D’abord je pense que c’est jamais trop tôt pour montrer de belles choses aux enfants. Donc personnellement je ne ris pas, je comprends même très bien cette envie que j’estime.
Après, juste pour le dire, je me livre ici à une interprétation assez libre, dans le sens où je ne cours pas toute les lignes vérifier mes citations, donc si vous voyez des approximations, n’hésitez pas à me prévenir. Ce sont surtout mes souvenirs, mais ce monument littéraire m’inspire depuis des années. Là, Loki, tu me permets de mettre un peu en forme pas mal d’idées qui m’étaient venues à gauche à droite. T’hésites pas (et personne d’ailleurs) à me demander des précisions.
Enfin, je suis personnellement un partisan de la polysémie et de l’interprétation multiple. Lire, et plus encore interpréter un texte est pour moi un processus évolutif constant qui ne cesse de créer de nouveaux liens. Dans l’apostille au Nom de la Rose, Umberto Eco qui est loin d’être la moitié d’un con et dont le roman traite justement du labyrinthe du sens (oui, la bibliothèque là, dans lequel on trouve un inédit d’Aristote, livre perdu traitant de l’art d’écrire… ) raconte comment lui, l’auteur, quand bien même il avait truffé son texte de références internes et externes, vit sa propre vision de son oeuvre évoluer grâce au regard des lecteurs. En fait, d’une certaine manière, un texte est toujours neuf et le relire, ou même s’en souvenir, ouvre de nouvelles portes.
De plus, je crois passablement à l’Espace B, c’est à dire au lien fondamental entre tout texte écrit qui contient potentiellement tous les autres. Lire, c’est aussi un contexte.
Bref, commençons par parler de Bilbon et Frodon, et parlons un peu de la Parenté. Parce que tout le monde sait que la Comté présente un peu une vision idéale d’une certaine Angleterre (je me demande si les hobbits ont des sports aussi stupides que le Copper’s Hill Cheese Rolling and Wake… va voir sur Youtube toi-même…) Il n’est pas anodin que la relation de Bilbon à Frodon soit familliale. Et la passion des hobbits pour la généalogie n’est pas uniquement en cause. En effet, le héros épique typique n’est presque jamais élevé par ses parents. Ce schéma existe d’ailleurs dans l’histoire et dans l’ethnographie. Le monde celte est coutumier du fait.
Prenons d’abord quelques exemples: Cuchulainn n’est élevé ni par sa famille céleste ni par sa famille terrestre mais par un forgeron et un barde. Lancelot est d’abord élevé par des fées, puis par son oncle Arthur. Arthur d’ailleurs est élevé par Antor, le père de Keu ou Cai. On pourrait tout autant évoquer Chiron qui éleva Achilles, Esculape, Jason entre autres. Ceci vaut que les parents naturels soient vivants ou morts. Tolkien utilise le procédé dans les histoire du deuxième âge, pendant les années noires, lorsque Huor ou Hurin combattent par exemple.
Dans l’histoire et l’ethnographie, le schéma le plus souvent rencontré est celui du frère de la mère comme éducateur, qui se retrouve dans la littérature, si l’on pense à Tristan. L’enfant est éduqué en dehors de sa famille, parfois dans un autre village, pendant une partie de son enfance.
Toutefois, très souvent, cet apprentissage particulier donne accès à un héritage d’autant plus justifié. Tristan comme Lancelot, qui couchent tous les deux avec l’épouse du roi mais on en reparlera quand on parlera de souveraineté, sont les héritiers putatifs du roi, ceux appelés à prendre sa place en cas de problème.
Du coup, ceci éclaire le sens d’héritier de Frodon, qui n’est pas uniquement un orphelin mais aussi la personne la plus apte à recevoir l’héritage de Bilbon. Il est donc normal que le livre s’ouvre sur la passation de pouvoir entre les deux personnages. Le titre de monsieur Sacquet, encore anodin, et l’Anneau, seront suivis au moment où Bilbon se retire presque entièrement du livre, par le don d’une Armure, d’une Epée et d’un Livre (pas tout à fait pour le livre: Bilbo demande à Imladris que Frodo lui rapporte ses aventures, Frodon finira par écrire lui-même et Sam terminera l’ouvrage). Ces différents objets sont évidement symboliques et renforcent encore l’identification entre Frodon et Bilbon, c’est à dire que Frodon prolonge le personnage de Bilbon. Encore une fois, cette construction est remarquable. D’autant qu’elle se fait mine de rien autour de personnages insignifiants par rapports aux rois et aux héros.
Mais le délire ne s’arrête pas là. Je vous passe un peu les considérations ethnographiques ( la parentalité a été un thème en vogue en ethnologie pendant des années). Par contre on va parler d’Aragorn. Disons déjà qu’il n’est pas élevé par sa famille nucléaire mais par un lointain cousin: Elrond.
En fait, j’ai une petite idée qui m’est venue en lisant la Geste des Enfants de Hurin, le plus accessible des textes traitants des âges anciens, très retravaillé par Christopher, fils et gardien du temple. Mais il faudrait faire un travail assez important pour la vérifier. Bref. C’est à prendre avec précautions.
Elrond est le frère d’Elros, celui qui fonda la lignée de Numenor dont est issu Aragorn. Leurs parents sont particuliers, Earendil et Elwing. Le fils de Tuor et d’Idril Celebrindal, la petite-fille de Beren et Luthien. Plus encore, les hommes (Beren et Tuor sont des mâles mais on va pas commencer hein…) sont les chefs des trois grands peuples humains, les Edains amis des Elfes.
Idril est la fille de Turgon, fils de Fingolfin le demi-frère de Féanor, petite fille donc de celui qui blessa sept fois Melkor le Morgoth en combat singulier devant sa forteresse, princesse Noldor et son père règne sur Gondolin, la citée cachée. J’ai pas exploré le reste de sa généalogie mais bref.
Luthien est la fille de Thingol et de Melian, un elfe qui ne vit jamais Aman mais épousa une maiar, un esprit incarné, une des puissances de la terre.
Les Eldar et les Avari (je crois), les Elfes qui ont vu la lumière des Terres de l’Ouest et ceux qui sont restés dans l’Ombre, sont donc unis par ces mariages tout autant que les trois branches des hommes. D’autant qu’Earendil deviendra une étoile…
On l’a dit, Elrond et Elros purent choisir entre l’humain et l’elfe. Bon, on saute les millénaires, Elrond épouse la fille de Galadriel, qui n’est pas n’importe qui puisque, fille de Finarfin, le frère de Fingolfin, elle capturait dans ses cheveux la lumière des Arbres de Valinor, et qu’elle fit présent à Gimli de ce qu’elle refusa à Feanor lui-même. D’ou nait Arwen qui unira à nouveau les lignées longtemps disjointe des Elfes et des Hommes.
Visiblement sur un plan plus large que ce qu’on pourrait croire au premier abord et d’une façon extrêmement construite. D’où l’intérêt de parler dans la foulée de Souveraineté, ce qui n’est pas le pouvoir et implique l’héritage.
Mais pas maintenant, faut bien souffler…
.. mais juste pour dire qu’il y aurait moyen de creuser encore les généalogies elfiques.
Glout a dit: Très beau descriptif, j’attend la suite aussi (LoTR power)
Epimethee a dit:
Laurelin et Telperion, crées en partie par une danse divine, norment le temps.
L’arbre de Galadriel est une véritable cité.
L’arbre de Gondor reconnaît le roi légitime.
J’apporte ma touche perso pour dire que l’arbre du gondor est le fils de Telperion (ou Laurelin) qui fut tué par la mere de l’araignée (ou l’araignée elle meme) que rencontre Sam et Frodon (Umbrogiole ou un truc du genre il me semble. Enfin une salle bete qui bouffait la lumière et qui en a fait une overdose en bouffant l’arbre)
Epimethee a répondu: Petit Edit, Idril n’a pas affronté Morgoth en combat singulier, c’est bien Fingolfin qui s’en charge, et en meurt, comme ma formulation ne le laissait pas deviner.
@Glout: merci. Ce que tu dis renforce mon argument sur l’importance de la généalogie. D’autant que l’arbre que trouve Aragorn est un rejeton de celui qu’amena son ancêtre (sept étoiles sept pierres et un arbre blanc) qui est lui-même un rejeton de celui offert à Elros à la fondation de Numenor qui est un rejeton deTelperion. Un des Arbres se nomme je crois Nimloth, en tout cas ils ont un nom (même si Tolkien ne l’a peut-être jamais écrit quelque part).
Pour Ungoliant, tout à fait, sauf que je ne crois pas qu’une filiation directe soit donnée vers Arachnée. Y a quand même des trucs étranges aux temps mythologiques. Mais je réfléchis et je te redis.
Glout rétorqua alors: Nimloht est cité dans le simarillion ou dans le SdA. (si dans le SdA c’est par Aragorn il me semble)
Pour Ungoliant et Arachnée si si il y a filiation aussi dans les meme sources que ci dessus (je me souviens plus où dsl :p )
De mémoire après que Morgoth lui ai fait manger la lumiere de l’arbre elle s’est retranchée dans un gouffre ou elle engendra sa progéniture (qu’on retrouve aussi dans Bilbo). Je ne sais plus par contre si Ungoliant et Arachnée sont les même, mais au pire elles ont un lien de parenté. (Ungoliant a pu finir par se dévorer elle meme, et arachnée a pris la suite => Un peu comme Morgoth et Sauron :p )
Epimethee ajouta: Je pense que tu as raison mais je ne me souviens pas des détails. Effectivement, Ungoliant engendre des monstres (je crois que Beren traversera une partie de leur territoire) et Ungoliant, si je ne me trompe pas, finit par se dévorer elle même. J’ai juste pas de souvenir précis.
et pour répondre à Moklo qui l’a dit ailleurs… Désolé… vraiment…. le problème c’est que c’est un univers très construit, je veux bien clarifier sans problème si tu poses des questions et je pense pas être le seul à pouvoir le faire^^ mais je voulais pas allonger non plus. T’inquiète, c’est vertigineux, ça me prends aussi des fois. Mais c’est pas facile d’aborder un tel monstre. Normalement, on se dirige de plus en plus vers le SdA, mais il fallait bien que je pose quelques bases qui font comprendre l’ampleur du projet de Tolkien. Pas seulement en terme de volume ou d’époque mais aussi en terme de narration, car il raconte d’une certaine façon, comme la mythologie grecque, une gigantesque histoire de famille.
Et Glout de répondre: Mes souvenirs sont vagues aussi
Le plus impressionnants sur cet univers c’est que Tolkien avaient surtout rédigé des notes que son fils a remis “en ordre” à sa disparition.
Mais il est clair que l’ambiance, l’univers créé est titanesque. Perso, j’ai une question qui me tarraude l’esprit, mais dont je ne parlerais pas pour le moment temps que le personnage n’aura pas été cité (et ce pour ne pas embrouiller plus le débat
)
Un petit lien pour Ungoliant
Ce site semble sympa a parcourir.
D’abord je dirai que je suis désolé de ne pas pouvoir réduire la complexité de l’univers dans lequel prend place le SdA. Mon projet n’étant pas de raconter à double l’histoire, mais d’en éclairer quelques thèmes, je ne peux présenter en détail chaque personnage cité. Si son importance est suffisante, on en reparlera. Mais je ne veux pas trop me consacrer aux premier et deuxième âges, donc on va passer là-dessus.
J’ai dit que je parlerai de Souveraineté. Vous devinez qu’Aragorn sera impliqué ici, ce qui justifie selon moi le rappel de ses origines. Mais parlons un peu de ce concept avant de constater comment il se rapporte au SdA.
La Souveraineté n’est pas égale au pouvoir. Le monarque, en effet, est souvent compris comme un pilier qui soutient la marche du monde. Pharaon, bien sûr, vient tout de suite à l’esprit. Il faut aussi savoir que la Souveraineté peut être incarnée dans un objet, comme le simulacre que vole Ulysse dans Troie, l’Epée d’Arthur ou les trésors sacrés des Empereurs du Japon. Cependant, le Roi Sacré Celte présente un schéma intéressant. (euh.. on va pas faire chier avec les différentes fonctions qu’occupent les rois sacrés dans les mythes indus-européens). Le Roi, le plus souvent un guerrier-redistributeur dont l’exemple le plus fameux est Arthur, est identifié à sa terre, il est le garant (la largesse dont il fait preuve en témoigne) de la prospérité, mais aussi de la fécondité. Nuada, le dieux-roi mythique des Tuatha de Dannan du cycle épique irlandais, va même jusqu’à perdre son royaume lorsqu’il perd son bras. Son corps étant atteint, la terre est blessée et il ne peut plus régner.
Cette image du corps du roi identifiée à la santé du pays se retrouve ailleurs, qu’on pense au Roi Pêcheur du cycle du Graal, ou à l’image de conte de fée de la terre privée de roi, vide, dévastée… Je parie qu’on la voit même chez Mickey. Dans ce sens, le roi représente sur terre un ordre qu’il hérite du cosmos divin et qu’il manifeste dans son royaume.
La Souveraineté est donc cet accord intime entre le Pays et le Souverain. Si vous voyez dans Pratchett, cycle des Sorcières de Lancres: le pays a besoin d’un Roi. Pratchett en passant considère le folklore un peu comme un ébéniste regarde une forêt.
Le Roi légitime conquiert donc son pouvoir à travers une série d’épreuves. Si son père ne règne plus, il doit reconquérir le trône. Si son père règne, il prouvera son droit par l’épreuve. Qu’on pense à Thésée, Jason, Oedipe, Arthur… Au cours de ces épreuves, il y a la conquête de la ou des femmes.
c’est en effet un schéma récurrent dans la mythologie grecque: avant de tuer le minotaure, Thésée conquiert Ariane. Jason prend Médée avant la Toison, Oedipe épouse sa mère. En allant plus loin encore, tout en observant le vocabulaire militaire, Ulysse doit tuer les prétendants pour se réapproprier sa femme et son royaume. En ce sens, l’épouse royale représente la Souveraineté. Plus encore si l’on en revient au monde celte, et toujours plus avec Aragorn.
En effet, le premier conte du Mabinogion gallois, l’histoire de Pwyll, présente une histoire intéressante. Celui-ci échange une année durant son royaume avec un seigneur de l’autre monde, Arawn. Pwyll qui n’est pas encore marié passera l’année avec la reine, sans la toucher selon les textes collectés à l’époque chrétienne. Le roi semble considérer qu’elle appartient au royaume qu’il délaisse pour un temps. On trouve un thème semblable dans Kuhlwch et Olwen, gallois aussi. Pour épouser Olwen, son prétendant au nom imprononçable devra tuer le père monstrueux de la jeune fille et réussir une suite d’épreuves. Le tout conseillé par Olwen. Ici encore, obtenir la femme c’est obtenir le trône, ou obtenir le trône, c’est obtenir la femme. Comme si le mariage (en réalité, l’acte sexuel) devenait symbolique de cette union entre le Souverain et ce sur quoi il règne.
On peut voir le même schéma dans les histoires de Tristan et de Lancelot, tous deux neveux du roi. Ainsi que dans des schémas antérieurs . Le père d’Olwen je crois (mais je peux me tromper, je vérifie) doit garder ses pieds dans le giron d’une jeune vierge. En bref, posséder la femme, c’est posséder la terre. Et l’on peut se demander légitimement si ce n’est pas afin de lui permettre de la reconquérir sans cesse et donc de marquer sans cesse son pouvoir que la femme d’Arthur est toujours enlevée. Attention, la femme n’est pas inactive dans le monde celte, comme le montre l’histoire d’Olwen, celle de Guenièvre ou d’Iseult (pq il faut être moine chrétien pour imaginer une servante qui verserait un filtre autrement que sur ordre de sa maîtresse). Et le jeu que joue Guenièvre mériterait une analyse en profondeur que je ne ferai pas pour l’instant. Mais dans ce sens, elle garantit le pouvoir royal tout en le répartissant entre les deux seigneurs légitimes, le seigneur en place et son successeur potentiel.
Mais, me direz-vous, quel rapport avec Aragorn et le Seigneur des Anneaux? Ah Ah.. Suite au prochain épisode…
Pour dire, je relis pas vraiment ces textes donc je pense qu’il y aurait moyen d’affiner la réflexion et la présentation. J’essaye d’être clair mais précis mais je l’ai dit, je crois à l’Espace B. Je veux pas non plus trop vous ennuyer avec la mythologie celte, mais souvenons-nous que Tolkien était un spécialiste de ces textes. D’autres que moi on très bien montré les correspondances entre les deux matières.
voilà, si vous avez des questions ou des remarques c’est right. Promis, ça prendra du sens au prochain post, ce que je vous raconte là.
Thouny a dit: Mais ça a déjà du sens. Pour moi en tout cas, je dois avouer que ça éclaire certains mythes d’une façon que je n’avais encore envisagée…
Glout a ajouté: Perso, je trouve la narration d’Epimethee très interressante, c’est pour ca que j’apporte ma modeste contribution dès que je peux
(mais je le laisse faire comme il veut :p )











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