Archive pour la catégorie 'Projets'

02
nov
09

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Things fall apart; the center cannot hold;

Mere anarchy is loosed upon the world,

W.B. Yeats The second coming

Regle-Cybernetique_2

La cybernétique est d’abord une branche de la mécanique étudiant et mettant au point des modes de communication entre l’humain et la machine. Enfin…

Mécanique c’est vite dit puisque cette science particulière doit autant à la physiologie ou à la linguistique qu’au travail des ingénieurs. Nous n’évoquerons pas le travail de Norbert Wiener ou les différentes écoles qui ont poursuivi ses recherches. L’objectif de cette science était à l’origine de permettre un dialogue entre la machine et son utilisateur, placé sous le signe de la rétroaction. C’est-à-dire que l’information fournie à la machine est transformée puis ressort comme information pour l’opérateur qui peut à son tour réagir en fonction et faire avancer la machine. Très vite, dès les balbutiements de l’informatique, cette structure, la boucle de rétroaction, devient un des fondements de la création des premiers ordinateurs. La théorie du langage, la théorie de l’information entre autres sont des dérivés directs de la cybernétique. Des penseurs comme Gregory Bateson, et Wiener lui-même, étendent rapidement le concept aux sciences sociales, avec les évidentes interrogations sur le contrôle des sociétés qui découlent de ces modèles, avant de le retrouver, après le cyberpunk, appliqué à peu près partout dans tous les sens dès qu’on parle de près ou de loin d’un ordinateur. Voire ailleurs puisqu’on l’utilise aussi en biologie ou en science de la communication.

mouse

Le Premier Cyborg Officiel

Vers 1960 la NASA explore différentes voies pour conquérir l’espace. Parmi ces recherches, nous en retiendrons deux qui sont essentielles pour nos vagabondages dans le siècle prochain et au-delà : les recherches sur l’organisme augmenté de Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline et les expériences tentant de découvrir la vie sur Mars de James Lovelock.

Lovelock est devenu fameux en posant l’hypothèse Gaïa. Ce nom est, depuis la vague verte, synonyme de grande déesse-mère végétarienne, féministe, mystique, hostile au complexe industriel et à sa technologie nécessairement patriarcale. Rien d’étonnant en donnant le nom d’une déesse à une découverte scientifique. En fait, le projet de Lovelock est plus révolutionnaire et complexe.

goddess_gaia

La Grande Déesse sur http://www.freewebs.com/samsimillia/goddesswithin.htm

On l’a dit, il doit trouver une vie sur Mars. Très vite, la question devient qu’est-ce que la vie et comment déceler sa présence sans contact direct avec celle-ci et en postulant a priori qu’elle puisse être fondamentalement différente? En s’intéressant à l’atmosphère et à ses modifications défiant les lois physiques de l’entropie,   c’est-à-dire impliquant de l’animé.

Lovelock va s’intéresser au système planétaire et définir ainsi une planète portant la vie comme un complexe instable de boucles de rétroaction sans cesse déséquilibré et rééquilibré, c’est-à-dire perçue comme l’extension d’un système vivant conçu pour maintenir un environnement optimal pour ses propres besoins. Mais sa découverte la plus fondamentale est que des changements d’une telle ampleur impliquent non seulement le vivant mais aussi les propriétés physiques de la terre, ses magmas, ses atmosphères, ses océans.

earths_bipsphere_4

Spaceship earth sur http://www.dailygalaxy.com/my_weblog/2007/11/creator-of-the-.html

En d’autres thermes, la terre dans son ensemble est un système homéostatique dynamique et autorégulé ou Gaïa. Pour citer l’excellent livre de vulgarisation scientifique et d’humour de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen, cela signifie que “notre planète se comporte comme  un système unique équipé par l’évolution de mécanismes lui permettant d’entretenir un fonctionnement efficace. Ce développement résulte d’innombrables sous-systèmes -organismes, écologies- dont les rouages évoluent, assurant continuité et rendement de leur mode opératoire. Si chaque membre d’une équipe remplit mieux son rôle, alors l’équipe entière devient meilleure.”  Au passage, après l’abandon par la NASA du programme de recherche sur la vie martienne, c’est le groupe Shell qui finance les travaux de Lovelock, sous prétexte d’étudier les effets de la pollution atmosphérique.

Spaceship-Earth_4a_copyright

http://daveginsberg.net/SpaceshipEarth/story.htm

En attendant, l’univers de Lovelock brouille les frontières entre organique et mécanique, entre naturel et technologique. Dans le système monde, l’ensemble des éléments participe au fonctionnement de chaque élément indépendamment de sa définition en tant que vivant, qu’organique. Dans une vision extrême, la terre devient le cyborg Gaïa plate-forme de lancement de nouveaux cyborgs, à en croire les interprétations de Donna Haraway. Et il faudrait parler de Buckminster Fuller

Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline sont deux scientifiques de la même NASA engagés sur le même type de programme mais sur un registre plus ambitieux puisqu’ils devaient trouver des méthode afin d’améliorer l’adaptation de l’organisme au vide cosmique. Au cours de leurs travaux, ils proposent le mot de cyborg afin de décrire un organisme fonctionnant de manière autorégulée avec un objet technologique participant à son fonctionnement. En réalité, ils produisent même le premier organisme augmenté, un rat portant une sorte de pompe intégrée diffusant des hormones dans son corps. Le rat n’est pas conscient de la machine qui devient nécessaire à sa vie, mais la machine ne pourrait pas non plus fonctionner en autonomie. Elle est tout autant dépendante du rat pour poursuivre ses fonctions. L’être ainsi crée est défini par cette relation de feedback qui en fait un cyborg.

Une si petite créature connaîtra une descendance prolifique. Elle possède  quelques rares ancêtres. Si l’on oublie les têtes parlantes du Moyen-Âge, on trouve quelques êtres littéraires dont la très androïde Eve Future de Barbey d’Aurevilly, l’homme prosthétique de Poe dans The Man that was used up ou le Captain America. Comme vous avez tous lu le cher Edgar, rappelons que le Captain fut constitué à partir d’un soldat chétif et d’un sérum irradié au cours de la seconde guerre mondiale.

Au-delà de ces vieilles figures, nous pourrions prétendre que l’attachement que nous avons pour les technologies nous a déjà transformé. Nous modifions depuis longtemps nos corps à l’aide de vaccins et certains portent des pacemakers. Nos technologies de la communication sont de plus en plus invasives, les jeunes filles peuvent s’implanter un dispositif qui contrôlera leurs règles… De là à prétendre que nous vivons déjà dans un monde de cyborgs…

kate_moss_cyborg1

http://danpankraz.wordpress.com/2009/07/, bon article en lien avec l'image

Une fois de plus nous devrions définir certaines choses, à savoir où commence un cyborg, au-delà de la souris spatiale. Quelqu’un pourrait demander si ceci ne risque pas d’avoir un impact sur ce que nous entendons par humain. De mon point de vue, il faut poser la question.

Mais tout cela mérite plus ample discussion, et nous attendrons donc des Astres plus propices.

15
oct
09

Éclaircie

Éclaircie

Shine On You Crazy Diamond

Pink Floyd

Pour le plaisir....

Pour le plaisir....

Peut-être devrai-je être un peu plus clair sur le sens et les buts de ces écrits virtuels? Il me semble que, touchant à un sujet éminemment complexe, je t’ai promené, ami lecteur, dans un espace multidimensionnel étrange dont je dois te donner quelques clefs. Il me faut poser des arrières plans, composer quelques structures, éclairer quelques mêmes

Tous à mon sens se rejoignent dans une même direction, à savoir dans les coups de boutoir que nous recevons dans notre identité. Je ne parle pas d’un quelconque sentiment national mais d’un phénomène plus intime et plus profond qui touche au sens même de l’humain. Ceci peut être compris à plusieurs niveaux différents tant philosophiques que technologiques, autant réels qu’imaginaires, à la fois sociaux et cosmiques voire politiques.

Et une fois ces gros mots posés, je vais les développer. À partir de cette idée simple que la culture, comme la griffe ou la dent, est un processus évolutif complexe et mouvant qui permet une meilleure utilisation de la fabrique du réel. Et que si la culture n’est pas une question uniquement humaine, l’humain est décidément un phénomène culturel.

Trouvé sur http://www.urbeingrecorded.com/news/2009/08/14/the-transhuman-gap/

Trouvé sur http://www.urbeingrecorded.com/news/2009/08/14/the-transhuman-gap/

Reprenons rapidement depuis le début de l’anthropos sans nous arrêter trop longtemps et sans oublier que la première occurrence de humanus veut dire aimable ou civilisé. Nous revenons quelques millénaires en arrière, chez les Pères de la Philosophie, le phare de la Grèce, comme disait mon prof citant Hugo ou Chénier je crois, vers 1800 selon le véritable auteur: « Le monde naît, Homère chante, c’est l’oiseau de cette aurore ». (Personnellement je mise sur Chénier mais va savoir… )

Nous pouvons déjà envisager plus de 2000 ans de construction culturelle. Facile de montrer en deux phrases une filiation intellectuelle par ailleurs des plus évidente puisque nous parlons encore de philosophie et commençons nos cours avec les présocratiques. Faire comprendre le poids de cette habitude de penser l’humain depuis Platon est plus compliqué et demanderait une analyse serrée. (Par exemple) Il serait plus long encore de démontrer comment cette philosophie, tant féconde qu’elle ait pu être par la suite, répond essentiellement à des préoccupations locales géographiquement, chronologiquement et socialement. La République, bien qu’utilisée comme référence au cours des siècles, répond d’abord à une problématique hellène limitée socio culturellement. Nous passerions ensuite quelques temps sur les dialogues de Socrate et les récits d’Homère, on enlève bœufs, gras moutons, on achète trépieds et chevaux aux crins blonds : la vie d’un homme ne se retrouve pas, jamais plus elle ne se laisse ni enlever ni saisir, du jour qu’elle est sortie de l’enclos de ses dents. (Iliade IX, 405-409)

Achilles et Ajax

Achilles et Ajax

Considérant que j’y vais déjà assez fort comme, ça, je me contenterai de rappeler que la philosophie est sortie victorieuse du conflit qui l’opposa à la sophistique et que nous donnons depuis comme surnom à la Pensée l’appellation d’une école de pensée précise.

Puis nous discuterions son influence…

Et, bien sûr, nous n’aurions pas affaire à un tout monolithique. Les Chrétiens par exemple, des Chrétiens plutôt tant les voix sont multiples, ont apporté leurs pierres à l’édifice. Il serait hors de propos de tenter d’expliquer ou même d’énumérer ici toutes les influences plus ou moins repérables qui amènent les phénomènes que nous éclairons. En ce qui nous concerne, contraints de réduire, nous glisserons allègrement à la Renaissance et ses prolongements. Pour commencer. C’est à cette époque que l’individu émerge lentement sur la scène occidentale. La Réforme par exemple demande explicitement une connexion directe de celui-ci avec le texte sacré. C’est d’ailleurs autour de cette émergence que se concentrera la réflexion sur la modernité.

Derrière l’individu, il y a l’humaniste et derrière l’humaniste l’humain. Inutile de revenir sur les inspirations gréco-latines des Renaissants. La machine est lancée qui conduira aux droits de l’homme et à l’apparition de l’ego. Commencez par Weber si ça vous amuse de creuser. Et par Aldo Manuce, qui répandit la culture grecque par l’imprimerie. En passant notons que la même société qui fut à l’origine de l’autonomisation du sujet conscient est aussi la société disciplinaire qui s’applique à contrôler les corps et les comportements de ces mêmes individus. À ce propos, je t’invite ami lecteur à méditer cette phrase de Foucault, Michel, « L’âme est une prison pour le corps* ». (à la fois un koan excellent et une fabuleuse mise en abîme).

Petite métaphore flashy trouvée sur http://analepsis.wordpress.com/2008/05/

Petite métaphore flashy trouvée sur http://analepsis.wordpress.com/2008/05/

Dernièrement je me demandais si le surhumain de Nietzsche n’est pas à un niveau une attaque contre l’humain en tant que figure anthropologique. C’est-à-dire en tant que créature sociale et historique. Une partie de la sociologie du vingtième siècle a d’ailleurs critiqué cette figure que je ne m’amuserai pas ici à définir plus avant. Nous reviendrons une autre fois sur ces penseurs dont nous avons cité Foucault qui disait (je cite de tête) que la figure de l’humain, comme un château de sable, pourrait disparaître du rivage de l’histoire.

Retournons plutôt à la Renaissance à l’aide d’un livre convaincant, la galaxie de Gutenberg.Son idée forte, devenue depuis un véritable slogan, est que le média est le message.

gutgal

C’est-à-dire que le média utilisé pour communiquer conditionne évidemment la forme et dans une certaine mesure le fond de l’idée exprimée. En d’autres termes, la pensée scientifique par exemple est permise entre autres par l’invention de l’imprimerie qui diffuse sur une large échelle l’information semblable nécessaire au développement de l’esprit critique par le recoupement de ces mêmes textes facilement accessibles. Beaucoup des premiers Protestants français étaient d’ailleurs des imprimeurs.

Vers fin août 2008, une série d’articles relayés en Suisse par le Temps ont demandé si Internet pouvait rendre stupide sous prétexte que l’hypertexte changeait le rapport au texte et la façon de penser du lecteur. L’homme à l’origine de ces articles, dont je n’ai pas retenu le nom, s’est d’ailleurs inspiré du travail de Marshall McLuhan, dont je commente le livre depuis quelques lignes. Et qui fut admiré entre autres par Terrence Mc Kenna… (voire le père Teilhard et le serpent à plumes, premier article de cette série) On reparlera, depuis le temps que je le dis, de ce qu’il faut penser de la stupidité des nouvelles technologies. Je pense pour ma part qu’Erasme pleurerait de joie devant Wikipédia.

Nous continuerons en évoquant Descartes. Est-il étonnant que l’animal machine philosophique soit contemporain des débuts de la révolution industrielle? Qu’un traité intitulé L’homme machine apparaisse en 1750?  Quelles définitions nouvelles de nous-même nous donnons-nous à travers nos technologies, qui conditionnent fortement ce que nous sommes ? Et quand je dis technologie, je ne pense pas qu’au métal. La biologie change notre rapport à l’environnement devenu écosystème, la médecine permet de transformer le genre, la physique vient de réussir la téléportation quantique…Sans oublier que beaucoup des études de science sociale sont financées par des entreprises dans des buts marketing ou que nous portons nos téléphones dans la poche…

Sanan Aleskerov	 Homme-machine, zone pétrolière, Balakhani, 1999

Sanan Aleskerov Homme-machine, zone pétrolière, Balakhani, 1999

Le 22 octobre 2008, des scientifiques du MCG (medical college of Georgia) effacent une partie de la mémoire d’une souris de façon sélective. En 2009, on fait l’inverse avec des drosophiles, leur donnant de nouveaux souvenirs crées de toutes pièces.  J’ai peut-être beaucoup lu Dick, mais que penserait Proust, lui, de cette histoire? Lui qui construit l’humanité de son narrateur à travers le jeu du souvenir ?

Et que dire de Craig Venter et de ses projets de construction artificielle du vivant ? Il n’hésite pas à affirmer que nous commençons à maîtriser notre évolution. Qu’est-ce que cela peut signifier pour notre identité, notre devenir, nos potentialités ?

la_planete_des_singes

Dans une autre direction, je lisais dernièrement un livre d’éthologie qui mettait en perspective les comportements et processus mentaux des animaux. En bref, de l’apprentissage à l’imagination, chaque processus mental est perceptible sous une forme ou une autre dans diverses espèces. Certains comportements impliquent l’apprentissage ou une certaine plasticité mentale. L’auteur s’interroge alors sur une définition de la culture qui serait utile pour parler des cultures humaines ou animales sans hiérarchie anthropomorphe en se demandant non pas si les chats peuvent lire mais ce qu’ils lisent, pour utiliser une image pas trop mauvaise. Et le postulat de la spécificité humaine de la conscience se retrouve violemment déplacé, malgré toutes les précautions de l’écrivain.

Le modèle géométrique du système solaire selon Kepler, d'après Mysterium Cosmographicum (1596).

Le modèle géométrique du système solaire selon Kepler, d'après Mysterium Cosmographicum (1596).

Est-il besoin rappeler les cosmologies diverses de l’occident, d’Yggdrasil à Einstein et plus loin pour valoriser notre argument? Ce que nous pouvons, ce que nous savons, où nous nous situons conditionne notre expérience. Lorsque nous pouvons voir la Terre depuis l’espace par l’intermédiaire d’une caméra nous ne vivons plus dans le même univers que lorsque nous contemplons la clarté qui tombe des étoiles couchés sur une colline. Et nous développons des outils médiatiques pour rendre compte de ces expériences.

Je suis pas astronome mais ça doit être bien...

Je suis pas astronome mais ça doit être bien...

Les imaginaires participent donc au processus. Nous en traiterons à travers un genre principalement, à savoir la science-fiction. Tout d’abord, malgré des précurseurs comme Lucien de Samosate, Bergerac ou Voltaire, la science-fiction est un genre contemporain puisque ses premiers auteurs apparaissent au XIXe siècle. On pourrait citer Villiers de l’Isle-Adam, Wells ou Conan Doyle parmi d’autres. Puis rappeler l’age d’or ou prétendu tel des années 1920 à 1950, qui en fondent les canons majeurs, insistant ainsi sur la redoutable contemporanéité de ces textes. On pourrait aussi se reposer sur le rapport à la science, sachant que certains prétendent que la science est indispensable à la science-fiction qui la réenchante. Autant pour Lucien.

j'ai déjà vu cette gravure, si quelqu'un possède la référence...

j'ai déjà vu cette gravure, si quelqu'un possède la référence...

Ce genre, par sa proposition de base, se préoccupe de questions sociales, même si les systèmes politiques sont plus fréquents que les modèles familiaux alternatifs. Enfin, par son rapport au temps, la science-fiction est mythologique, en ce qu’elle projette dans un ailleurs ouvert à l’imaginaire et dans une temporalité particulière des structures repérables dans le groupe émetteur. Ceci étant vrai de presque  toute fiction, nous ne distinguons pas la S-F par son rapport au futur. Le steampunk, qui rejoue Vernes ou l’uchronie réécrivant l’histoire sont bien de la science-fiction.

Le seul, le vrai, le Monolithe!

Le seul, le vrai, le Monolithe!

Ainsi nous préférons nous concentrer sur des figures et des thèmes. Nous avions évoqué l’Apocalypse, qu’elle soit Chute ou Bond, en ce qu’elle cristallise dans ses acceptations contemporaines et de façon spectaculaire une série de légitimes interrogations. En plus ça met des couleurs. Mais d’abord il y a des figures. La prolifération de ces archétypes, le robot, le mutant, l’extraterrestre, l’humain véritable, l’intelligence artificielle, permet de relier ces textes, ces films, ces sites, ces messages, à une matrice de représentations et d’expériences de la conscience qui ne peut ou plutôt ne veut pas se réduire à l’humanité.

Ce successeur est le sujet de nos explorations. Alors que les Astres deviennent propices, un nouvel être se lève…

Sur http://www.dimaggio.org/Eye-Openers/posthumanism.htm

Sur http://www.dimaggio.org/Eye-Openers/posthumanism.htm

*It would be wrong to say that the soul is an illusion, or an ideological effect. On the contrary it exists, it has a reality, it is produced permanently around, on, within the body. This real, non-corporeal soul is not a substance; it is the element in which are articulated the effects of a certain type of power and the reference of a certain type of knowledge, the machinery by which the power relation give rise to a possible corpus of knowledge, and knowledge extends and reinforce the effects of this power. “the soul is the effect and instrument of a political anatomy; the soul is the prison of the body.” Discipline and Punish, The birth of the prison, Sheridan trans., New York, Vintage, 1977

24
sept
09

Les Grands Anciens II: Bibliographie

Textes et hypertexte

Ça pourrait faire une masse de livres, alors je laisse un ou deux liens basiques, un ou deux textes et pour le reste débrouillez-vous. Tiens, je vais vous mettre un ou deux films aussi, on ne sait jamais. Si vous avez des vacances… Le lien donne le titre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft

necronomicon11a977ewn2

Les œuvres complètes existent en trois volumes dans la collection Bouquins pour les motivés. Chaque tome rassemble un cycle thématique, le mythe de Cthulhu, la contrée des rêves ou les œuvres diverses de l’écrivain, collaborations, travail de nègre et autres.

Différentes éditions poche proposent une sélection de nouvelles. Adressez-vous à vos libraires ou à Ricamazone.biz. Je retiens L’abomination de Dunwich, le Rôdeur devant le Seuil, ou l’affaire Charles Dexter Ward qui donnent une bonne idée de la manière de Lovecraft. Dans un registre plus cosmique, citons Celui qui chuchotait dans les ténèbres, Dans l’abîme du temps, Les Montagnes de la Folie Nyarlatothep ou l’Appel de Cthulhu.

Pour les anglophiles technoïdes ou qui possèdent une bonne imprimante, les œuvres complètes sur wikisource.

http://en.wikisource.org/wiki/Author:H.P._Lovecraft

Au cinéma, on compte quelques séries B dont Réanimator mais surtout l’excellent l’Appel de Cthulhu, un court-métrage récent imitant le cinéma muet avec une remarquable fausse naïveté. http://www.cthulhulives.org/cocmovie/ Tout un poème…

Sobrement intitulé Cthulhu, un long métrage existe depuis 2007, les infos sous : http://www.cthulhu-themovie.com/index1.html

Une liste des travaux inspirés par l’auteur serait immense, déjà que là je suis bien parti. Citons Giger, dans la plupart de ses dessins, surtout le Nécronomicon, et les pirates de la troisième partie de Pirates des Caraïbes que vous verrez différemment après avoir croisé Cthulhu. Sans oublier le Docteur Zoidberg, l’innommable extraterrestre à face de pieuvre de Futurama. Et les excellentes mémoires du Grand Cthulhu, en anglais, sur le blog de Neil Gaiman. I Cthulhu

or What’s A Tentacle-Faced Thing Like Me Doing In A Sunken City Like This (Latitude 47° 9′ S, Longitude 126° 43′ W)? sur http://www.neilgaiman.com/p/Cool_Stuff/Short_Stories/I_Cthulhu

images

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tolkien

Si possible là j’en rajoute pas… Un nouveau tome du travail de bénédictin de Christopher Tolkien dans les oeuvres de son père paraît sur une base régulière en traduction française chez Chistian Bourgois (http://www.christianbourgois-editeur.com/). Les éditions du Seigneur des Anneaux ou autres Bilbo se trouvent chez tous les bouquinistes. Les communautés web sont innombrables et devraient vous satisfaire un moment…Google est devenu l’objet d’un culte en 2008, et c’est facile de prouver son existence. Pour éviter un stérile débat, ne parlons pas du film, voulez-vous ? Une bizarre version animée existe d’ailleurs, réalisée en 1978 par Ralph Bakshi. Les inspirations et les inspirés sont innombrables.

tolkien-20definitivo

Pour ceux qui en ont marre des Nains et des Elfes, la lecture de Terry Pratchett est fortement recommandée (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pratchett). Les Petits Dieux ou Mortimer. Voire Le Faucheur par exemple. Pour commencer…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Kindred_Dick

dick

La bibliographie de Dick est assez imposante. En invitation au voyage, j’ai particulièrement aimé A Scanner Darkly, (Substance mort) d’où sera tiré en 2006 le film d’animation A Scanner Darkly de Richard Linklater. Terrifiant récit d’un policier infiltré qui doit se surveiller lui-même, le texte provoque une troublante expérience schizophrène. Sinon, en vrac, mettons Ubik, L’œil dans le ciel, Dr Bloodmoney ou Le Maître du Haut Château. Ou ses nouvelles variées dont Omnibus a publié l’intégralité en deux tomes et qui réunissent presque tous les thèmes traités par l’écrivain.

La trilogie divine, œuvre de la fin de vie, explore la relation entre l’écrivain et un deus abscondus qui lui parle à travers un satellite piraté par des extraterrestres. Avec quelques précautions, c’est fascinant par rapport au surprenant parcours de l’écrivain.

Au cinéma, on trouve le pire et le meilleur. Dans le meilleur, Blade Runner, de Ridley Scott reste l’œuvre de référence d’une certaine esthétique cyberpunk. Un grand rôle pour Harrisson Ford.

Dans un de ses rares bons films, Total Recall de Paul Verhoeren, Schwarzenegger interprète un homme aux souvenirs chargés par piqûres dans son cerveau. J’aime particulièrement Scanner Darkly aux images filmées redessinées. Très fidèle et très stylé mais boudé par la critique.

On m’a dit du bien de Screamers et je ne me souviens pas avoir vu Paycheck de John Woo, par contre je donne un cactus au vilain Minority Report de Steven « j’aime la facilité » Spielberg.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Asimov

Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger » ;

Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi » ;

Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi ».

IsaacAsimov

Ce sont les trois lois de la robotique, formulées dans I, Robot, Les Robots en français. Un bon début pour l’œuvre épique de l’écrivain qui finit par former une toile longue de plusieurs millénaires. La lecture des nouvelles est fortement conseillée à tous ceux que le film a déçu ou qui ne le verront jamais. Le cycle de Fondation, immense, est ardu mais rempli d’excellentes choses, parfois datées. En plus de la communication entre l’homme et les machines, l’auteur traite de psychyanalise et de marxisme, si l’on veut bien considérer ainsi ses bases d’analyse. Son érudition et ses connaissances techniques sont souvent impressionnantes. Des éditions complètes en poche paraissent, réunissant les textes en cycles, les robots, Trantor… Mais je ne connais pas l’éditeur, ayant lu ces textes il y a des années.

Dernier détail, l’auteur ajoutera une loi Zéro à ses trois lois, plus métaphysique puisqu’elle implique la sauvegarde de la collectivité avant celle de l’individu.

Toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.

24
sept
09

Les Grands Anciens

Les Grands Anciens

« In the beginning there was nothing, which exploded. »

Terry Pratchett

Certains se demandent sûrement quels rapports farfelus entretiennent un dieu serpent et des cyborgs, un hippie attardé et des ordinateurs mystiques avec la fin d’un monde. Ne voulant pas répondre directement aux interrogations légitimes de ces sympathiques curieux, je vais me permettre de louer à présent quelques Grands Hommes.

Nous allons un peu parler culture, un peu de littérature, beaucoup de livres à deux sous et faire quelques bonds entre quelques imaginaires.

À commencer par celui de Lovecraft. Quel intérêt à part troubler mon aimable lecteur que d’ici rappeler le Reclus de Providence? Ce misérable et xénophobe auteur de gare au style adolescent? Le triste fournisseur frustré des Pulp des années 1920 ? Parce que ce génie de l’imagination propose un des premiers panthéons de la littérature populaire qui soit dépourvu de conscience du bien et du mal et dans lequel l’humanité n’est rien qu’une chose insignifiante qui ne peut comprendre les océans de ténèbres l’entourant. Au milieu du chaos, au son de joueurs de flûte aveugles et idiots, les dieux informes attendent en rêvant. Plus encore, cette violence aveugle est décrite en termes organiques, visqueux, rampants… Un aspect biologique et gluant que l’on retrouvera des années plus tard dans le décor d’un film comme Existenz de Cronenberg ou évidemment dans les créatures d’Alien.

lovecraft

Faut-il lui opposer l’imaginaire de Tolkien? Hélas combien d’enfant de hippies s’appellent Galadriel? Ça peut être pire n’est-ce pas Frodon? Et que je me balade en robe blanche et brillante en déclamant des vers dans une Nature que même un témoin de Jéhovah trouverait clinquante à force d’éructer de joliesse benoîte…

eveil

On pourrait prétendre, au-delà de l’œuvre des deux maîtres respectifs, opposer leurs successeurs et activateurs. Je prétends d’ailleurs pas que les types qui invoquent Cthulhu ou Nyarlatothep le soir dans le jardin soient moins atteints que les chanteurs de chants elfiques mais il y aurait matière à un développement qui suivra peut-être.

En attendant, si nous retenons d’un coté pour Tolkien l’idée d’ordre cosmique, et pour les elfes ou les dieux les adjectifs beau, clair, propre et ordonné, à l’exception des forces comme Melkor ou Sauron qui refusent cet ordre naturel matérialisé par le Chant de la Création mais passons, de l’autre l’idée de chaos cosmique avec des adjectifs comme aveugle, incompréhensible, rampant, grouillant pour Lovecraft et ses flûtistes tarés, on pourrait formuler des pôles maximums de représentation de la Nature.

Monstre Lovecraftien

Monstre Lovecraftien

Si les images des Terres du Milieu sautent aux yeux lorsque l’on parle des hippies et de l’ordre cosmique, les dieux hideux de Lovecraft peinent à priori à s’imposer comme modèles…Pourtant on a tous vu Alien… Et peut-il y avoir un désordre cosmique? Pourrait-on utiliser nos deux écrivains comme les pôles antinomiques d’une réflexion cosmographique ? Le développement susmentionné s’avère presque nécessaire. Parlons donc d’autre chose.anAndroidsTale-email

Il faudrait sans doute mettre en scène pour continuer à creuser des représentations plus ou moins populaires, quelques super héros arrivés à ce point afin de nous détacher du cosmos et de revenir à l’humain, tant artificielle que soit cette séparation. Ou rappeler ensuite l’age d’or de la Science-fiction et ses fusées dorées dressées vers le ciel pour explorer des espaces vierges et prometteurs. Mais les années cinquante angoissantes voient étouffer aussi un prophète ambigu et paranoïaque: Philip K. Dick.

Nous continuons résolument à promener un regard non biographique et thématique sur quelques oeuvres et sur ce dernier plan, en racontant toujours la même histoire de paumé, Dick est presque partout précurseur: l’androïde, les corporations, l’intrusion d’une ou de plusieurs réalités dans un monde qui se fissure à force de glisser, le jeu trouble d’une mémoire éclatée, entre drogue et écran, qui hésite sur son humanité… L’écrivain annonce magistralement la société paranoïaque et schizophrène de ce vingtième siècle qui ne cesse de finir.

androids-jp

En toile de fond, cette angoissante question “Qu’est-ce qu’un humain” est posée avec une vigueur et une profondeur renouvelée. Ici interviennent les robots. Dans l’œuvre de Dick, ils sont un moyen de mettre en scène positivement ou négativement l’empathie, force définissant l’homme selon l’écrivain. L’empathie, c’est de façon simple la capacité de ressentir ce que l’autre ressent, quel que soit la forme que cet autre puisse avoir. Donc un robot, ou à fortiori un protoplasme extraterrestre, peut être plus humain qu’un humain, et l’humain plus mécanique qu’un robot, propos qui sera familier aux spectateurs de Blade Runner de Ridley Scott (la nouvelle de Dick s’appelait Do Androïds Dream of Electric Sheep? d’ailleurs). Ceci n’est qu’une facette de l’œuvre de Dick (ai-je besoin d’écrire que j’y reviendrai). Cette facette permet de continuer un parcours qui passe par Asimov et ses fameuses trois lois de la Robotique J’aime bien ce monsieur, mais depuis qu’il a formulé ses lois, on le retrouve en Saint Père de la Robotique, mis et mangé à toutes les sauces. D’accord, c’est lui qui invente ce mot mais il occulte souvent des écrivains plus déroutants et détonants comme le Dick dont nous venons de parler.. Asimov écrit comme un scientifique. On trouve plus beau. Ça tourne parfois en rond, à la démonstration, mais on y trouve des idées fortes. Dans I’Robot le livre, recueil de neuf merveilleuses nouvelles, il formule les fameuses lois régissant les rapports entre l’humain et les robots puis les dérègle subtilement par des processus psychologiques comme la double contrainte ou invente un robot Descartes découvrant sa conscience et son doute. Et mieux, en évitant le vieux coup rabâché de La Créature Rebellée contre son Créateur. Le robot est souvent soumis mais cette soumission n’est jamais passive prenant souvent la forme d’une découverte mutuelle des possibilités des créatures et des créateurs.

Ainsi, dans un temps, le robot s’approche de l’homme, mais l’homme se rapproche aussi du robot.

Par exemple Robocop. Je garde Donna Haraway sous la main, parlons néanmoins du cyborg. Et donc de près ou de loin du cyberpunk. Mais dans un autre article. Puisque à moins de laisser artificiellement la chute en suspension dans le vide, je dois renouer les fils de ces pièces qu’on croirait rapportées.

cyborg

Avant, à travers Tolkien et Lovecraft, nous aborderons un rang de représentations sur la place de l’humain dans le cosmos. Ensuite, sans respecter la division canonique, nous aborderons des rapports au corps, mais aussi au sens de l’humain qu’impliquent ces représentations en tentant de montrer l’impact réciproque entre les technologies extrêmement impliquantes que nous utilisons aujourd’hui, les mouvements imaginaires provoqués par ou précédant ces mouvements et les impacts possibles sur les représentations mais aussi les potentialités concrètes d’être humain.

Nous parlerons par exemple du cyborg comme manifestation d’une tendance de la technologie à se biologiser et de la nature à se technologiser. Tout se passe comme si, dans une certaine littérature au moins, ailleurs peut-être, l’on pouvait brouiller les catégories de l’animé et de l’inanimé.  C’est là que nous reverrons Lovecraft d’abord puis Dick et les robots, les cyborgs, enfin. Prolongeant ces imaginaires qui anticipent ou sous-tendent des notions actuelles, j’estime que cette formule rend assez bien compte de réalités contemporaines et pourrait même être le prétexte d’une analyse historique. En vrac quelques mots: implants, ogm, bionique, shaman, transsexuel…Bien racoleur mais du pain sur la planche quand-même…

Les Astres sont propices…

Toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.

24
sept
09

Le père Teilhard et le Serpent à Plumes

Le Père Teilhard et le Serpent à plumes

« A new world is only a new mind »

Williams Carlos Williams

Après des années d’attente pathétique, Seymour le chien de Philip J. Fry décède à la fin de l’année 2012. La même année, Robert Neville, personnage principal du film Je suis une légende, meurt le 21 décembre dans la solitude lui aussi. Super size me se termine en prophétisant la chute de MacDonald. Sur la pierre tombale sont inscrites deux dates: 1954 et 2012. La vérité, x-files, dernier épisode, annonce l’achèvement du Grand Plan des Petits Gris toujours la même année, qui voit par ailleurs sur la BBC le Docteur repousser une invasion de Daleks. En passant, regardez Doctor Who, géniale série anglaise à la fois absurde, pince-sans-rire et de pure science -fiction.

Pour revenir à notre sujet, Genesis, la chanson s’appelle Get’Em out by Friday, ou Incubus, sur A certain shade of green, font référence encore à la même date. On la retrouve dans les romans de Robert Henlein, dans les exceptionnels Invisibles de Grant Morrison (chez Panini Comics ou http://www.bm-lille.fr/bmlille/bmlille.php?rub=35&art=110 pour une bio de l’auteur) ou au détour d’une masse de jeux, de Shadowrun à Méga Man, du jeu de rôle cyberpunk au jeu vidéo de plate-forme. Et selon Eric Cartman, nous allons tous mourir.

(Wisdom of the Cartman lesson three: know what awaits you in heaven et lesson twelwe: kids with red hair and freckles have no souls http://www.southparkstudios.com/crap/dvds/cultofcartman.php)

Hors des fictions, le paysage est moins surprenant mais plus fantastique. Entre glaciation, hiver nucléaire, retour de la planète Niburu ou débarquement d’extraterrestres, les prédictions sont variées et presque innombrables.

À ce stade, et plutôt que d’enchaîner des références de plus en plus étranges, il convient de poser quelques questions: d’où vient cette date ? qu’est ce qui lui a donné les moyens de se répandre comme un virus ? et plus important pour qui prépare sereinement son avenir…Que va-t-il se passer?

quetzalcoatl1

Tout d’abord un petit point sur l’une des branches de cette tortueuse histoire. Elle  débute avec le fascinant et complexe calendrier des Mayas. Quelques explications techniques s’avèrent nécessaires puisqu’une partie des théories et des prédictions dont nous avons parlé plus haut est inspirée de près ou de loin par des lectures de ce calendrier.

N’essayez pas de retenir les noms oubliés de ces cycles précis. Nous n’avons besoin que d’un aperçu, mais les prêtres –sorciers ont eu le temps de s’ennuyer et le résultat n’est pas simple.

Les Mayas utilisaient donc au moins trois calendriers différents. Le premier est un cycle religieux et divinatoire de 13 fois 20 jours, soit 260, le tzol’kin. Le second est un cycle civil de 365 jours ou haab. Le dernier, plus complexe, est utilisé pour enregistrer l’histoire. On peut le visualiser comme l’imbrication de cycles allants du jour ou kin au baktun de 394 ans environ. 13 baktunob forment le compte long, une période de 5126 ans, elle aussi cyclique. Rajoutons que les Mayas utilisaient une série d’autres cycles et que ce compte long ne fut utilisé qu’à la période classique de cette civilisation.

Plus à propos, relevons la parfaite synchronisation entre les dates de ce calendrier et celles du nôtre. Savoir une date maya permet de connaître son équivalente dans le calendrier julien. La date o du compte long en cours correspond au 6 septembre 3114 av. Jésus-Christ. La fin de ce compte long serait donc le 21 décembre 2012, en accord avec le calcul savant connu sous le nom de “corrélation Goodman Hernandez Martinez Thompson” (sic) qui a relevé cette synchronisation. Signalons pour l’exhaustivité que le compte est parfois décalé de deux jours ou de 260 ans au gré des controverses scientifiques. Et qu’il légitime quantité d’interprétations millénaristes.

Nous devons à présent effectuer un saut dans le temps et l’espace pour nous retrouver à la fin des années hippies. Terence McKenna commence son parcours psychédélique. Ce personnage hors normes, un des papes de la contre-culture, que Timothy Leary a appelé “le vrai Tim Leary” et qui admire Marshall McLuan, Pierre Teilhard de Chardin, le christianisme gnostique et James Joyce, se lance en 1971 dans une série de transes hallucinatoires à base de DMT. Il ne cherche pas, comme ce fut le cas quelques années plus tôt, une meilleure connaissance de soi mais plutôt un autre niveau de conscience permettant de voir le côté invisible de la réalité.

cd_mckenna

Les drogues le mettent en contact avec des entités qu’il appelle “elfes mécaniques auto transformant” effrayants et fascinants l’incitant à étudier une version primitive du Y-ching, le livre des transformations, livre chinois plurimillénaire fameux servant à la divination.

On laisse à une autre fois l’étude des phénomènes psychiques et l’on accepte sans autre les témoignages des gens s’il vous plaît, j’argumente même à l’occasion;  ce n’est pas le sujet ici. Bref, McKenna met  au point une théorie de l’univers vu comme une machine à préserver et à produire de la nouveauté dans le temps. La nouveauté est comprise comme l’opposé de l’entropie, l’extropie.

Graphiquement, l’extropie se répand sous la forme d’une courbe fractale à travers le temps, qui prend donc lui aussi la forme d’une courbe fractale, la modélisation de ces courbes est connue comme la TimeWave Zero. Celle-ci montre à quel moment mais pas à quel endroit la nouveauté se répand dans le temps. Plus simplement, on peut visualiser le temps comme des cycles ou des boucles de taille variées suivant que l’entropie ou l’extropie domine. Selon McKenna, ces cycles devraient tous se synchroniser par une extraordinaire coïncidence le 12 décembre 2012…

Ne voulant pas inciter mes aimables lecteurs aux aventures psychédéliques, je laisse à chacun le soin de vérifier le raisonnement ci-dessus par les moyens qu’il juge approprié afin de visualiser les boucles fractales de temps et d’extropie. J’ai laissé quelques liens…

macstractedpineal

Pour revenir à McKenna, qui prétendit en passant n’avoir appris qu’après coup l’histoire du calendrier maya, cette date qu’il appelle eschaton (la fin des temps en grec) sera une explosion de nouveauté, d’extropie, et non un désastre total. Sa mythologie mérite d’être décrite.

Auparavant un mot encore sur le personnage. Il est important, plutôt que de crier au drogué halluciné qui a pris ses désirs pour des réalités, mais tout en admettant sans problèmes avec lui que c’est complètement le cas, de comprendre le contexte et la démarche de McKenna. Si très vite il est devenu une figure de la contre-culture, particulièrement dans les milieux news age mais aussi dans la musique Goa entre autres où ses discours sont samplés et mixés sur des rythmes censés aider à l’hallucination, il montre peu d’indulgence pour une immense partie de ces mouvements qu’il juge dogmatiques.

Sa démarche est tout entière basée sur l’expérience et détonne au milieu de la plupart des petits gourous de la seconde moitié du vingtième siècle. D’abord parce qu’il ne cherche pas à réunir un groupe de fidèles, mais incite plutôt à une démarche personnelle à la fois impliquante, dangereuse, marginale mais conservant un certain esprit critique. Il a ainsi travaillé avec son frère sa vie durant.

Ensuite parce qu’il faut dire un mot de ses théories les plus fameuses à savoir le singe drogué et la théorie de la nouveauté. Au fait la théorie du singe drogué prétend que l’homme est devenu humain en changeant de régime alimentaire, c’est-à-dire en mangeant ces sortes de champignons qui font voir des choses multicolores et le grand tout cosmique en stéréoscopique….  Si leur succès est immense, si des dizaines d’allumés les prennent pour argent comptant, McKenna a toujours présenté lui-même ses théories comme des hypothèses basées sur un travail visionnaire conscient et critique, ne répondant qu’au minimum aux exigences des scientifiques mais sans leur être opposé, en bref le travail d’un cyber-shaman.

McKenna sait consciemment qu’il crée des mythes ce qui l’empêche de se prendre au sérieux. En fait, des scientifiques qui se sont penchés sur ces théories, au-delà de la discussion morale de ses méthodes, non seulement n’y ont rien trouvé de décisif mais ont même infirmé plusieurs de ses postulats: calculs arbitraires pour la timewave, soupçons de lamarckisme pour la théorie du singe savant… Cependant plusieurs, dont Ralph Abraham, qui a participé à l’élaboration de la théorie du chaos, ont collaboré avec lui et d’autres ont avoué s’en être inspirés.

De plus la théorie de l’extropie de McKenna rappelle et s’inspire d’une théorie plus rigoureuse quoi que très hypothétique : la Singularité technologique, attribuée à John von Neumann mais formulée par l’écrivain de s-f et professeur de mathématique et d’informatique Vernor Vinge, décrivant dès les années 50 une asymptote verticale du progrès scientifique et postulant un point où celui-ci échappe à la compréhension de l’homme car il produit la capacité de se reproduire par lui-même. On pense évidemment à des Intelligences Artificielles aux capacités dépassant les humains et capables d’insuffler leur propre dynamique  au progrès (sans définition)   voire à une évolution réflexive de la conscience posthumaine.

teilhard-de-chardin

Certaines visions inspirées du philosophe et théologien français Teilhard de Chardin, mais coucou qui voilà, ont une appréhension plus spirituelle de cette rupture puisqu’ils imaginent en parallèle une augmentation de la conscience de l’homme ouvrant les portes de la noosphère, c’est-à-dire une sorte de biosphère possédant la conscience justement, avec plus ou moins de cyberespace pour en préparer l’avènement à en croire ceux qui s’en sont inspirés, dont McKenna.

N’oublions pas de citer Dan Simmons et l’extraordinaire cycle des Cantos d’Hypérion (merci Keats) qui remet en scène le vénérable père Teilhard entre autres tout en imaginant une infosphère qui serait la noosphère de la machine et dans lequel  les I.A. elles-mêmes affrontent leur propre singularité puisqu’elles se rêvent un dieu informatique…

Mais 2012 est encore loin et je crains à présent de lasser mes lecteurs.

Un prochain texte développera l’histoire de la planète Niburu et parlera des cybershamans. De Qetzalcoatl aussi, promis…

Les Astres sont propices…

quetzalcoatl_by_genzoman

toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.




Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.