth sur http://www.dailygalaxy.com/my_weblog/2007/11/creator-of-the-.html

En d’autres thermes, la terre dans son ensemble est un système homéostatique dynamique et autorégulé ou Gaïa. Pour citer l’excellent livre de vulgarisation scientifique et d’humour de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen, cela signifie que “notre planète se comporte comme  un système unique équipé par l’évolution de mécanismes lui permettant d’entretenir un fonctionnement efficace. Ce développement résulte d’innombrables sous-systèmes -organismes, écologies- dont les rouages évoluent, assurant continuité et rendement de leur mode opératoire. Si chaque membre d’une équipe remplit mieux son rôle, alors l’équipe entière devient meilleure.”  Au passage, après l’abandon par la NASA du programme de recherche sur la vie martienne, c’est le groupe Shell qui finance les travaux de Lovelock, sous prétexte d’étudier les effets de la pollution atmosphérique.

Spaceship-Earth_4a_copyright

http://daveginsberg.net/SpaceshipEarth/story.htm

En attendant, l’univers de Lovelock brouille les frontières entre organique et mécanique, entre naturel et technologique. Dans le système monde, l’ensemble des éléments participe au fonctionnement de chaque élément indépendamment de sa définition en tant que vivant, qu’organique. Dans une vision extrême, la terre devient le cyborg Gaïa plate-forme de lancement de nouveaux cyborgs, à en croire les interprétations de Donna Haraway. Et il faudrait parler de Buckminster Fuller

Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline sont deux scientifiques de la même NASA engagés sur le même type de programme mais sur un registre plus ambitieux puisqu’ils devaient trouver des méthode afin d’améliorer l’adaptation de l’organisme au vide cosmique. Au cours de leurs travaux, ils proposent le mot de cyborg afin de décrire un organisme fonctionnant de manière autorégulée avec un objet technologique participant à son fonctionnement. En réalité, ils produisent même le premier organisme augmenté, un rat portant une sorte de pompe intégrée diffusant des hormones dans son corps. Le rat n’est pas conscient de la machine qui devient nécessaire à sa vie, mais la machine ne pourrait pas non plus fonctionner en autonomie. Elle est tout autant dépendante du rat pour poursuivre ses fonctions. L’être ainsi crée est défini par cette relation de feedback qui en fait un cyborg.

Une si petite créature connaîtra une descendance prolifique. Elle possède  quelques rares ancêtres. Si l’on oublie les têtes parlantes du Moyen-Âge, on trouve quelques êtres littéraires dont la très androïde Eve Future de Barbey d’Aurevilly, l’homme prosthétique de Poe dans The Man that was used up ou le Captain America. Comme vous avez tous lu le cher Edgar, rappelons que le Captain fut constitué à partir d’un soldat chétif et d’un sérum irradié au cours de la seconde guerre mondiale.

Au-delà de ces vieilles figures, nous pourrions prétendre que l’attachement que nous avons pour les technologies nous a déjà transformé. Nous modifions depuis longtemps nos corps à l’aide de vaccins et certains portent des pacemakers. Nos technologies de la communication sont de plus en plus invasives, les jeunes filles peuvent s’implanter un dispositif qui contrôlera leurs règles… De là à prétendre que nous vivons déjà dans un monde de cyborgs…

kate_moss_cyborg1

http://danpankraz.wordpress.com/2009/07/, bon article en lien avec l'image

Une fois de plus nous devrions définir certaines choses, à savoir où commence un cyborg, au-delà de la souris spatiale. Quelqu’un pourrait demander si ceci ne risque pas d’avoir un impact sur ce que nous entendons par humain. De mon point de vue, il faut poser la question.

Mais tout cela mérite plus ample discussion, et nous attendrons donc des Astres plus propices.


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