Archive pour la catégorie 'Tolkiennerie'

27
mar
10

L’Eternel Retour du Roi

D’abord un peu de généralités. Dans le mythe, il ne sert à rien de chercher une version originale. Tout au plus trouvera-t-on des versions plus ou moins archaïques. En effet, un mythe se caractérise par ses multiples variations autant que par ses récurrences. Les thèmes de la tragédie grecque, Oedipe, Antigone, Cassandre… étaient traités régulièrement par les aèdes et les écrivains, variés lors des concours. Les Celtes avaient des bardes qui ne cessaient d’ajouter des détails à leurs histoires. Encore aujourd’hui, on raconte chaque année la mort des parents de Batman. La variation est aussi importante que le thème, avec ses inversions, ses transgressions, ses archaïsmes etc… Il n’est pas rare, pensons aux contes de fées du folklore, que les histoires restent quand leur sens est perdu. Tolkien livre une version imprimée du SdA, mais ce livre s’inscrit directement dans une certaine conception des mythes de l’occident. Le détour par la mythologie me semblait nécessaire.

Le Roi Arthur par Charles Ernest Butler

Maintenant, nous pouvons parler d’Aragorn.  C’est le Roi. Nan, mais ça a l’air évident dit comme ça mais en fait c’est réellement l’image même du souverain légitime (sans que soit jamais posée la question de son régime politique mais nous pouvons deviner qu’il sera aussi bon que possible). En fait il est roi par son ascendant, par son héritage, par ses actes et par ceux de l’univers qui le reconnaît.

The Crowning of Elessar par Greg et Tim Hildebrandt

Mais à sa première apparition dans le livre, il est encore assez ambigu. C’est peut-être la conséquence de ses origines puisque Tolkien a hésité un temps avec un brigand avant de mettre en scène le souverain que tout son univers aspirait à créer.

Car Aragorn, on l’a dit, est de la lignée la plus noble qui soit. En lui coulent les sangs de Beren et Luthien, qui prirent un Silmaril sur la couronne de Morgoth Bauglir, le Noir Ennemi du Monde, et dont il rejouera en partie l’histoire avec Arwen, les sangs des humains les plus nobles, les Edain amis des Elfes, les sangs des Noldors et des Seigneurs Eldar, de ceux qui virent les dieux et ceux qui se battaient contre Morgoth quand le monde était jeune et les dragons nombreux, le sang d’Earendil aussi, qui traversa les portes de la nuit pour devenir une étoile sur le navire qui l’avait emmené quérir l’aide des Valar avant  que le trône de Morgoth ne soit abattu. Par Elros, il est issu de la lignée des Rois de Numenor, la terre humaine la plus proche d’Aman. Elendil, Isildur, Valandil… Les plus grands seigneurs d’une époque qui est légendaire pendant la guerre de l’Anneau, sont eux-aussi ses ancêtres.

Les Rois d'Antan

Ajoutons-y la présence de Melian la Maia. Comme Romulus, Thésée, Cuchulainn et tant d’autres, Aragorn possède du sang divin, si tant est que ce terme s’applique à l’univers de Tolkien.

Mais Aragorn est l’aboutissement d’une lignée dont les membres, comme ceux des meilleurs cycles mythologiques, ont participé à tous les évènements essentiels de l’histoire de l’univers.

Comme la plupart des héros, sa naissance est tragique et il est rapidement orphelin de père et mère. Notons ce que dit sa mère à son propos (lui donnant ainsi le nom par lequel il sera connu chez Elrond): onen i-estel edain, u-chebin estel anim. “j’ai donné l’espoir aux hommes, je n’en ai pas gardé pour moi.

Un des poèmes annonçan Aragorn, par Cari Ferraro, 2003 sur http://www.proseandletters.com/Prints/Aragorn.html

Edain en l’occurrence, c’est à dire les humains amis des Elfes, les familles de Beren, Tuor et Hurin, les gens du Second âge dont nous avons parlé plus haut. Ainsi, des mots même de sa mère, son héritage et son destin sont déjà mis en scène.

De plus, avec sa lignée viennent une série d’objets dont il entrera en possession petit à petit. Réaffirmons un instant l’importance des objets dans la dynamique du pouvoir monarchique. Chez les Celtes, on trouve une série d’objets divins, une pierre, une lance, un chaudron, une épée… On en retrouve les traces tant dans la quête du Graal (Excalibur/Caledvwlch ou le Graal qui reprend le thème du chaudron de résurection), que dans la pierre sur laquelle les rois d’Angleterre sont encore couronnés. ces objets, autant que les actuels bijoux de la couronne, rendent témoignage de la légitimité du souverain. (Une fois encore, je recommande la lecture de l’excellent Cinquième Eléphant de Terry Pratchett, où ce thème est brillamment déconstruit).

Les Tronçons de Narsil

Ajoutons encore que parfois, seul le roi (ou le héros) légitime peut utiliser l’objet en question. Ainsi du siège périlleux de la quête du Graal, de l’arc d’Ulysse ou de dizaines d’objets dans l’heroic fantasy.

Bref, Aragorn hérite d’abord de l’Anneau de Barahir et de l’épée brisée, à l’adolescence qui correspond à son entrée dans le monde puisqu’il y a la révélation de son véritable nom.

ça, c’est le teaser du prochain épisode. Pq c’est quand même prendre un peu de temps pour écrire tout ça et j’ai des trucs à faire. En plus, j’ai des problèmes de mise en page. Mais à part ça c’est un exercice intéressant pour moi, puisque je vulgarise une partie de mon savoir technique, sans pression en plus. Donc merci à ceux uni suivent, ça me rassure. N’hésitez pas à laisser des remarques, surtout si je deviens pas clair. Par contre j’aurais parfois besoin de plus d’un post pour expliquer mes idées (j’en teste une ou deux, pareil, n’hésitez pas à réagir, merci d’ailleurs Glout) exemple ici avec Aragorn…

Skars a dit: la suite vite !!

serieusement merci, ça me permet d’avoir une seconde lecture plus technique, analytique de l’oeuvre de Tolkien.

Les objets que portent Aragorn se rangent dans trois catégories hautement symboliques, les joyaux, les anneaux et les épées. Une fois rois, s’ajouteront évidemment sceptre et couronne.

L'Anneau de Barahir par Daniel Reeve

Commençons par l’Anneau, en l’occurrence de l’Anneau de Barahir. D’abord il y a la symbolique propre de l’anneau en général, qui représente évidemment le lien, qu’on pense à l’anneau de mariage. C’est du coup le symbole de la charge, l’anneau du pape ou celui de l’inquisiteur. De même, portant un sceau, il témoigne de l’identité de son porteur et prends ainsi des valeurs dynastiques. C’est encore un objet intime.

Il peut indifféremment être chargé de sens positif ou négatif, selon les cas et l’histoire de l’objet. Ainsi celui des Nibelungen qui passe de symbole de richesse à porteur de malédiction.

Dans un sens existant et que l’on retrouve dans le SdA, l’anneau transmet un pouvoir, une fonction, liant entre eux un groupe de personnes. Le roi confie un anneau à ses chargés de mission, les confréries d’étudiants utilisent des bagues, comme les vainqueurs du Superbowl qui se reconnaissent à travers ce signe. Ainsi l’anneau unique par 20 de Sauron.

L’Anneau de Barahir possède une riche histoire qui semble incertaine au vu même des textes de Tolkien (voir Tolkiendil, un excellent site en français pour les détails). Ce qui est sur, c’est qu’il fut forgé au premier âge soit à Gondolin soit à Valinor. Possédé par Turgon, il fut donné à Barahir, le père de Beren et l’un des premiers humains amis des elfes en gage d’amitié. Il sera ensuite porté par toute la famille de Beren, passant à Elros le fondateur de Numenor. Par là, il passe à la lignée d’Elendil, puis échappe aux Champs aux Iris (où fut perdu l’Unique).

La Tombe de Tolkien à Oxford

Avec la chute des royaumes du Nord, il est un temps perdu puis revient aux Dunedains. Elrond le garde avant de le donner à Aragorn, en même temps que son nom et que l’épée (notons qu’Elrond tient encore le sceptre par dévers lui).

Plus tard, Aragorn le donnera en gage à Arwen, qui le lui rendra peut-être au mariage, avant de le laisser à ses descendants comme témoignage de la lignée.

En ce sens, l’anneau de Barahir est peut-être le véritable anneau unique, contrairement à celui de Sauron qui existe en 20 exemplaires. Plus discret, il cumule un âge immense et un destin extrêmement riche qui ne cesse de l’opposer au desseins de l’Ennemi. Plus encore, c’est le seul objet du premier âge à survivre à la fin du seigneur des Anneaux.

Son double sens d’héritage et de charge semble assez mis en valeur.

Passons aux joyaux. Avec les sels (alchimiques) les joyaux sont la forme pure de la terre. Nous en reparlerons en évoquant les cavernes, la terre impure est le lieu privilégié de l’initiation. Le joyaux est ce qui en ressort, purifié et dispensant la lumière.

Feanor Forgeant les Silmarils par Angus, pour les vieux fans de JRTM

Les joyaux, les Silmarils en premier lieu, tiennent une place importante dans l’oeuvre du professeur. Ils sont presque systématiquement liés à un créateur qui en magnifie la substance et nous renvoie encore au thème de la maîtrise de la nature.

Il n’est sans doute pas anodin de voir Aragorn gagner les pierres qui le caractérisent au cours de l’aventure. A savoir l’Elessar (dont il prendra le nom), le Palantir et l’Elendilmir.

L'Elessar par John Howe que j'admire.

Je passe rapidement sur ces objets avant de parler de l’épée, on y reviendra lorsque nous aurons évoqué plus en détail l’initiation de Grand-Pas.

Elessar est le nom de deux joyaux, l’un appartenant à la famille de Luthien et passé à l’ouest, l’autre fabriqué pour Galadriel et passé à Arwen qui le lui rendra pour qu’elle l’offre à Aragorn. Notez une certaine symétrie.

Elendilmir est le nom de la couronne d’Elendil, un joyau visible même sous la couverture de l’Anneau du Destin. Perdu, retrouvé par saroumane, elle deviendra la couronne d’Elessar Telcontar.

On reparlera des palantir.

L’épée n’est pas une arme banale. C’est le premier outil de guerre de l’homme, au contraire de la hache, la flèche ou la lance. Tranchante, elle divise et en divisant, elle détermine. Ainsi en est il du glaive de la justice qui tranche le vrai du faux, le juste de l’injuste. Elle se rapproche ainsi des facultés de la raison, qui définit et détermine tout autant.

On peut aussi penser à la scène de l’épée posée entre les amants, qu’on trouve tant dans Tristan que dans les Nibelungen, et qui renforce encore cette identification positive et discriminante.

C’est l’arme de l’humain par excellence, les fomoirés irlandais comme les chevaliers monstrueux de Bretagne portent des gourdins, des haches, des armes informes qui correspondent à leur statut.

Sir Gawain et Le Chevalier Vert par John Howe

Les rois et les dieux au contraire peuvent manier une épée, voire même l’investir de leur pouvoir. Ainsi d’Excalibur, qui est la descendante de l’épée sacrée de Nuada (je crois) un des sept trésors sacrés d’Irlande, l’une des manifestations du divin dans le monde.

L’épée reste souvent verticale dans les représentations des rois et de la justice. En plus de ses implications phalliques, cette image semblable à une obélisque renvoie encore au schéma ascensionnel, à l’idée de l’épée comme arme souveraine.

On peut penser au interdits autour de son port au moyen âge, ou au protocole de la cour de france, où le roi seul porte l’épée perpendiculairement au corps, l’angle s’affaiblissant avec le rang du porteur.

Notons encore que le lien entre juge et guerrier est fort dans tout le monde indo-européen, Arthur restant le meilleur exemple de juge-souverain, mais Dumézil en parle mieux que moi.

Il reste à dire que, liée au sang, l’épée peut se retourner contre son porteur, parler de lignage, d’épée brisée, et de Narsil…

Thouny demande: Juste un détail qui m’a fait tiqué : l’anneau unique existe en 20 exemplaire ?

Epimethée répond: Un plus trois plus sept plus neuf=20 (soit trois pour les rois elfes sous le ciel, sept pour les…. etc…), c’est une façon de parler bien sur, mais en gros les 20 anneaux de Pouvoir sont liés et reproduisent la même fonction. On en reparlera aussi. C’était un peu fait exprès, c’est bien tu suisguiño.gif

Glout ajoute: Concernant les 20 anneaux forgés par/pour Sauron, leurs fonctions est moins d’octroyer un pouvoir, de transmettre une fonction / un role, ou de lié un groupe, que d’en dominer les porteurs, en en faisant des esclaves.

Donc sauf si on considère qu’on lie les porteurs par la soumission, je ne suis pas sur que la comparaison faite avec lse anneaux de confréries, ou ceux donné par les rois à leur commmanditaires soit juste.

Et pour les 20 anneaux, 3 furent donnés aux seigneurs elfes, 7 aux seigneurs nains, 9 aux rois humains. Tous furent forgés par des elfes avec l’aide de Sauron qui possedait un grand savoir dans ce domaine. Et Sauron forgea lui même en secret son anneau (l’unique) en y introduisant la moitié de son pouvoir.

Sur ce Epimethée: Ben la question du caractère positif ou négatif du lien m’apparaissait moins essentielle que celle du lien lui-même (and in the darkness  bind them). Effectivement, les Spectres perdent toute volonté mais entrent dans un groupe déterminé et spécifique en portant cet anneau. Spectre de l’Anneau, c’est bien une fonction particulière, tout comme esclave.

Sinon yep pour l’historique, à part que les anneaux des Elfes ne furent jamais touchés par Sauron. Leur destin reste lié à celui de l’Unique. Je comptais de toute façon reparler de ces objets.

Série de timbres parus en 2004 en Angleterre, dessins de la main de Tolkien

Glout continue: Je soulevais juste ce point  car tous les exemples que tu donnais avaient une connotation positive ;)

Mais effectivement, spectre de l’anneau est une fonction à part entiere.

Loki : Si ton gamin te dis vouloir devenir spectre de l’anneau plus tard, colle lui une baffe et dis lui de viser plus haut :D

26
mar
10

Vagabondage vers la Souveraineté

D’abord je pense que c’est jamais trop tôt pour montrer de belles choses aux enfants. Donc personnellement je ne ris pas, je comprends même très bien cette envie que j’estime.

Après, juste pour le dire, je me livre ici à une interprétation assez libre, dans le sens où je ne cours pas toute les lignes vérifier mes citations, donc si vous voyez des approximations, n’hésitez pas à me prévenir. Ce sont surtout mes souvenirs, mais ce monument littéraire m’inspire depuis des années. Là, Loki, tu me permets de mettre un peu en forme pas mal d’idées qui m’étaient venues à gauche à droite. T’hésites pas (et personne d’ailleurs) à me demander des précisions.

Je sais pas ce que c'est mais je l'ai trouvé sur: http://www.labyrinthiques.net/tag/bibliotheque/

Enfin, je suis personnellement un partisan de la polysémie et de l’interprétation multiple. Lire, et plus encore interpréter un texte est pour moi un processus évolutif constant qui ne cesse de créer de nouveaux liens. Dans l’apostille au Nom de la Rose, Umberto Eco qui est loin d’être la moitié d’un con et dont le roman traite justement du labyrinthe du sens (oui, la bibliothèque là, dans lequel on trouve un inédit d’Aristote, livre perdu traitant de l’art d’écrire… ) raconte comment lui, l’auteur, quand bien même il avait truffé son texte de références internes et externes, vit sa propre vision de son oeuvre évoluer grâce au regard des lecteurs. En fait, d’une certaine manière, un texte est toujours neuf et le relire, ou même s’en souvenir, ouvre de nouvelles portes.

De plus, je crois passablement à l’Espace B, c’est à dire au lien fondamental entre tout texte écrit qui contient potentiellement tous les autres. Lire, c’est aussi un contexte.

Bilbon et Frodon sur:http://anke.edoras-art.de/kunstplus_shop/originale_e.html

Bref, commençons par parler de Bilbon et Frodon, et parlons un peu de la Parenté. Parce que tout le monde sait que la Comté présente un peu une vision idéale d’une certaine Angleterre (je me demande si les hobbits ont des sports aussi stupides que le Copper’s Hill Cheese Rolling and Wake… va voir sur Youtube toi-même…) Il n’est pas anodin que la relation de Bilbon à Frodon soit familliale. Et la passion des hobbits pour la généalogie n’est pas uniquement en cause. En effet, le héros épique typique n’est presque jamais élevé par ses parents. Ce schéma existe d’ailleurs dans l’histoire et dans l’ethnographie. Le monde celte est coutumier du fait.

Prenons d’abord quelques exemples: Cuchulainn n’est élevé ni par sa famille céleste ni par sa famille terrestre mais par un forgeron et un barde. Lancelot est d’abord élevé par des fées, puis par son oncle Arthur. Arthur d’ailleurs est élevé par Antor, le père de Keu ou Cai. On pourrait tout autant évoquer Chiron qui éleva Achilles, Esculape, Jason entre autres. Ceci vaut que les parents naturels soient vivants ou morts. Tolkien utilise le procédé dans les histoire du deuxième âge, pendant les années noires, lorsque Huor ou Hurin combattent par exemple.

Dans l’histoire et l’ethnographie, le schéma le plus souvent rencontré est celui du frère de la mère comme éducateur, qui se retrouve dans la littérature, si l’on pense à Tristan. L’enfant est éduqué en dehors de sa famille, parfois dans un autre village, pendant une partie de son enfance.

Toutefois, très souvent, cet apprentissage particulier donne accès à un héritage d’autant plus justifié. Tristan comme Lancelot, qui couchent tous les deux avec l’épouse du roi mais on en reparlera quand on parlera de souveraineté, sont les héritiers putatifs du roi, ceux appelés à prendre sa place en cas de problème.

Du coup, ceci éclaire le sens d’héritier de Frodon, qui n’est pas uniquement un orphelin mais aussi la personne la plus apte à recevoir l’héritage de Bilbon. Il est donc normal que le livre s’ouvre sur la passation de pouvoir entre les deux personnages. Le titre de monsieur Sacquet, encore anodin, et l’Anneau, seront suivis au moment où Bilbon se retire presque entièrement du livre, par le don d’une Armure, d’une Epée et d’un Livre (pas tout à fait pour le livre: Bilbo demande à Imladris que Frodo lui rapporte ses aventures, Frodon finira par écrire lui-même et Sam terminera l’ouvrage). Ces différents objets sont évidement symboliques et renforcent encore l’identification entre Frodon et Bilbon, c’est à dire que Frodon prolonge le personnage de Bilbon. Encore une fois, cette construction est remarquable. D’autant qu’elle se fait mine de rien autour de personnages insignifiants par rapports aux rois et aux héros.

Mais le délire ne s’arrête pas là. Je vous passe un peu les considérations ethnographiques ( la parentalité a été un thème en vogue en ethnologie pendant des années). Par contre on va parler d’Aragorn. Disons déjà qu’il n’est pas élevé par sa famille nucléaire mais par un lointain cousin: Elrond.

En fait, j’ai une petite idée qui m’est venue en lisant la Geste des Enfants de Hurin, le plus accessible des textes traitants des âges anciens, très retravaillé par Christopher, fils et gardien du temple. Mais il faudrait faire un travail assez important pour la vérifier. Bref. C’est à prendre avec précautions.

Elrond est le frère d’Elros, celui qui fonda la lignée de Numenor dont est issu Aragorn. Leurs parents sont particuliers, Earendil et Elwing. Le fils de Tuor et d’Idril Celebrindal, la petite-fille de Beren et Luthien. Plus encore, les hommes (Beren et Tuor sont des mâles mais on va pas commencer hein…) sont les chefs des trois grands peuples humains, les Edains amis des Elfes.

Idril est la fille de Turgon, fils de Fingolfin le demi-frère de Féanor, petite fille donc de celui qui blessa sept fois Melkor le Morgoth en combat singulier devant sa forteresse, princesse Noldor et son père règne sur Gondolin, la citée cachée. J’ai pas exploré le reste de sa généalogie mais bref.

Turgon, Idril et Maeglin, je ne sais pas de qui

Luthien est la fille de Thingol et de Melian, un elfe qui ne vit jamais Aman mais épousa une maiar, un esprit incarné, une des puissances de la terre.

Les Eldar et les Avari (je crois), les Elfes qui ont vu la lumière des Terres de l’Ouest et ceux qui sont restés dans l’Ombre, sont donc unis par ces mariages tout autant que les trois branches des hommes. D’autant qu’Earendil deviendra une étoile…

On l’a dit, Elrond et Elros purent choisir entre l’humain et l’elfe. Bon, on saute les millénaires, Elrond épouse la fille de Galadriel, qui n’est pas n’importe qui puisque, fille de Finarfin, le frère de Fingolfin, elle capturait dans ses cheveux la lumière des Arbres de Valinor, et qu’elle fit présent à Gimli de ce qu’elle refusa à Feanor lui-même. D’ou nait Arwen qui unira à nouveau les lignées longtemps disjointe des Elfes et des Hommes.

Visiblement sur un plan plus large que ce qu’on pourrait croire au premier abord et d’une façon extrêmement construite. D’où l’intérêt de parler dans la foulée de Souveraineté, ce qui n’est pas le pouvoir et implique l’héritage.

Mais pas maintenant, faut bien souffler…

La lumière d'Elendil selon Flickr

.. mais juste pour dire qu’il y aurait moyen de creuser encore les généalogies elfiques.

Glout a dit: Très beau descriptif, j’attend la suite aussi (LoTR power)

Epimethee a dit:

Laurelin et Telperion, crées en partie par une danse divine, norment le temps.

L’arbre de Galadriel est une véritable cité.

L’arbre de Gondor reconnaît le roi légitime.

J’apporte ma touche perso pour dire que l’arbre du gondor est le fils de Telperion (ou Laurelin) qui fut tué par la mere de l’araignée (ou l’araignée elle meme) que rencontre Sam et Frodon (Umbrogiole ou un truc du genre il me semble. Enfin une salle bete qui bouffait la lumière et qui en a fait une overdose en bouffant l’arbre)

Epimethee a répondu: Petit Edit, Idril n’a pas affronté Morgoth en combat singulier, c’est bien Fingolfin qui s’en charge, et en meurt, comme ma formulation ne le laissait pas deviner.

@Glout: merci. Ce que tu dis renforce mon argument sur l’importance de la généalogie. D’autant que l’arbre que trouve Aragorn est un rejeton de celui qu’amena son ancêtre (sept étoiles sept pierres et un arbre blanc) qui est lui-même un rejeton de celui offert à Elros à la fondation de Numenor qui est un rejeton deTelperion. Un des Arbres se nomme je crois Nimloth, en tout cas ils ont un nom (même si Tolkien ne l’a peut-être jamais écrit quelque part).

Pour Ungoliant, tout à fait, sauf que je ne crois pas qu’une filiation directe soit donnée vers Arachnée. Y a quand même des trucs étranges aux temps mythologiques. Mais je réfléchis et je te redis.

Glout rétorqua alors: Nimloht est cité dans le simarillion ou dans le SdA. (si dans le SdA c’est par Aragorn il me semble)

Pour Ungoliant et Arachnée si si il y a filiation aussi dans les meme sources que ci dessus (je me souviens plus où dsl :p )

De mémoire après que Morgoth lui ai fait manger la lumiere de l’arbre elle s’est retranchée dans un gouffre ou elle engendra sa progéniture (qu’on retrouve aussi dans Bilbo). Je ne sais plus par contre si Ungoliant et Arachnée sont les même, mais au pire elles ont un lien de parenté. (Ungoliant a pu finir par se dévorer elle meme, et arachnée a pris la suite => Un peu comme Morgoth et Sauron :p )

Epimethee ajouta: Je pense que tu as raison mais je ne me souviens pas des détails. Effectivement, Ungoliant engendre des monstres (je crois que Beren traversera une partie de leur territoire) et Ungoliant, si je ne me trompe pas, finit par se dévorer elle même. J’ai juste pas de souvenir précis.

et pour répondre à Moklo qui l’a dit ailleurs… Désolé… vraiment…. le problème c’est que c’est un univers très construit, je veux bien clarifier sans problème si tu poses des questions et je pense pas être le seul à pouvoir le faire^^ mais je voulais pas allonger non plus. T’inquiète, c’est vertigineux, ça me prends aussi des fois. Mais c’est pas facile d’aborder un tel monstre. Normalement, on se dirige de plus en plus vers le SdA, mais il fallait bien que je pose quelques bases qui font comprendre l’ampleur du projet de Tolkien. Pas seulement en terme de volume ou d’époque mais aussi en terme de narration, car il raconte d’une certaine façon, comme la mythologie grecque, une gigantesque histoire de famille.

Et Glout de répondre: Mes souvenirs sont vagues aussi :D

Le plus impressionnants sur cet univers c’est que Tolkien avaient surtout rédigé des notes que son fils a remis “en ordre” à sa disparition.

Mais il est clair que l’ambiance, l’univers créé est titanesque. Perso, j’ai une question qui me tarraude l’esprit, mais dont je ne parlerais pas pour le moment temps que le personnage n’aura pas été cité (et ce pour ne pas embrouiller plus le débat ;) )

Un petit lien pour Ungoliant

Ce site semble sympa a parcourir.

D’abord je dirai que je suis désolé de ne pas pouvoir réduire la complexité de l’univers dans lequel prend place le SdA. Mon projet n’étant pas de raconter à double l’histoire, mais d’en éclairer quelques thèmes, je ne peux présenter en détail chaque personnage cité. Si son importance est suffisante, on en reparlera. Mais je ne veux pas trop me consacrer aux premier et deuxième âges, donc on va passer là-dessus.

J’ai dit que je parlerai de Souveraineté. Vous devinez qu’Aragorn sera impliqué ici, ce qui justifie selon moi le rappel de ses origines. Mais parlons un peu de ce concept avant de constater comment il se rapporte au SdA.

Aragorn et Arwen par Cippow25 sur DeviantArt

La Souveraineté n’est pas égale au pouvoir. Le monarque, en effet, est souvent compris comme un pilier qui soutient la marche du monde. Pharaon, bien sûr, vient tout de suite à l’esprit. Il faut aussi savoir que la Souveraineté peut être incarnée dans un objet, comme le simulacre que vole Ulysse dans Troie, l’Epée d’Arthur ou les trésors sacrés des Empereurs du Japon. Cependant, le Roi Sacré Celte présente un schéma intéressant. (euh.. on va pas faire chier avec les différentes fonctions qu’occupent les rois sacrés dans les mythes indus-européens). Le Roi, le plus souvent un guerrier-redistributeur dont l’exemple le plus fameux est Arthur, est identifié à sa terre, il est le garant (la largesse dont il fait preuve en témoigne) de la prospérité, mais aussi de la fécondité. Nuada, le dieux-roi mythique des Tuatha de Dannan du cycle épique irlandais, va même jusqu’à perdre son royaume lorsqu’il perd son bras. Son corps étant atteint, la terre est blessée et il ne peut plus régner.

Nuada très baroque sur http://ireland.mysteriousworld.com/Multimedia/Wallpapers/

Cette image du corps du roi identifiée à la santé du pays se retrouve ailleurs, qu’on pense au Roi Pêcheur du cycle du Graal, ou à l’image de conte de fée de la terre privée de roi, vide, dévastée… Je parie qu’on la voit même chez Mickey. Dans ce sens, le roi représente sur terre un ordre qu’il hérite du cosmos divin et qu’il manifeste dans son royaume.

La Souveraineté est donc cet accord intime entre le Pays et le Souverain. Si vous voyez dans Pratchett, cycle des Sorcières de Lancres: le pays a besoin d’un Roi. Pratchett en passant considère le folklore un peu comme un ébéniste regarde une forêt.

Le Roi légitime conquiert donc son pouvoir à travers une série d’épreuves. Si son père ne règne plus, il doit reconquérir le trône. Si son père règne, il prouvera son droit par l’épreuve. Qu’on pense à Thésée, Jason, Oedipe, Arthur… Au cours de ces épreuves, il y a la conquête de la ou des femmes.

c’est en effet un schéma récurrent dans la mythologie grecque: avant de tuer le minotaure, Thésée conquiert Ariane. Jason prend Médée avant la Toison, Oedipe épouse sa mère. En allant plus loin encore, tout en observant le vocabulaire militaire, Ulysse doit tuer les prétendants pour se réapproprier sa femme et son royaume. En ce sens, l’épouse royale représente la Souveraineté. Plus encore si l’on en revient au monde celte, et toujours plus avec Aragorn.

Jason et Médée par Gustave Moreau

En effet, le premier conte du Mabinogion gallois, l’histoire de Pwyll, présente une histoire intéressante. Celui-ci échange une année durant son royaume avec un seigneur de l’autre monde, Arawn. Pwyll qui n’est pas encore marié passera l’année avec la reine, sans la toucher selon les textes collectés à l’époque chrétienne. Le roi semble considérer qu’elle appartient au royaume qu’il délaisse pour un temps. On trouve un thème semblable dans Kuhlwch et Olwen, gallois aussi. Pour épouser Olwen, son prétendant au nom imprononçable devra tuer le père monstrueux de la jeune fille et réussir une suite d’épreuves. Le tout conseillé par Olwen. Ici encore, obtenir la femme c’est obtenir le trône, ou obtenir le trône, c’est obtenir la femme. Comme si le mariage (en réalité, l’acte sexuel) devenait symbolique de cette union entre le Souverain et ce sur quoi il règne.

Olwen par Alan Lee

On peut voir le même schéma dans les histoires de Tristan et de Lancelot, tous deux neveux du roi. Ainsi que dans des schémas antérieurs . Le père d’Olwen je crois (mais je peux me tromper, je vérifie) doit garder ses pieds dans le giron d’une jeune vierge. En bref, posséder la femme, c’est posséder  la terre. Et l’on peut se demander légitimement si ce n’est pas afin de lui permettre de la reconquérir sans cesse et donc de marquer sans cesse son pouvoir que la femme d’Arthur est toujours enlevée. Attention, la femme n’est pas inactive dans le monde celte, comme le montre l’histoire d’Olwen, celle de Guenièvre ou d’Iseult (pq il faut être moine chrétien pour imaginer une servante qui verserait un filtre autrement que sur ordre de sa maîtresse). Et le jeu que joue Guenièvre mériterait une analyse en profondeur que je ne ferai pas pour l’instant. Mais dans ce sens, elle garantit le pouvoir royal tout en le répartissant entre les deux seigneurs légitimes, le seigneur en place et son successeur potentiel.

Mais, me direz-vous, quel rapport avec Aragorn et le Seigneur des Anneaux? Ah Ah.. Suite au prochain épisode…

Pour dire, je relis pas vraiment ces textes donc je pense qu’il y aurait moyen d’affiner la réflexion et la présentation. J’essaye d’être clair mais précis mais je l’ai dit, je crois à l’Espace B. Je veux pas non plus trop vous ennuyer avec la mythologie celte, mais souvenons-nous que Tolkien était un spécialiste de ces textes. D’autres que moi on très bien montré les correspondances entre les deux matières.

voilà, si vous avez des questions ou des remarques c’est right. Promis, ça prendra du sens au prochain post, ce que je vous raconte là.

Thouny a dit: Mais ça a déjà du sens. Pour moi en tout cas, je dois avouer que ça éclaire certains mythes d’une façon que je n’avais encore envisagée…

Glout a ajouté: Perso, je trouve la narration d’Epimethee très interressante, c’est pour ca que j’apporte ma modeste contribution dès que je peux :) (mais je le laisse faire comme il veut :p )

26
mar
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Approche de l’Oeuvre

Voilà, Loki m’avait demandé de lui parler du Seigneur des Anneaux. il se trouve que j’aime ça et bon… j’ai vite écrit un petit truc de tête histoire de voire si ça peut lui convenir (ça te convient loki?) et je ne résiste pas à la vanité de le poster ici. de toute façon, dans le pire des cas, le post disparaîtra rapidement. J’essaye d’éviter la polémique et les fautes grossières mais si jamais….
Et Loki, si ça te va je continue ici ou en privé, si t’as des questions t’hésite pas…

http://tolkienuniversite.free.fr/IMG/jpg/tolkien_et_son_arbre.jpg

Mettons-nous d’abord d’accord sur quelques points de départs. L’oeuvre du professeur se distingue par plusieurs aspects remarquables: l’érudition d’abord, qu’elle soit linguistique, mythologique ou généalogique, le caractère sacré de l’univers proposé ensuite, le profond maillage de références internes et externes ensuite.

Ainsi, pour parler superficiellement des conditions d’écriture du texte, commençons par la religion. Tolkien est un catholique anglais, ce qui est assez remarquable pour être noté. Bien moins marqué que dans les travaux de C.S. Lewis son ami, Tolkien reconnaîtra “inconsciemment puis consciemment” qu’il y a eu des inspirations (cit. sur wiki). Ce sera important quand nous reparlerons de symboles, Gandalf par exemple.

Ensuite, il y a la langue. Ce taré écrivait pour rire des poèmes imités du saxon. On parlera ailleurs de la façon dont il aurait crée Arda pour donner un cadre à ses langues, ce qui est quant même pousser loin la manie (il y a une jolie nouvelle, Feuille de Niggle, qui parle de la façon dont JRR voyait son travail). En ce qui nous concerne, retenons d’abord que le monde de la Terre du Milieu fut crée par des chansons et que les mots chantés conservent un pouvoir certain à l’époque du SdA, voir Tom Bombadil ou Sam devant Arachne. Retenons aussi que le livre est extrêmement écrit, le style, les mots même tant Tolkien est précis, sont essentiels. D’où aussi la masse de poèmes et chansons.

Trouvé sur: http://images.google.ch/imgres?imgurl=http://4e.img.v4.skyrock.net/4e6/tolkien/pics/78025148_small.jpg&imgrefurl=http://tolkien.skyrock.com/&usg=__Um6iXPX1NvN56nhKAieODArl22w=&h=400&w=312&sz=27&hl=fr&start=17&um=1&itbs=1&tbnid=tkk7k0ZuZ5OtJM:&tbnh=124&tbnw=97&prev=/images%3Fq%3DTolkien%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dsafari%26sa%3DN%26rls%3Den%26tbs%3Disch:1

Ce serait une autre question, je n’ai pas fait le compte, mais le SdA est en partie un livre de l’oralité. Les discours rapportés sont nombreux et essentiels, le conseil, Gandalf à son retour, Merry et Pippin après les Ents… Ce qui pose la question de la pertinence de l’image (et donc du film) sur un tel travail. Soit dit en passant Tolkien a illustré lui-même une partie de son univers.

Reste encore deux questions et une constatation. La constatation, c’est que le professeur est alors un spécialiste reconnu des langues anciennes européennes (principalement celtiques et germaniques) ainsi que de ses mythes et premières chroniques (par exemple les chroniques saxonnes). On pourrait donc évoquer son cadre universitaire. Mais ce serait ennuyeux
La première question serait sur la guerre à laquelle Tolkien a participé. Quelle influence a-t-elle pris sur son travail?
La seconde serait sur le groupe de personnes, dont Lewis, qui l’entouraient pendant une partie de la rédaction de ses oeuvres. C’est une partie un peu polémiquante, donc nous n’allons pas nous y attarder.

Le premier point à relever sur le SdA, c’est son équilibre. Le livre commence où il se termine, chez les gens les plus simples en apparence, dans la Comté. Il se présente d’une certaine façon sous la forme du voyage, “Et bien, me voici de retour” dit Sam au moment précis où le livre s’achève. Il reprend ainsi une forme connue et efficace de la quête où le déplacement dans l’espace se conclut par un retour sur soi nécessaire après les épreuves-sacrifices et l’apprentissage-récompense de la période d’initiation qui est la période d’aventure.
“Histoire d’un aller et d’un retour”.
Le schéma initiatique de Jason ou d’Ulysse semblent de bons exemples d’autant que Frodon, dont Sam est peut-être un aspect dédoublé, prolonge le thème de l’errance comme Ulysses ne s’arête pas à Ithaque. Nous reparlerons plus bas de la royauté, n’oublions pas ce que deviendront les hobbits parmi les leurs.

"An unexpected visit" par Ted Nashmit

Je continue. Bon j’ai bossé toute la nuit à surveiller une usine et ça fait gamberger. Et j’ai commencé cette réponse assez sec au fond. Donc reprenons.
J’ai découvert Tolkien il y a des années dans un de ces Albums des Jeunes qu’on trouve en abondance dans les chalets de montagne. C’était un extrait de Bilbo, la fameuse scène de la découverte de l’Anneau. Ça m’avait touché, pas marqué. J’avais pas dix ans.
Quelques années plus tard, je suis tombé sur le  Livre, dans ma librairie. C’était le plus gros et je partais en vacances. Je devais avoir au plus 12 ans. Depuis, j’ai perdu le compte du nombre de fois où j’ai lu ce fichu bouquin. C’est le premier que j’aie lu en anglais, je continue à acheter l’histoire de la Terre du Milieu, publiée en français enfin, j’ai même vu la pièce de marionnettes géantes, excellente, montée par une bande de canadiens.
Et régulièrement, je m’installe près du feu, au fond de mon trou, je bourre une bonne pipe de feuilles de Longoulet et je relis quelques chapitres…

"Frodo and Gandalf" par Alan Lee

Ceci dit, pour revenir au sujet, il est point qu’il me semble essentiel d’évoquer avant tout. Il s’agit de l’Ordre d’Arda, c’est à dire de traiter rapidement la structure de l’univers dans lequel prendra place le roman qui nous intéresse. En effet, l’univers de Tolkien est décrit depuis sa création et cette création fait sens pour notre propos puisqu’elle met déjà en place le cadre du Seigneur des Anneaux. La figure essentielle est Eru, divinité éloignée qui crée d’abord des esprits. En chantant, c’est à dire en interprétant des thèmes donnés par Eru, ils donneront une forme au monde. Ensuite, utilisant un feu secret, Eru donnera réalité à ce monde. Au cours de cet instant de création, certains esprits, dont Melkor le maître de Sauron, s’élèveront déjà contre le projet d’Eru.
Les thèmes qui sont posés ici tournent autour de la liberté et établissent clairement un plan divin. Dès le début, le Bien est assimilé au Beau, le Mal au Laid mais aussi au vain, au vaniteux. La musique de Melkor est égoïste et vide. Voulant se détacher par orgueil de l’oeuvre du créateur. Eru, à plusieurs reprise, mêlera sa musique aux thèmes de Melkor, la rendant impuissante. Enfin, il annonce clairement que cette musique aussi apporte une beauté inconnue à la création, que même Melkor ne peut voir pour l’instant.
Avant d’aller plus loin, nous sommes ici devant la question théologique de la Prédestination, donc de la liberté, la musique étant sensé rendre compte du déroulement de toute la création du début à la fin des temps. Tolkien, tout en laissant percevoir ses inspirations catholiques, propose des concepts intéressants: d’une part la musique est interprétée, c’est à dire que la création est une oeuvre où le créateur met déjà à l’épreuve la liberté de sa création; d’autre part le créateur utilise les thèmes de celui qui n’est pas tout à fait son adversaire en les engloutissant subtilement dans les siens propres.
Par exemple Manwe et Ulmo, Seigneurs respectivement des Airs et des Mers, soumis après la réalisation du monde aux feux et aux glaces de Melkor, s’en joueront en découvrant les nuages et les pluies. De la pluie à la musique, il n’y a qu’un pas.
De plus, pour certaines raisons qu’il serait inutile de développer, chaque époque apporte son lot de surprise.
Cependant, une telle création ne peut déboucher que sur un monde extrêmement ordonné, même si Eru est très vite détaché d’Arda, la création. La nature n’est belle, dans la plus grande partie des oeuvres du maître, que justement lorsqu’elle est maîtrisée. Les jardins d’Aman, a l’ouest des mers, l’Anneau de Melian, Numenor, la Comté, Cerin Amroth en Lothlorien, mais d’une certaine manière aussi les architectures de pierre de Gondolin qui imitent le végétal, la nature la plus magnifiée est la plus maîtrisée, dans un sens cependant qu’on pourrait improprement appeler écologique car il s’agit d’une forme d’union intime plus que de maîtrise au sens industriel. Ainsi des Arbres Jumeaux Laurelin et Telperion, et de leur lumière sur Aman, de celui du Gondor, de l’Arbre qui abrite Galadriel. Ces quatre arbres essentiels méritent quelques mots.
Laurelin et Telperion, crées en partie par une danse divine, norment le temps.
L’arbre de Galadriel est une véritable cité.
L’arbre de Gondor reconnaît le roi légitime.
Comme on le voit une partie au moins des forces naturelles participent directement à la chanson du monde d’une façon peut-être pas organisée mais tout du moins cohérente et surtout harmonieuse. Ce qui nous renvoie encore à la musique originelle.

Telperion et Laurelin par Faeriedivine sur DeviantArt

Il existe par contre des forces plus sombres. ( Tiens, on note déjà le champ lexical ténèbre/lumière, c’est clair mais bon…) En plus des ténèbres, elles héritent du grouillement, du fourmillement, ce sont les mousses et les bêtes qui rampent dans les premiers âges du monde, les hordes d’orcs mais aussi les Grands Vers, dont le nom n’est pas anodin. Nous reparlerons de cette création. Si Tolkien est assez malin pour laisser un échappatoire à Eru, ces forces chaotiques sont opposées clairement aux Seigneurs d’Arda, c’est à dire aux Valars, les esprits incarnés sur le monde et responsables de la création. En un mot: Morgoth veut se  servir d’Arda à son propre compte.
Mais ceci nous entraînerait à parler des Enfants d’Iluvatar, l’autre nom d’Eru, à savoir le Elfes et les humains.
En fait, je vais parler deux minutes de Shub-Niggurath. Parce qu’afin de montre à quelle point la nature de Tolkien est téléologique (ça veut dire qu’elle a une finalité, fieu), autant prendre l’extrême inverse. Et Lovecraft propose justement un véritable panthéon sans cause, sans objet, sans but, contingent à l’humanité. Plus encore, il donne les adjectifs gluants, rampants, grouillants à des forces qui, même décrites par son pinceau déments, témoignent d’une vitalité biologique différente, non pas d’une nature ordonnée mais justement d’une fécondité chaotique et infinie dont la Chèvre aux milles chevreaux est le meilleur exemple. Enfin bon, y a d’autres spécialistes des bactéries qui pourraient s’étendre sur le sujet. Celui qui franchit la barrière, le sorcier, est souvent un personnage fascinant. De plus, les dieux lovecraftiens peuvent être compris comme des forces naturelles, par essence incompréhensibles à l’humain, hostiles par accident, presque par hasard. Elles sont cependant plus ancrée que l’humain dérisoire dans la substance du cosmos.
En face, le monde de Tolkien est conçu comme le berceau des Enfants d’Iluvatar. Il y a moyen de s’unir parfaitement avec le chant de la création et cette union est profitable. Tiens, un bon exemple pourrait en être la ligne ajoutée à la chanson des Ents concernant les hobbits. Melkor le Morgoth tente de se l’approprier par orgueil et cet orgueil dégénérant provoquera, en pervertissant la création, l’apparition des créatures du grouillement et le dysfonctionnement d’Arda. Si dans le plan cosmique transcendant d’Eru, ceci appartient à la musique, sur Arda c’est un autre problème. Car les Valars sont liés à la substance même de la terre. Or, tant que Melkor, puis Sauron existent, la création ne peut pas fonctionner.

L'empoisonnement des Arbres de Valinor par John Howe sur http://ring-lord.tripod.com/howe.htm

Bref, tout ça pour donner une ou deux idées de fond. Là, on va passer à la partie SdA.
Auparavant encore deux-trois mots: j’ai pas de plan mais je vais suivre un bout l’histoire en commentant quelques thèmes comme la parenté, la souveraineté, l’initiation, le sacrifice…  C’est dit un peu comme ça, je sais pas si ça a sa place ici mais bon au départ c’est pour Loki. Donc vu qu’au pire ça dérange pas grand monde… Et que Thouny a l’air d’apprécier…
Ah, j’ai pas vérifié tout l’orthographe et j’ai pas mis d’accent sur le vocabulaire du professeur.

Loki-Sama a dit: Merci Epiméthée ! Si effectivement, ça dérange personne, tu peux continuer ici… Moi, ça me va et c’est très intéressant !!
Pour l’histoire, j’ai demandé à Epiméthée de me causer un peu plus en profondeur du Seigneur des Anneaux, car je suis en train de le lire à mon futur bébé (attention, le premier qui rigole, je le verrai…), mais comme je suis une bille en litté (une sacré bille, attention, pas juste le gars qui fait pas d’effort), je reste souvent sur le premier niveau de lecture. Donc, là, comme c’est important pour moi, je voudrais faire quelques efforts  Voilà voilà !!




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