15
avr
10

A propos de forgerons, d’épées et de grimoires

D’abord, quelques précisions: vous l’avez constaté, la plupart du temps, lorsque j’évoque les symboliques des objets, mais aussi des personnes, je ne me préoccupe pas de savoir si Tolkien avait cette idée en tête (je pense pas qu’il s’intéressait au superbowl). En tout cas pas directement. Je veux dire que ses symboles se rangent dans un régime d’images similaires. Il est à mon avis indéniable que certaines de ces notions ne lui étaient pas inconnues, au vu de son métier et de sa connaissance incroyable des mythes. Mais d’autres, sans être directement des inspirations, précisent, éclairent les images que provoquent les objets ou les personnages.

C’est un autre travail, que j’essaye de distinguer, de comprendre la signification interne, la cohérence propre du texte. Mais elle n’est significative dans ce que j’essaye de faire qu’en rapport avec d’autres éléments de l’imaginaire.

l'Epée de Damoclès par Richard Westall

Parlons donc des aspects plus sinistres des épées. D’abord, un schéma récurrent est celui de la lame qui se retourne contre son porteur. On retrouve le thème dans le suicide du général vaincu, qui se lance contre son arme, comme Marc-Antoine. Il serait facile d’y lier le motif japonais du Seppuku, même si le bushido n’est pas la chevalerie, le sabre y occupe une place non pas similaire mais comparable à l’épée. Chez Tolkien, on trouve ce thème dans Les Enfants de Hurin, Turin Turambar tuant par accident un de ses amis, son épée promet de le servir mais aussi de lui prendre la vie pour l’expiation de son crime (notons que l’objet parle à cette occasion) Turin est alors connu comme la Noire Epée. Elle lui prendra la vie après que son destin tragique ait été révélé, ainsi que l’ampleur de ses crimes.

Elric de Melnibonnée

L’épée reste droite même si son porteur se révèle injuste ou criminel. Le thème inverse existe cependant. Le meilleur exemple en est Stormbringer, l’arme D’Elric de Melnibonnée dans la saga de  Michael Moorcock . L’oeuvre est complètement imprégnée de psychanalyse et d’inversions: Elric est Roi, il détruit l’Empire, tue sa fiancée. L’épée le fait sombrer dans la folie en lui donnant un pouvoir démesuré. Cela suffit pour penser que l’image est une inversion exacte du motif que nous avons vu, le pouvoir cette fois-ci sombrant dans la démesure et la folie, réaffirmant encore le thème récurrent que nous avons mis en évidence autour de l’épée.

Hephaïstos

Le lignage de l’arme est essentiel, puisqu’il renvoie au thème du forgeron, nécessaire mais dont les secrets le placent à un endroit particulier de l’imaginaire. Hephaïstos est un dieux boiteux, qui peut donc emprunter plusieurs chemins et qui maîtrise la ruse, le Dolos. comme le montre l’histoire d’Aphrodite et d’Arès capturés par son filet, un artifice comme les automates qu’il peut construire (Talos). Il forge cependant les armes de la justice de Zeus. Notons aussi qu’il habite une cave de feu, respectivement lieu et agent d’initiation particulièrement importants. C’est Promethée, toujours grâce au Dolos et à l’artifice, qui transmettra ce feu, et les arts et métiers appris des dieux, aux hommes, s’opposant à la Diké, la justice divine. On sait comment l’histoire finira… Pandore…

On retrouve des images semblables chez Loki, (selon Vernant qui cite Dumézil mais je vais chercher la source, les deux types là sont des très grosses références) dieu forgeron et dieu de l’intelligence tout autant que dispensateur de malheur.

La figure du forgeron mériterait de très longs développements, d’autant que, vu les secrets de sa fabrication, la lame est liée au sang dès avant son utilisation. Certains, si ce n’est qu’un mythe c’est tout autant bien, prétendent que les lames de fer brulantes étaient plongées dans des animaux sacrifiés (voire des humains, voire le forgeron lui-même pour les armes les plus puissantes). Dit comme ça, c’est un rituel basique faisant naître la lame dans le sang. En fait, la lame se charge en carbone, ce qui donne de l’acier.

Trempe d'une lame de couteau

Mais le rituel magique reste essentiel. C’est dans le même sens qu’il faut prendre les runes qui les décorent ou les reliques dans le pommeau des armes du Moyen-Age. En forgeant une épée on obtient plus qu’une arme, qui peut donc avoir un nom.

Il serait très intéressant d’analyser le couple Feanor/Melkor à l’aune de ce référentiel, sachant que Feanor est le meilleur forgeron, surpassé uniquement par Aulë, ou par Melkor qui lui enseigne l’art de forger des armes. Ou bien l’histoire de la création des Anneaux qui reprend un motif similaire.

En attendant, cette création dans le secret explique peut-être comment l’épée peut devenir un symbole lumineux car issu des ombres et du feu, elle les transcende et devient l’instrument de la justice et du juste.

Cependant, elle peut retourner ces ombres si son porteur échoue.

Epée brisée dans le Guernica de Picasso

C’est ici qu’intervient le motif de l’épée brisée.  Sous le titre “pour empêcher la copulation”, le Gremoire du Pape Honorius propose un sortilège consistant à briser une lame de couteau dans la porte de la chambre où l’acte aura lieu. Il y a d’évidente similitude entre la lame brisée et l’impuissance des amants. On a déjà dit comment le sexe est lié au pouvoir (Mitterrand, Chirac, Clinton et Kennedy entre autres poursuivant l’image du souverain aux reins féconds). On pourrait donc utiliser cette image de lame brisée dans le sens de l’impuissance, c’est à dire de la perte de pouvoir, c’est à dire de souveraineté.

Epée du sacre des rois de France : Joyeuse ou Epée de Charlemagne Paris, musée du Louvre

Notons que la lame D’Elendil est parente de celle qui arracha un Silmaril sur la couronne de Morgoth, par son forgeron Telchar. Tout se passe comme si, en attendant, l’épée brisée face à Sauron annonçait déjà la chute de la lignée qui est pourtant juste sur le point de s’établir. Isildur en effet, tout en utilisant son moignon de lame pour blesser Sauron, s’empressera de prendre pour lui l’Anneau Unique, commettant ainsi la faute ultime de s’attribuer un pouvoir injuste. Il n’est pas étonnant qu’il perde ensuite la Couronne, l’Elendilmir, en même temps que sa vie et l’Anneau aux champs aux Iris. Dès ce moment, les lignées de Gondor et d’Arnor ne peuvent que décliner jusqu’à l’arrivée d’Aragorn.

L'Epée d'Isildur et d'Aragorn selon le film du Seigneur des Anneaux

Thouny a dit: J’ai pas réussi à lire le Grimoire que t’as filé en lien… J’arrive sur e sommaire, mais quand je clique sur les liens (en rouge), rien ne s’ouvre, et chrome ne me dit pas qu’il a bloqué une pop-up.

Sinon, deux questions : Melknor, c’est bien l’ancien maître de Sauron (ou approchant), non ? Et Feanor, qui c’est ?

Glout a dit: Pas vu le lien.

Oui Melkor est l’ancien maitre de Sauron. Il est en quelque sorte l’origine du mal.

Féanor est un Elfe (de mémoire) dès que je peux je te trouve et donne plus d’info si personne ne l’a fait.

Feanor par Jos

Feanor est le plus grand des Elfes, de l’avis général. C’est un parent de Galadriel, l’un des plus hauts seigneurs des Elfes, le meilleur forgeron et le plus versé dans les secrets des joyaux précieux. Son histoire, et celle des Silmarils, occupe une place centrale dans la mythologie de Tolkien. Melkor ayant volé les joyaux, Feanor jurant par le serment le plus inviolable qu’aucune puissance au monde ne l’empêchera de les récupérer. Il provoque donc le départ des Elfes des Terres Bénies vers la Terre du Milieu, levant l’épée pour la première fois contre des Elfes. Ainsi s’enclenche le cycle des Silmarils qui ne s’achèvera, passant par Beren et Luthien, qu’avec le voyage d’Earendil vers les Terres Bénies, le père d’Elrond et d’Elros.

Le Grimoire est en lien dans une autre section, euh… en fait j’en ai un fac-similé d.onc j’ai pas vérifié les liens. C’est juste la table des matières on dirait en fait. Si tu veux je te la file… mais t’es responsable de ce que tu fais avec.

Yep pour Melkor, c’est aussi Morgoth, selon le nom que lui donnèrent les Elfes

” Pour empêcher la copulation”

“Pour cette expérience faut avoir un canif neuf, puis, par un samedi, vous écrivez avec la pointe, derrière la porte de la chambre où couchent les personnes; Consumatum Est, et rompez la pointe du canif dans la porte.”

Je me déresponsabilise totalement de l’utilisation de ce machin.

Thouny répond: Je veux bien le grimoire, si tu veux me le passer =D Ça a l’air fun, ton truc ^^

Et merci à toi et Glout pour les réponses, comme j’ai lu que Bilbo et les trois SdA, y’a pas mal de références que j’ai pas.

Ben je l’ai en livre, maintenant, c’est un “vrai grimoire”, sans doute composé au XVIIIème siècle et attribué au pape Honorius III. Comme ils disent sur la page Wiki consacrée aux grimoires “le diable y est montré comme un instrument de puissance”. Je fais pas de commentaires sur l’interprétation gnostique de Lucifer, mais ça reste un texte à prendre avec du recul. Y a eu un fait divers y a 30 ans en Suisse Romande qui impliquait l’ouvrage et qui s’est terminé par un meurtre…

C’est un texte tardif, qui reprend pas mal d’autres sources sans les comprendre et qui a surtout une valeur documentaire. Tu le trouve sur Amazon et tout ça

Ah oui, ça m’a paru clair mais c’est Feanor qui fabrique les Silmarils. J’ai déjà dit, prévenez-moi si je suis trop obscure, c’est facile de se laisser emporter.

Thouny réagit: C’est un vrai grimoire ? Aah, Ok… Je croyais que c’était une plaisanterie, qu’un zigoto anonyme (ou pas) avait fait semblant d’attribuer à un mec connu… C’est sérieux, ton truc, en fait oO

Ben… c’est une autre question. En fait, sa composition ressemble probablement à celle que tu décris puisque l’ouvrage est attribué à un pape du XIIIème siècle. Après, il fait partie de ces textes ambigus (et chiants à lire) qui entretiennent des fantasmes depuis des siècles. Après, je dis pas et tout mais la sorcellerie c’est pas forcément rigolo. J’ai lu le travail d’une ethnologue qui avait étudié celle de Normandie dans les années 70, après avoir travaillé sur la violence dans les tribunaux algériens, quelqu’un de sérieux et de rationnel donc. Après son travail (passionnant) elle s’est retrouvée tellement prise par son sujet qu’elle n’arrivait plus à en sortir, qu’elle ressentait réellement ce qu’elle décrivait. Sa santé en danger, elle a suivi une psychothérapie et un désensorcellement afin de sortir de cet univers bien trop violent pour elle.

Donc voilà, je prends pas ce genre de texte à la légère, on peut y projeter bien trop de choses.

Moklo réagit: Ethnographe si on en croit ses mots au moins dans les premiers chapitre, faut vraiment que je le finisse ce livre de Jeanne :p

euh… question piège, appellation pourrie, suivant les cas on dit ethnographe, ethnologue ou anthropologue… mais sur le terrain effectivement on dit plutôt graphe. Yep, il est pas mal du tout… (Les Mots la Mort les Sorts par J. Favret-Saada, y a une suite, plus anthropologique mais j’ai plus le titre en tête)

Moklo ajoute: Selon les cas, l’école, la nationalité… oui je sais j’ai fait un semestre où on apprend limite que ces nuances :p Pour ça que je précisais que ce sont ses mots (à chaque chapitre: “Soit une ethnographe, qui..”) pour m’épargner d’avoir à discuter plus de qui a raison. Héhé.

27
mar
10

L’Eternel Retour du Roi

D’abord un peu de généralités. Dans le mythe, il ne sert à rien de chercher une version originale. Tout au plus trouvera-t-on des versions plus ou moins archaïques. En effet, un mythe se caractérise par ses multiples variations autant que par ses récurrences. Les thèmes de la tragédie grecque, Oedipe, Antigone, Cassandre… étaient traités régulièrement par les aèdes et les écrivains, variés lors des concours. Les Celtes avaient des bardes qui ne cessaient d’ajouter des détails à leurs histoires. Encore aujourd’hui, on raconte chaque année la mort des parents de Batman. La variation est aussi importante que le thème, avec ses inversions, ses transgressions, ses archaïsmes etc… Il n’est pas rare, pensons aux contes de fées du folklore, que les histoires restent quand leur sens est perdu. Tolkien livre une version imprimée du SdA, mais ce livre s’inscrit directement dans une certaine conception des mythes de l’occident. Le détour par la mythologie me semblait nécessaire.

Le Roi Arthur par Charles Ernest Butler

Maintenant, nous pouvons parler d’Aragorn.  C’est le Roi. Nan, mais ça a l’air évident dit comme ça mais en fait c’est réellement l’image même du souverain légitime (sans que soit jamais posée la question de son régime politique mais nous pouvons deviner qu’il sera aussi bon que possible). En fait il est roi par son ascendant, par son héritage, par ses actes et par ceux de l’univers qui le reconnaît.

The Crowning of Elessar par Greg et Tim Hildebrandt

Mais à sa première apparition dans le livre, il est encore assez ambigu. C’est peut-être la conséquence de ses origines puisque Tolkien a hésité un temps avec un brigand avant de mettre en scène le souverain que tout son univers aspirait à créer.

Car Aragorn, on l’a dit, est de la lignée la plus noble qui soit. En lui coulent les sangs de Beren et Luthien, qui prirent un Silmaril sur la couronne de Morgoth Bauglir, le Noir Ennemi du Monde, et dont il rejouera en partie l’histoire avec Arwen, les sangs des humains les plus nobles, les Edain amis des Elfes, les sangs des Noldors et des Seigneurs Eldar, de ceux qui virent les dieux et ceux qui se battaient contre Morgoth quand le monde était jeune et les dragons nombreux, le sang d’Earendil aussi, qui traversa les portes de la nuit pour devenir une étoile sur le navire qui l’avait emmené quérir l’aide des Valar avant  que le trône de Morgoth ne soit abattu. Par Elros, il est issu de la lignée des Rois de Numenor, la terre humaine la plus proche d’Aman. Elendil, Isildur, Valandil… Les plus grands seigneurs d’une époque qui est légendaire pendant la guerre de l’Anneau, sont eux-aussi ses ancêtres.

Les Rois d'Antan

Ajoutons-y la présence de Melian la Maia. Comme Romulus, Thésée, Cuchulainn et tant d’autres, Aragorn possède du sang divin, si tant est que ce terme s’applique à l’univers de Tolkien.

Mais Aragorn est l’aboutissement d’une lignée dont les membres, comme ceux des meilleurs cycles mythologiques, ont participé à tous les évènements essentiels de l’histoire de l’univers.

Comme la plupart des héros, sa naissance est tragique et il est rapidement orphelin de père et mère. Notons ce que dit sa mère à son propos (lui donnant ainsi le nom par lequel il sera connu chez Elrond): onen i-estel edain, u-chebin estel anim. “j’ai donné l’espoir aux hommes, je n’en ai pas gardé pour moi.

Un des poèmes annonçan Aragorn, par Cari Ferraro, 2003 sur http://www.proseandletters.com/Prints/Aragorn.html

Edain en l’occurrence, c’est à dire les humains amis des Elfes, les familles de Beren, Tuor et Hurin, les gens du Second âge dont nous avons parlé plus haut. Ainsi, des mots même de sa mère, son héritage et son destin sont déjà mis en scène.

De plus, avec sa lignée viennent une série d’objets dont il entrera en possession petit à petit. Réaffirmons un instant l’importance des objets dans la dynamique du pouvoir monarchique. Chez les Celtes, on trouve une série d’objets divins, une pierre, une lance, un chaudron, une épée… On en retrouve les traces tant dans la quête du Graal (Excalibur/Caledvwlch ou le Graal qui reprend le thème du chaudron de résurection), que dans la pierre sur laquelle les rois d’Angleterre sont encore couronnés. ces objets, autant que les actuels bijoux de la couronne, rendent témoignage de la légitimité du souverain. (Une fois encore, je recommande la lecture de l’excellent Cinquième Eléphant de Terry Pratchett, où ce thème est brillamment déconstruit).

Les Tronçons de Narsil

Ajoutons encore que parfois, seul le roi (ou le héros) légitime peut utiliser l’objet en question. Ainsi du siège périlleux de la quête du Graal, de l’arc d’Ulysse ou de dizaines d’objets dans l’heroic fantasy.

Bref, Aragorn hérite d’abord de l’Anneau de Barahir et de l’épée brisée, à l’adolescence qui correspond à son entrée dans le monde puisqu’il y a la révélation de son véritable nom.

ça, c’est le teaser du prochain épisode. Pq c’est quand même prendre un peu de temps pour écrire tout ça et j’ai des trucs à faire. En plus, j’ai des problèmes de mise en page. Mais à part ça c’est un exercice intéressant pour moi, puisque je vulgarise une partie de mon savoir technique, sans pression en plus. Donc merci à ceux uni suivent, ça me rassure. N’hésitez pas à laisser des remarques, surtout si je deviens pas clair. Par contre j’aurais parfois besoin de plus d’un post pour expliquer mes idées (j’en teste une ou deux, pareil, n’hésitez pas à réagir, merci d’ailleurs Glout) exemple ici avec Aragorn…

Skars a dit: la suite vite !!

serieusement merci, ça me permet d’avoir une seconde lecture plus technique, analytique de l’oeuvre de Tolkien.

Les objets que portent Aragorn se rangent dans trois catégories hautement symboliques, les joyaux, les anneaux et les épées. Une fois rois, s’ajouteront évidemment sceptre et couronne.

L'Anneau de Barahir par Daniel Reeve

Commençons par l’Anneau, en l’occurrence de l’Anneau de Barahir. D’abord il y a la symbolique propre de l’anneau en général, qui représente évidemment le lien, qu’on pense à l’anneau de mariage. C’est du coup le symbole de la charge, l’anneau du pape ou celui de l’inquisiteur. De même, portant un sceau, il témoigne de l’identité de son porteur et prends ainsi des valeurs dynastiques. C’est encore un objet intime.

Il peut indifféremment être chargé de sens positif ou négatif, selon les cas et l’histoire de l’objet. Ainsi celui des Nibelungen qui passe de symbole de richesse à porteur de malédiction.

Dans un sens existant et que l’on retrouve dans le SdA, l’anneau transmet un pouvoir, une fonction, liant entre eux un groupe de personnes. Le roi confie un anneau à ses chargés de mission, les confréries d’étudiants utilisent des bagues, comme les vainqueurs du Superbowl qui se reconnaissent à travers ce signe. Ainsi l’anneau unique par 20 de Sauron.

L’Anneau de Barahir possède une riche histoire qui semble incertaine au vu même des textes de Tolkien (voir Tolkiendil, un excellent site en français pour les détails). Ce qui est sur, c’est qu’il fut forgé au premier âge soit à Gondolin soit à Valinor. Possédé par Turgon, il fut donné à Barahir, le père de Beren et l’un des premiers humains amis des elfes en gage d’amitié. Il sera ensuite porté par toute la famille de Beren, passant à Elros le fondateur de Numenor. Par là, il passe à la lignée d’Elendil, puis échappe aux Champs aux Iris (où fut perdu l’Unique).

La Tombe de Tolkien à Oxford

Avec la chute des royaumes du Nord, il est un temps perdu puis revient aux Dunedains. Elrond le garde avant de le donner à Aragorn, en même temps que son nom et que l’épée (notons qu’Elrond tient encore le sceptre par dévers lui).

Plus tard, Aragorn le donnera en gage à Arwen, qui le lui rendra peut-être au mariage, avant de le laisser à ses descendants comme témoignage de la lignée.

En ce sens, l’anneau de Barahir est peut-être le véritable anneau unique, contrairement à celui de Sauron qui existe en 20 exemplaires. Plus discret, il cumule un âge immense et un destin extrêmement riche qui ne cesse de l’opposer au desseins de l’Ennemi. Plus encore, c’est le seul objet du premier âge à survivre à la fin du seigneur des Anneaux.

Son double sens d’héritage et de charge semble assez mis en valeur.

Passons aux joyaux. Avec les sels (alchimiques) les joyaux sont la forme pure de la terre. Nous en reparlerons en évoquant les cavernes, la terre impure est le lieu privilégié de l’initiation. Le joyaux est ce qui en ressort, purifié et dispensant la lumière.

Feanor Forgeant les Silmarils par Angus, pour les vieux fans de JRTM

Les joyaux, les Silmarils en premier lieu, tiennent une place importante dans l’oeuvre du professeur. Ils sont presque systématiquement liés à un créateur qui en magnifie la substance et nous renvoie encore au thème de la maîtrise de la nature.

Il n’est sans doute pas anodin de voir Aragorn gagner les pierres qui le caractérisent au cours de l’aventure. A savoir l’Elessar (dont il prendra le nom), le Palantir et l’Elendilmir.

L'Elessar par John Howe que j'admire.

Je passe rapidement sur ces objets avant de parler de l’épée, on y reviendra lorsque nous aurons évoqué plus en détail l’initiation de Grand-Pas.

Elessar est le nom de deux joyaux, l’un appartenant à la famille de Luthien et passé à l’ouest, l’autre fabriqué pour Galadriel et passé à Arwen qui le lui rendra pour qu’elle l’offre à Aragorn. Notez une certaine symétrie.

Elendilmir est le nom de la couronne d’Elendil, un joyau visible même sous la couverture de l’Anneau du Destin. Perdu, retrouvé par saroumane, elle deviendra la couronne d’Elessar Telcontar.

On reparlera des palantir.

L’épée n’est pas une arme banale. C’est le premier outil de guerre de l’homme, au contraire de la hache, la flèche ou la lance. Tranchante, elle divise et en divisant, elle détermine. Ainsi en est il du glaive de la justice qui tranche le vrai du faux, le juste de l’injuste. Elle se rapproche ainsi des facultés de la raison, qui définit et détermine tout autant.

On peut aussi penser à la scène de l’épée posée entre les amants, qu’on trouve tant dans Tristan que dans les Nibelungen, et qui renforce encore cette identification positive et discriminante.

C’est l’arme de l’humain par excellence, les fomoirés irlandais comme les chevaliers monstrueux de Bretagne portent des gourdins, des haches, des armes informes qui correspondent à leur statut.

Sir Gawain et Le Chevalier Vert par John Howe

Les rois et les dieux au contraire peuvent manier une épée, voire même l’investir de leur pouvoir. Ainsi d’Excalibur, qui est la descendante de l’épée sacrée de Nuada (je crois) un des sept trésors sacrés d’Irlande, l’une des manifestations du divin dans le monde.

L’épée reste souvent verticale dans les représentations des rois et de la justice. En plus de ses implications phalliques, cette image semblable à une obélisque renvoie encore au schéma ascensionnel, à l’idée de l’épée comme arme souveraine.

On peut penser au interdits autour de son port au moyen âge, ou au protocole de la cour de france, où le roi seul porte l’épée perpendiculairement au corps, l’angle s’affaiblissant avec le rang du porteur.

Notons encore que le lien entre juge et guerrier est fort dans tout le monde indo-européen, Arthur restant le meilleur exemple de juge-souverain, mais Dumézil en parle mieux que moi.

Il reste à dire que, liée au sang, l’épée peut se retourner contre son porteur, parler de lignage, d’épée brisée, et de Narsil…

Thouny demande: Juste un détail qui m’a fait tiqué : l’anneau unique existe en 20 exemplaire ?

Epimethée répond: Un plus trois plus sept plus neuf=20 (soit trois pour les rois elfes sous le ciel, sept pour les…. etc…), c’est une façon de parler bien sur, mais en gros les 20 anneaux de Pouvoir sont liés et reproduisent la même fonction. On en reparlera aussi. C’était un peu fait exprès, c’est bien tu suisguiño.gif

Glout ajoute: Concernant les 20 anneaux forgés par/pour Sauron, leurs fonctions est moins d’octroyer un pouvoir, de transmettre une fonction / un role, ou de lié un groupe, que d’en dominer les porteurs, en en faisant des esclaves.

Donc sauf si on considère qu’on lie les porteurs par la soumission, je ne suis pas sur que la comparaison faite avec lse anneaux de confréries, ou ceux donné par les rois à leur commmanditaires soit juste.

Et pour les 20 anneaux, 3 furent donnés aux seigneurs elfes, 7 aux seigneurs nains, 9 aux rois humains. Tous furent forgés par des elfes avec l’aide de Sauron qui possedait un grand savoir dans ce domaine. Et Sauron forgea lui même en secret son anneau (l’unique) en y introduisant la moitié de son pouvoir.

Sur ce Epimethée: Ben la question du caractère positif ou négatif du lien m’apparaissait moins essentielle que celle du lien lui-même (and in the darkness  bind them). Effectivement, les Spectres perdent toute volonté mais entrent dans un groupe déterminé et spécifique en portant cet anneau. Spectre de l’Anneau, c’est bien une fonction particulière, tout comme esclave.

Sinon yep pour l’historique, à part que les anneaux des Elfes ne furent jamais touchés par Sauron. Leur destin reste lié à celui de l’Unique. Je comptais de toute façon reparler de ces objets.

Série de timbres parus en 2004 en Angleterre, dessins de la main de Tolkien

Glout continue: Je soulevais juste ce point  car tous les exemples que tu donnais avaient une connotation positive ;)

Mais effectivement, spectre de l’anneau est une fonction à part entiere.

Loki : Si ton gamin te dis vouloir devenir spectre de l’anneau plus tard, colle lui une baffe et dis lui de viser plus haut :D

26
mar
10

Vagabondage vers la Souveraineté

D’abord je pense que c’est jamais trop tôt pour montrer de belles choses aux enfants. Donc personnellement je ne ris pas, je comprends même très bien cette envie que j’estime.

Après, juste pour le dire, je me livre ici à une interprétation assez libre, dans le sens où je ne cours pas toute les lignes vérifier mes citations, donc si vous voyez des approximations, n’hésitez pas à me prévenir. Ce sont surtout mes souvenirs, mais ce monument littéraire m’inspire depuis des années. Là, Loki, tu me permets de mettre un peu en forme pas mal d’idées qui m’étaient venues à gauche à droite. T’hésites pas (et personne d’ailleurs) à me demander des précisions.

Je sais pas ce que c'est mais je l'ai trouvé sur: http://www.labyrinthiques.net/tag/bibliotheque/

Enfin, je suis personnellement un partisan de la polysémie et de l’interprétation multiple. Lire, et plus encore interpréter un texte est pour moi un processus évolutif constant qui ne cesse de créer de nouveaux liens. Dans l’apostille au Nom de la Rose, Umberto Eco qui est loin d’être la moitié d’un con et dont le roman traite justement du labyrinthe du sens (oui, la bibliothèque là, dans lequel on trouve un inédit d’Aristote, livre perdu traitant de l’art d’écrire… ) raconte comment lui, l’auteur, quand bien même il avait truffé son texte de références internes et externes, vit sa propre vision de son oeuvre évoluer grâce au regard des lecteurs. En fait, d’une certaine manière, un texte est toujours neuf et le relire, ou même s’en souvenir, ouvre de nouvelles portes.

De plus, je crois passablement à l’Espace B, c’est à dire au lien fondamental entre tout texte écrit qui contient potentiellement tous les autres. Lire, c’est aussi un contexte.

Bilbon et Frodon sur:http://anke.edoras-art.de/kunstplus_shop/originale_e.html

Bref, commençons par parler de Bilbon et Frodon, et parlons un peu de la Parenté. Parce que tout le monde sait que la Comté présente un peu une vision idéale d’une certaine Angleterre (je me demande si les hobbits ont des sports aussi stupides que le Copper’s Hill Cheese Rolling and Wake… va voir sur Youtube toi-même…) Il n’est pas anodin que la relation de Bilbon à Frodon soit familliale. Et la passion des hobbits pour la généalogie n’est pas uniquement en cause. En effet, le héros épique typique n’est presque jamais élevé par ses parents. Ce schéma existe d’ailleurs dans l’histoire et dans l’ethnographie. Le monde celte est coutumier du fait.

Prenons d’abord quelques exemples: Cuchulainn n’est élevé ni par sa famille céleste ni par sa famille terrestre mais par un forgeron et un barde. Lancelot est d’abord élevé par des fées, puis par son oncle Arthur. Arthur d’ailleurs est élevé par Antor, le père de Keu ou Cai. On pourrait tout autant évoquer Chiron qui éleva Achilles, Esculape, Jason entre autres. Ceci vaut que les parents naturels soient vivants ou morts. Tolkien utilise le procédé dans les histoire du deuxième âge, pendant les années noires, lorsque Huor ou Hurin combattent par exemple.

Dans l’histoire et l’ethnographie, le schéma le plus souvent rencontré est celui du frère de la mère comme éducateur, qui se retrouve dans la littérature, si l’on pense à Tristan. L’enfant est éduqué en dehors de sa famille, parfois dans un autre village, pendant une partie de son enfance.

Toutefois, très souvent, cet apprentissage particulier donne accès à un héritage d’autant plus justifié. Tristan comme Lancelot, qui couchent tous les deux avec l’épouse du roi mais on en reparlera quand on parlera de souveraineté, sont les héritiers putatifs du roi, ceux appelés à prendre sa place en cas de problème.

Du coup, ceci éclaire le sens d’héritier de Frodon, qui n’est pas uniquement un orphelin mais aussi la personne la plus apte à recevoir l’héritage de Bilbon. Il est donc normal que le livre s’ouvre sur la passation de pouvoir entre les deux personnages. Le titre de monsieur Sacquet, encore anodin, et l’Anneau, seront suivis au moment où Bilbon se retire presque entièrement du livre, par le don d’une Armure, d’une Epée et d’un Livre (pas tout à fait pour le livre: Bilbo demande à Imladris que Frodo lui rapporte ses aventures, Frodon finira par écrire lui-même et Sam terminera l’ouvrage). Ces différents objets sont évidement symboliques et renforcent encore l’identification entre Frodon et Bilbon, c’est à dire que Frodon prolonge le personnage de Bilbon. Encore une fois, cette construction est remarquable. D’autant qu’elle se fait mine de rien autour de personnages insignifiants par rapports aux rois et aux héros.

Mais le délire ne s’arrête pas là. Je vous passe un peu les considérations ethnographiques ( la parentalité a été un thème en vogue en ethnologie pendant des années). Par contre on va parler d’Aragorn. Disons déjà qu’il n’est pas élevé par sa famille nucléaire mais par un lointain cousin: Elrond.

En fait, j’ai une petite idée qui m’est venue en lisant la Geste des Enfants de Hurin, le plus accessible des textes traitants des âges anciens, très retravaillé par Christopher, fils et gardien du temple. Mais il faudrait faire un travail assez important pour la vérifier. Bref. C’est à prendre avec précautions.

Elrond est le frère d’Elros, celui qui fonda la lignée de Numenor dont est issu Aragorn. Leurs parents sont particuliers, Earendil et Elwing. Le fils de Tuor et d’Idril Celebrindal, la petite-fille de Beren et Luthien. Plus encore, les hommes (Beren et Tuor sont des mâles mais on va pas commencer hein…) sont les chefs des trois grands peuples humains, les Edains amis des Elfes.

Idril est la fille de Turgon, fils de Fingolfin le demi-frère de Féanor, petite fille donc de celui qui blessa sept fois Melkor le Morgoth en combat singulier devant sa forteresse, princesse Noldor et son père règne sur Gondolin, la citée cachée. J’ai pas exploré le reste de sa généalogie mais bref.

Turgon, Idril et Maeglin, je ne sais pas de qui

Luthien est la fille de Thingol et de Melian, un elfe qui ne vit jamais Aman mais épousa une maiar, un esprit incarné, une des puissances de la terre.

Les Eldar et les Avari (je crois), les Elfes qui ont vu la lumière des Terres de l’Ouest et ceux qui sont restés dans l’Ombre, sont donc unis par ces mariages tout autant que les trois branches des hommes. D’autant qu’Earendil deviendra une étoile…

On l’a dit, Elrond et Elros purent choisir entre l’humain et l’elfe. Bon, on saute les millénaires, Elrond épouse la fille de Galadriel, qui n’est pas n’importe qui puisque, fille de Finarfin, le frère de Fingolfin, elle capturait dans ses cheveux la lumière des Arbres de Valinor, et qu’elle fit présent à Gimli de ce qu’elle refusa à Feanor lui-même. D’ou nait Arwen qui unira à nouveau les lignées longtemps disjointe des Elfes et des Hommes.

Visiblement sur un plan plus large que ce qu’on pourrait croire au premier abord et d’une façon extrêmement construite. D’où l’intérêt de parler dans la foulée de Souveraineté, ce qui n’est pas le pouvoir et implique l’héritage.

Mais pas maintenant, faut bien souffler…

La lumière d'Elendil selon Flickr

.. mais juste pour dire qu’il y aurait moyen de creuser encore les généalogies elfiques.

Glout a dit: Très beau descriptif, j’attend la suite aussi (LoTR power)

Epimethee a dit:

Laurelin et Telperion, crées en partie par une danse divine, norment le temps.

L’arbre de Galadriel est une véritable cité.

L’arbre de Gondor reconnaît le roi légitime.

J’apporte ma touche perso pour dire que l’arbre du gondor est le fils de Telperion (ou Laurelin) qui fut tué par la mere de l’araignée (ou l’araignée elle meme) que rencontre Sam et Frodon (Umbrogiole ou un truc du genre il me semble. Enfin une salle bete qui bouffait la lumière et qui en a fait une overdose en bouffant l’arbre)

Epimethee a répondu: Petit Edit, Idril n’a pas affronté Morgoth en combat singulier, c’est bien Fingolfin qui s’en charge, et en meurt, comme ma formulation ne le laissait pas deviner.

@Glout: merci. Ce que tu dis renforce mon argument sur l’importance de la généalogie. D’autant que l’arbre que trouve Aragorn est un rejeton de celui qu’amena son ancêtre (sept étoiles sept pierres et un arbre blanc) qui est lui-même un rejeton de celui offert à Elros à la fondation de Numenor qui est un rejeton deTelperion. Un des Arbres se nomme je crois Nimloth, en tout cas ils ont un nom (même si Tolkien ne l’a peut-être jamais écrit quelque part).

Pour Ungoliant, tout à fait, sauf que je ne crois pas qu’une filiation directe soit donnée vers Arachnée. Y a quand même des trucs étranges aux temps mythologiques. Mais je réfléchis et je te redis.

Glout rétorqua alors: Nimloht est cité dans le simarillion ou dans le SdA. (si dans le SdA c’est par Aragorn il me semble)

Pour Ungoliant et Arachnée si si il y a filiation aussi dans les meme sources que ci dessus (je me souviens plus où dsl :p )

De mémoire après que Morgoth lui ai fait manger la lumiere de l’arbre elle s’est retranchée dans un gouffre ou elle engendra sa progéniture (qu’on retrouve aussi dans Bilbo). Je ne sais plus par contre si Ungoliant et Arachnée sont les même, mais au pire elles ont un lien de parenté. (Ungoliant a pu finir par se dévorer elle meme, et arachnée a pris la suite => Un peu comme Morgoth et Sauron :p )

Epimethee ajouta: Je pense que tu as raison mais je ne me souviens pas des détails. Effectivement, Ungoliant engendre des monstres (je crois que Beren traversera une partie de leur territoire) et Ungoliant, si je ne me trompe pas, finit par se dévorer elle même. J’ai juste pas de souvenir précis.

et pour répondre à Moklo qui l’a dit ailleurs… Désolé… vraiment…. le problème c’est que c’est un univers très construit, je veux bien clarifier sans problème si tu poses des questions et je pense pas être le seul à pouvoir le faire^^ mais je voulais pas allonger non plus. T’inquiète, c’est vertigineux, ça me prends aussi des fois. Mais c’est pas facile d’aborder un tel monstre. Normalement, on se dirige de plus en plus vers le SdA, mais il fallait bien que je pose quelques bases qui font comprendre l’ampleur du projet de Tolkien. Pas seulement en terme de volume ou d’époque mais aussi en terme de narration, car il raconte d’une certaine façon, comme la mythologie grecque, une gigantesque histoire de famille.

Et Glout de répondre: Mes souvenirs sont vagues aussi :D

Le plus impressionnants sur cet univers c’est que Tolkien avaient surtout rédigé des notes que son fils a remis “en ordre” à sa disparition.

Mais il est clair que l’ambiance, l’univers créé est titanesque. Perso, j’ai une question qui me tarraude l’esprit, mais dont je ne parlerais pas pour le moment temps que le personnage n’aura pas été cité (et ce pour ne pas embrouiller plus le débat ;) )

Un petit lien pour Ungoliant

Ce site semble sympa a parcourir.

D’abord je dirai que je suis désolé de ne pas pouvoir réduire la complexité de l’univers dans lequel prend place le SdA. Mon projet n’étant pas de raconter à double l’histoire, mais d’en éclairer quelques thèmes, je ne peux présenter en détail chaque personnage cité. Si son importance est suffisante, on en reparlera. Mais je ne veux pas trop me consacrer aux premier et deuxième âges, donc on va passer là-dessus.

J’ai dit que je parlerai de Souveraineté. Vous devinez qu’Aragorn sera impliqué ici, ce qui justifie selon moi le rappel de ses origines. Mais parlons un peu de ce concept avant de constater comment il se rapporte au SdA.

Aragorn et Arwen par Cippow25 sur DeviantArt

La Souveraineté n’est pas égale au pouvoir. Le monarque, en effet, est souvent compris comme un pilier qui soutient la marche du monde. Pharaon, bien sûr, vient tout de suite à l’esprit. Il faut aussi savoir que la Souveraineté peut être incarnée dans un objet, comme le simulacre que vole Ulysse dans Troie, l’Epée d’Arthur ou les trésors sacrés des Empereurs du Japon. Cependant, le Roi Sacré Celte présente un schéma intéressant. (euh.. on va pas faire chier avec les différentes fonctions qu’occupent les rois sacrés dans les mythes indus-européens). Le Roi, le plus souvent un guerrier-redistributeur dont l’exemple le plus fameux est Arthur, est identifié à sa terre, il est le garant (la largesse dont il fait preuve en témoigne) de la prospérité, mais aussi de la fécondité. Nuada, le dieux-roi mythique des Tuatha de Dannan du cycle épique irlandais, va même jusqu’à perdre son royaume lorsqu’il perd son bras. Son corps étant atteint, la terre est blessée et il ne peut plus régner.

Nuada très baroque sur http://ireland.mysteriousworld.com/Multimedia/Wallpapers/

Cette image du corps du roi identifiée à la santé du pays se retrouve ailleurs, qu’on pense au Roi Pêcheur du cycle du Graal, ou à l’image de conte de fée de la terre privée de roi, vide, dévastée… Je parie qu’on la voit même chez Mickey. Dans ce sens, le roi représente sur terre un ordre qu’il hérite du cosmos divin et qu’il manifeste dans son royaume.

La Souveraineté est donc cet accord intime entre le Pays et le Souverain. Si vous voyez dans Pratchett, cycle des Sorcières de Lancres: le pays a besoin d’un Roi. Pratchett en passant considère le folklore un peu comme un ébéniste regarde une forêt.

Le Roi légitime conquiert donc son pouvoir à travers une série d’épreuves. Si son père ne règne plus, il doit reconquérir le trône. Si son père règne, il prouvera son droit par l’épreuve. Qu’on pense à Thésée, Jason, Oedipe, Arthur… Au cours de ces épreuves, il y a la conquête de la ou des femmes.

c’est en effet un schéma récurrent dans la mythologie grecque: avant de tuer le minotaure, Thésée conquiert Ariane. Jason prend Médée avant la Toison, Oedipe épouse sa mère. En allant plus loin encore, tout en observant le vocabulaire militaire, Ulysse doit tuer les prétendants pour se réapproprier sa femme et son royaume. En ce sens, l’épouse royale représente la Souveraineté. Plus encore si l’on en revient au monde celte, et toujours plus avec Aragorn.

Jason et Médée par Gustave Moreau

En effet, le premier conte du Mabinogion gallois, l’histoire de Pwyll, présente une histoire intéressante. Celui-ci échange une année durant son royaume avec un seigneur de l’autre monde, Arawn. Pwyll qui n’est pas encore marié passera l’année avec la reine, sans la toucher selon les textes collectés à l’époque chrétienne. Le roi semble considérer qu’elle appartient au royaume qu’il délaisse pour un temps. On trouve un thème semblable dans Kuhlwch et Olwen, gallois aussi. Pour épouser Olwen, son prétendant au nom imprononçable devra tuer le père monstrueux de la jeune fille et réussir une suite d’épreuves. Le tout conseillé par Olwen. Ici encore, obtenir la femme c’est obtenir le trône, ou obtenir le trône, c’est obtenir la femme. Comme si le mariage (en réalité, l’acte sexuel) devenait symbolique de cette union entre le Souverain et ce sur quoi il règne.

Olwen par Alan Lee

On peut voir le même schéma dans les histoires de Tristan et de Lancelot, tous deux neveux du roi. Ainsi que dans des schémas antérieurs . Le père d’Olwen je crois (mais je peux me tromper, je vérifie) doit garder ses pieds dans le giron d’une jeune vierge. En bref, posséder la femme, c’est posséder  la terre. Et l’on peut se demander légitimement si ce n’est pas afin de lui permettre de la reconquérir sans cesse et donc de marquer sans cesse son pouvoir que la femme d’Arthur est toujours enlevée. Attention, la femme n’est pas inactive dans le monde celte, comme le montre l’histoire d’Olwen, celle de Guenièvre ou d’Iseult (pq il faut être moine chrétien pour imaginer une servante qui verserait un filtre autrement que sur ordre de sa maîtresse). Et le jeu que joue Guenièvre mériterait une analyse en profondeur que je ne ferai pas pour l’instant. Mais dans ce sens, elle garantit le pouvoir royal tout en le répartissant entre les deux seigneurs légitimes, le seigneur en place et son successeur potentiel.

Mais, me direz-vous, quel rapport avec Aragorn et le Seigneur des Anneaux? Ah Ah.. Suite au prochain épisode…

Pour dire, je relis pas vraiment ces textes donc je pense qu’il y aurait moyen d’affiner la réflexion et la présentation. J’essaye d’être clair mais précis mais je l’ai dit, je crois à l’Espace B. Je veux pas non plus trop vous ennuyer avec la mythologie celte, mais souvenons-nous que Tolkien était un spécialiste de ces textes. D’autres que moi on très bien montré les correspondances entre les deux matières.

voilà, si vous avez des questions ou des remarques c’est right. Promis, ça prendra du sens au prochain post, ce que je vous raconte là.

Thouny a dit: Mais ça a déjà du sens. Pour moi en tout cas, je dois avouer que ça éclaire certains mythes d’une façon que je n’avais encore envisagée…

Glout a ajouté: Perso, je trouve la narration d’Epimethee très interressante, c’est pour ca que j’apporte ma modeste contribution dès que je peux :) (mais je le laisse faire comme il veut :p )

26
mar
10

Approche de l’Oeuvre

Voilà, Loki m’avait demandé de lui parler du Seigneur des Anneaux. il se trouve que j’aime ça et bon… j’ai vite écrit un petit truc de tête histoire de voire si ça peut lui convenir (ça te convient loki?) et je ne résiste pas à la vanité de le poster ici. de toute façon, dans le pire des cas, le post disparaîtra rapidement. J’essaye d’éviter la polémique et les fautes grossières mais si jamais….
Et Loki, si ça te va je continue ici ou en privé, si t’as des questions t’hésite pas…

http://tolkienuniversite.free.fr/IMG/jpg/tolkien_et_son_arbre.jpg

Mettons-nous d’abord d’accord sur quelques points de départs. L’oeuvre du professeur se distingue par plusieurs aspects remarquables: l’érudition d’abord, qu’elle soit linguistique, mythologique ou généalogique, le caractère sacré de l’univers proposé ensuite, le profond maillage de références internes et externes ensuite.

Ainsi, pour parler superficiellement des conditions d’écriture du texte, commençons par la religion. Tolkien est un catholique anglais, ce qui est assez remarquable pour être noté. Bien moins marqué que dans les travaux de C.S. Lewis son ami, Tolkien reconnaîtra “inconsciemment puis consciemment” qu’il y a eu des inspirations (cit. sur wiki). Ce sera important quand nous reparlerons de symboles, Gandalf par exemple.

Ensuite, il y a la langue. Ce taré écrivait pour rire des poèmes imités du saxon. On parlera ailleurs de la façon dont il aurait crée Arda pour donner un cadre à ses langues, ce qui est quant même pousser loin la manie (il y a une jolie nouvelle, Feuille de Niggle, qui parle de la façon dont JRR voyait son travail). En ce qui nous concerne, retenons d’abord que le monde de la Terre du Milieu fut crée par des chansons et que les mots chantés conservent un pouvoir certain à l’époque du SdA, voir Tom Bombadil ou Sam devant Arachne. Retenons aussi que le livre est extrêmement écrit, le style, les mots même tant Tolkien est précis, sont essentiels. D’où aussi la masse de poèmes et chansons.

Trouvé sur: http://images.google.ch/imgres?imgurl=http://4e.img.v4.skyrock.net/4e6/tolkien/pics/78025148_small.jpg&imgrefurl=http://tolkien.skyrock.com/&usg=__Um6iXPX1NvN56nhKAieODArl22w=&h=400&w=312&sz=27&hl=fr&start=17&um=1&itbs=1&tbnid=tkk7k0ZuZ5OtJM:&tbnh=124&tbnw=97&prev=/images%3Fq%3DTolkien%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dsafari%26sa%3DN%26rls%3Den%26tbs%3Disch:1

Ce serait une autre question, je n’ai pas fait le compte, mais le SdA est en partie un livre de l’oralité. Les discours rapportés sont nombreux et essentiels, le conseil, Gandalf à son retour, Merry et Pippin après les Ents… Ce qui pose la question de la pertinence de l’image (et donc du film) sur un tel travail. Soit dit en passant Tolkien a illustré lui-même une partie de son univers.

Reste encore deux questions et une constatation. La constatation, c’est que le professeur est alors un spécialiste reconnu des langues anciennes européennes (principalement celtiques et germaniques) ainsi que de ses mythes et premières chroniques (par exemple les chroniques saxonnes). On pourrait donc évoquer son cadre universitaire. Mais ce serait ennuyeux
La première question serait sur la guerre à laquelle Tolkien a participé. Quelle influence a-t-elle pris sur son travail?
La seconde serait sur le groupe de personnes, dont Lewis, qui l’entouraient pendant une partie de la rédaction de ses oeuvres. C’est une partie un peu polémiquante, donc nous n’allons pas nous y attarder.

Le premier point à relever sur le SdA, c’est son équilibre. Le livre commence où il se termine, chez les gens les plus simples en apparence, dans la Comté. Il se présente d’une certaine façon sous la forme du voyage, “Et bien, me voici de retour” dit Sam au moment précis où le livre s’achève. Il reprend ainsi une forme connue et efficace de la quête où le déplacement dans l’espace se conclut par un retour sur soi nécessaire après les épreuves-sacrifices et l’apprentissage-récompense de la période d’initiation qui est la période d’aventure.
“Histoire d’un aller et d’un retour”.
Le schéma initiatique de Jason ou d’Ulysse semblent de bons exemples d’autant que Frodon, dont Sam est peut-être un aspect dédoublé, prolonge le thème de l’errance comme Ulysses ne s’arête pas à Ithaque. Nous reparlerons plus bas de la royauté, n’oublions pas ce que deviendront les hobbits parmi les leurs.

"An unexpected visit" par Ted Nashmit

Je continue. Bon j’ai bossé toute la nuit à surveiller une usine et ça fait gamberger. Et j’ai commencé cette réponse assez sec au fond. Donc reprenons.
J’ai découvert Tolkien il y a des années dans un de ces Albums des Jeunes qu’on trouve en abondance dans les chalets de montagne. C’était un extrait de Bilbo, la fameuse scène de la découverte de l’Anneau. Ça m’avait touché, pas marqué. J’avais pas dix ans.
Quelques années plus tard, je suis tombé sur le  Livre, dans ma librairie. C’était le plus gros et je partais en vacances. Je devais avoir au plus 12 ans. Depuis, j’ai perdu le compte du nombre de fois où j’ai lu ce fichu bouquin. C’est le premier que j’aie lu en anglais, je continue à acheter l’histoire de la Terre du Milieu, publiée en français enfin, j’ai même vu la pièce de marionnettes géantes, excellente, montée par une bande de canadiens.
Et régulièrement, je m’installe près du feu, au fond de mon trou, je bourre une bonne pipe de feuilles de Longoulet et je relis quelques chapitres…

"Frodo and Gandalf" par Alan Lee

Ceci dit, pour revenir au sujet, il est point qu’il me semble essentiel d’évoquer avant tout. Il s’agit de l’Ordre d’Arda, c’est à dire de traiter rapidement la structure de l’univers dans lequel prendra place le roman qui nous intéresse. En effet, l’univers de Tolkien est décrit depuis sa création et cette création fait sens pour notre propos puisqu’elle met déjà en place le cadre du Seigneur des Anneaux. La figure essentielle est Eru, divinité éloignée qui crée d’abord des esprits. En chantant, c’est à dire en interprétant des thèmes donnés par Eru, ils donneront une forme au monde. Ensuite, utilisant un feu secret, Eru donnera réalité à ce monde. Au cours de cet instant de création, certains esprits, dont Melkor le maître de Sauron, s’élèveront déjà contre le projet d’Eru.
Les thèmes qui sont posés ici tournent autour de la liberté et établissent clairement un plan divin. Dès le début, le Bien est assimilé au Beau, le Mal au Laid mais aussi au vain, au vaniteux. La musique de Melkor est égoïste et vide. Voulant se détacher par orgueil de l’oeuvre du créateur. Eru, à plusieurs reprise, mêlera sa musique aux thèmes de Melkor, la rendant impuissante. Enfin, il annonce clairement que cette musique aussi apporte une beauté inconnue à la création, que même Melkor ne peut voir pour l’instant.
Avant d’aller plus loin, nous sommes ici devant la question théologique de la Prédestination, donc de la liberté, la musique étant sensé rendre compte du déroulement de toute la création du début à la fin des temps. Tolkien, tout en laissant percevoir ses inspirations catholiques, propose des concepts intéressants: d’une part la musique est interprétée, c’est à dire que la création est une oeuvre où le créateur met déjà à l’épreuve la liberté de sa création; d’autre part le créateur utilise les thèmes de celui qui n’est pas tout à fait son adversaire en les engloutissant subtilement dans les siens propres.
Par exemple Manwe et Ulmo, Seigneurs respectivement des Airs et des Mers, soumis après la réalisation du monde aux feux et aux glaces de Melkor, s’en joueront en découvrant les nuages et les pluies. De la pluie à la musique, il n’y a qu’un pas.
De plus, pour certaines raisons qu’il serait inutile de développer, chaque époque apporte son lot de surprise.
Cependant, une telle création ne peut déboucher que sur un monde extrêmement ordonné, même si Eru est très vite détaché d’Arda, la création. La nature n’est belle, dans la plus grande partie des oeuvres du maître, que justement lorsqu’elle est maîtrisée. Les jardins d’Aman, a l’ouest des mers, l’Anneau de Melian, Numenor, la Comté, Cerin Amroth en Lothlorien, mais d’une certaine manière aussi les architectures de pierre de Gondolin qui imitent le végétal, la nature la plus magnifiée est la plus maîtrisée, dans un sens cependant qu’on pourrait improprement appeler écologique car il s’agit d’une forme d’union intime plus que de maîtrise au sens industriel. Ainsi des Arbres Jumeaux Laurelin et Telperion, et de leur lumière sur Aman, de celui du Gondor, de l’Arbre qui abrite Galadriel. Ces quatre arbres essentiels méritent quelques mots.
Laurelin et Telperion, crées en partie par une danse divine, norment le temps.
L’arbre de Galadriel est une véritable cité.
L’arbre de Gondor reconnaît le roi légitime.
Comme on le voit une partie au moins des forces naturelles participent directement à la chanson du monde d’une façon peut-être pas organisée mais tout du moins cohérente et surtout harmonieuse. Ce qui nous renvoie encore à la musique originelle.

Telperion et Laurelin par Faeriedivine sur DeviantArt

Il existe par contre des forces plus sombres. ( Tiens, on note déjà le champ lexical ténèbre/lumière, c’est clair mais bon…) En plus des ténèbres, elles héritent du grouillement, du fourmillement, ce sont les mousses et les bêtes qui rampent dans les premiers âges du monde, les hordes d’orcs mais aussi les Grands Vers, dont le nom n’est pas anodin. Nous reparlerons de cette création. Si Tolkien est assez malin pour laisser un échappatoire à Eru, ces forces chaotiques sont opposées clairement aux Seigneurs d’Arda, c’est à dire aux Valars, les esprits incarnés sur le monde et responsables de la création. En un mot: Morgoth veut se  servir d’Arda à son propre compte.
Mais ceci nous entraînerait à parler des Enfants d’Iluvatar, l’autre nom d’Eru, à savoir le Elfes et les humains.
En fait, je vais parler deux minutes de Shub-Niggurath. Parce qu’afin de montre à quelle point la nature de Tolkien est téléologique (ça veut dire qu’elle a une finalité, fieu), autant prendre l’extrême inverse. Et Lovecraft propose justement un véritable panthéon sans cause, sans objet, sans but, contingent à l’humanité. Plus encore, il donne les adjectifs gluants, rampants, grouillants à des forces qui, même décrites par son pinceau déments, témoignent d’une vitalité biologique différente, non pas d’une nature ordonnée mais justement d’une fécondité chaotique et infinie dont la Chèvre aux milles chevreaux est le meilleur exemple. Enfin bon, y a d’autres spécialistes des bactéries qui pourraient s’étendre sur le sujet. Celui qui franchit la barrière, le sorcier, est souvent un personnage fascinant. De plus, les dieux lovecraftiens peuvent être compris comme des forces naturelles, par essence incompréhensibles à l’humain, hostiles par accident, presque par hasard. Elles sont cependant plus ancrée que l’humain dérisoire dans la substance du cosmos.
En face, le monde de Tolkien est conçu comme le berceau des Enfants d’Iluvatar. Il y a moyen de s’unir parfaitement avec le chant de la création et cette union est profitable. Tiens, un bon exemple pourrait en être la ligne ajoutée à la chanson des Ents concernant les hobbits. Melkor le Morgoth tente de se l’approprier par orgueil et cet orgueil dégénérant provoquera, en pervertissant la création, l’apparition des créatures du grouillement et le dysfonctionnement d’Arda. Si dans le plan cosmique transcendant d’Eru, ceci appartient à la musique, sur Arda c’est un autre problème. Car les Valars sont liés à la substance même de la terre. Or, tant que Melkor, puis Sauron existent, la création ne peut pas fonctionner.

L'empoisonnement des Arbres de Valinor par John Howe sur http://ring-lord.tripod.com/howe.htm

Bref, tout ça pour donner une ou deux idées de fond. Là, on va passer à la partie SdA.
Auparavant encore deux-trois mots: j’ai pas de plan mais je vais suivre un bout l’histoire en commentant quelques thèmes comme la parenté, la souveraineté, l’initiation, le sacrifice…  C’est dit un peu comme ça, je sais pas si ça a sa place ici mais bon au départ c’est pour Loki. Donc vu qu’au pire ça dérange pas grand monde… Et que Thouny a l’air d’apprécier…
Ah, j’ai pas vérifié tout l’orthographe et j’ai pas mis d’accent sur le vocabulaire du professeur.

Loki-Sama a dit: Merci Epiméthée ! Si effectivement, ça dérange personne, tu peux continuer ici… Moi, ça me va et c’est très intéressant !!
Pour l’histoire, j’ai demandé à Epiméthée de me causer un peu plus en profondeur du Seigneur des Anneaux, car je suis en train de le lire à mon futur bébé (attention, le premier qui rigole, je le verrai…), mais comme je suis une bille en litté (une sacré bille, attention, pas juste le gars qui fait pas d’effort), je reste souvent sur le premier niveau de lecture. Donc, là, comme c’est important pour moi, je voudrais faire quelques efforts  Voilà voilà !!

02
nov
09

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Nyarlathothep et le Dieu machine partie II cybernétique et écologie

Things fall apart; the center cannot hold;

Mere anarchy is loosed upon the world,

W.B. Yeats The second coming

Regle-Cybernetique_2

La cybernétique est d’abord une branche de la mécanique étudiant et mettant au point des modes de communication entre l’humain et la machine. Enfin…

Mécanique c’est vite dit puisque cette science particulière doit autant à la physiologie ou à la linguistique qu’au travail des ingénieurs. Nous n’évoquerons pas le travail de Norbert Wiener ou les différentes écoles qui ont poursuivi ses recherches. L’objectif de cette science était à l’origine de permettre un dialogue entre la machine et son utilisateur, placé sous le signe de la rétroaction. C’est-à-dire que l’information fournie à la machine est transformée puis ressort comme information pour l’opérateur qui peut à son tour réagir en fonction et faire avancer la machine. Très vite, dès les balbutiements de l’informatique, cette structure, la boucle de rétroaction, devient un des fondements de la création des premiers ordinateurs. La théorie du langage, la théorie de l’information entre autres sont des dérivés directs de la cybernétique. Des penseurs comme Gregory Bateson, et Wiener lui-même, étendent rapidement le concept aux sciences sociales, avec les évidentes interrogations sur le contrôle des sociétés qui découlent de ces modèles, avant de le retrouver, après le cyberpunk, appliqué à peu près partout dans tous les sens dès qu’on parle de près ou de loin d’un ordinateur. Voire ailleurs puisqu’on l’utilise aussi en biologie ou en science de la communication.

mouse

Le Premier Cyborg Officiel

Vers 1960 la NASA explore différentes voies pour conquérir l’espace. Parmi ces recherches, nous en retiendrons deux qui sont essentielles pour nos vagabondages dans le siècle prochain et au-delà : les recherches sur l’organisme augmenté de Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline et les expériences tentant de découvrir la vie sur Mars de James Lovelock.

Lovelock est devenu fameux en posant l’hypothèse Gaïa. Ce nom est, depuis la vague verte, synonyme de grande déesse-mère végétarienne, féministe, mystique, hostile au complexe industriel et à sa technologie nécessairement patriarcale. Rien d’étonnant en donnant le nom d’une déesse à une découverte scientifique. En fait, le projet de Lovelock est plus révolutionnaire et complexe.

goddess_gaia

La Grande Déesse sur http://www.freewebs.com/samsimillia/goddesswithin.htm

On l’a dit, il doit trouver une vie sur Mars. Très vite, la question devient qu’est-ce que la vie et comment déceler sa présence sans contact direct avec celle-ci et en postulant a priori qu’elle puisse être fondamentalement différente? En s’intéressant à l’atmosphère et à ses modifications défiant les lois physiques de l’entropie,   c’est-à-dire impliquant de l’animé.

Lovelock va s’intéresser au système planétaire et définir ainsi une planète portant la vie comme un complexe instable de boucles de rétroaction sans cesse déséquilibré et rééquilibré, c’est-à-dire perçue comme l’extension d’un système vivant conçu pour maintenir un environnement optimal pour ses propres besoins. Mais sa découverte la plus fondamentale est que des changements d’une telle ampleur impliquent non seulement le vivant mais aussi les propriétés physiques de la terre, ses magmas, ses atmosphères, ses océans.

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Spaceship earth sur http://www.dailygalaxy.com/my_weblog/2007/11/creator-of-the-.html

En d’autres thermes, la terre dans son ensemble est un système homéostatique dynamique et autorégulé ou Gaïa. Pour citer l’excellent livre de vulgarisation scientifique et d’humour de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen, cela signifie que “notre planète se comporte comme  un système unique équipé par l’évolution de mécanismes lui permettant d’entretenir un fonctionnement efficace. Ce développement résulte d’innombrables sous-systèmes -organismes, écologies- dont les rouages évoluent, assurant continuité et rendement de leur mode opératoire. Si chaque membre d’une équipe remplit mieux son rôle, alors l’équipe entière devient meilleure.”  Au passage, après l’abandon par la NASA du programme de recherche sur la vie martienne, c’est le groupe Shell qui finance les travaux de Lovelock, sous prétexte d’étudier les effets de la pollution atmosphérique.

Spaceship-Earth_4a_copyright

http://daveginsberg.net/SpaceshipEarth/story.htm

En attendant, l’univers de Lovelock brouille les frontières entre organique et mécanique, entre naturel et technologique. Dans le système monde, l’ensemble des éléments participe au fonctionnement de chaque élément indépendamment de sa définition en tant que vivant, qu’organique. Dans une vision extrême, la terre devient le cyborg Gaïa plate-forme de lancement de nouveaux cyborgs, à en croire les interprétations de Donna Haraway. Et il faudrait parler de Buckminster Fuller

Manfred E. Clyne et Nathan S. Kline sont deux scientifiques de la même NASA engagés sur le même type de programme mais sur un registre plus ambitieux puisqu’ils devaient trouver des méthode afin d’améliorer l’adaptation de l’organisme au vide cosmique. Au cours de leurs travaux, ils proposent le mot de cyborg afin de décrire un organisme fonctionnant de manière autorégulée avec un objet technologique participant à son fonctionnement. En réalité, ils produisent même le premier organisme augmenté, un rat portant une sorte de pompe intégrée diffusant des hormones dans son corps. Le rat n’est pas conscient de la machine qui devient nécessaire à sa vie, mais la machine ne pourrait pas non plus fonctionner en autonomie. Elle est tout autant dépendante du rat pour poursuivre ses fonctions. L’être ainsi crée est défini par cette relation de feedback qui en fait un cyborg.

Une si petite créature connaîtra une descendance prolifique. Elle possède  quelques rares ancêtres. Si l’on oublie les têtes parlantes du Moyen-Âge, on trouve quelques êtres littéraires dont la très androïde Eve Future de Barbey d’Aurevilly, l’homme prosthétique de Poe dans The Man that was used up ou le Captain America. Comme vous avez tous lu le cher Edgar, rappelons que le Captain fut constitué à partir d’un soldat chétif et d’un sérum irradié au cours de la seconde guerre mondiale.

Au-delà de ces vieilles figures, nous pourrions prétendre que l’attachement que nous avons pour les technologies nous a déjà transformé. Nous modifions depuis longtemps nos corps à l’aide de vaccins et certains portent des pacemakers. Nos technologies de la communication sont de plus en plus invasives, les jeunes filles peuvent s’implanter un dispositif qui contrôlera leurs règles… De là à prétendre que nous vivons déjà dans un monde de cyborgs…

kate_moss_cyborg1

http://danpankraz.wordpress.com/2009/07/, bon article en lien avec l'image

Une fois de plus nous devrions définir certaines choses, à savoir où commence un cyborg, au-delà de la souris spatiale. Quelqu’un pourrait demander si ceci ne risque pas d’avoir un impact sur ce que nous entendons par humain. De mon point de vue, il faut poser la question.

Mais tout cela mérite plus ample discussion, et nous attendrons donc des Astres plus propices.

15
oct
09

Éclaircie

Éclaircie

Shine On You Crazy Diamond

Pink Floyd

Pour le plaisir....

Pour le plaisir....

Peut-être devrai-je être un peu plus clair sur le sens et les buts de ces écrits virtuels? Il me semble que, touchant à un sujet éminemment complexe, je t’ai promené, ami lecteur, dans un espace multidimensionnel étrange dont je dois te donner quelques clefs. Il me faut poser des arrières plans, composer quelques structures, éclairer quelques mêmes

Tous à mon sens se rejoignent dans une même direction, à savoir dans les coups de boutoir que nous recevons dans notre identité. Je ne parle pas d’un quelconque sentiment national mais d’un phénomène plus intime et plus profond qui touche au sens même de l’humain. Ceci peut être compris à plusieurs niveaux différents tant philosophiques que technologiques, autant réels qu’imaginaires, à la fois sociaux et cosmiques voire politiques.

Et une fois ces gros mots posés, je vais les développer. À partir de cette idée simple que la culture, comme la griffe ou la dent, est un processus évolutif complexe et mouvant qui permet une meilleure utilisation de la fabrique du réel. Et que si la culture n’est pas une question uniquement humaine, l’humain est décidément un phénomène culturel.

Trouvé sur http://www.urbeingrecorded.com/news/2009/08/14/the-transhuman-gap/

Trouvé sur http://www.urbeingrecorded.com/news/2009/08/14/the-transhuman-gap/

Reprenons rapidement depuis le début de l’anthropos sans nous arrêter trop longtemps et sans oublier que la première occurrence de humanus veut dire aimable ou civilisé. Nous revenons quelques millénaires en arrière, chez les Pères de la Philosophie, le phare de la Grèce, comme disait mon prof citant Hugo ou Chénier je crois, vers 1800 selon le véritable auteur: « Le monde naît, Homère chante, c’est l’oiseau de cette aurore ». (Personnellement je mise sur Chénier mais va savoir… )

Nous pouvons déjà envisager plus de 2000 ans de construction culturelle. Facile de montrer en deux phrases une filiation intellectuelle par ailleurs des plus évidente puisque nous parlons encore de philosophie et commençons nos cours avec les présocratiques. Faire comprendre le poids de cette habitude de penser l’humain depuis Platon est plus compliqué et demanderait une analyse serrée. (Par exemple) Il serait plus long encore de démontrer comment cette philosophie, tant féconde qu’elle ait pu être par la suite, répond essentiellement à des préoccupations locales géographiquement, chronologiquement et socialement. La République, bien qu’utilisée comme référence au cours des siècles, répond d’abord à une problématique hellène limitée socio culturellement. Nous passerions ensuite quelques temps sur les dialogues de Socrate et les récits d’Homère, on enlève bœufs, gras moutons, on achète trépieds et chevaux aux crins blonds : la vie d’un homme ne se retrouve pas, jamais plus elle ne se laisse ni enlever ni saisir, du jour qu’elle est sortie de l’enclos de ses dents. (Iliade IX, 405-409)

Achilles et Ajax

Achilles et Ajax

Considérant que j’y vais déjà assez fort comme, ça, je me contenterai de rappeler que la philosophie est sortie victorieuse du conflit qui l’opposa à la sophistique et que nous donnons depuis comme surnom à la Pensée l’appellation d’une école de pensée précise.

Puis nous discuterions son influence…

Et, bien sûr, nous n’aurions pas affaire à un tout monolithique. Les Chrétiens par exemple, des Chrétiens plutôt tant les voix sont multiples, ont apporté leurs pierres à l’édifice. Il serait hors de propos de tenter d’expliquer ou même d’énumérer ici toutes les influences plus ou moins repérables qui amènent les phénomènes que nous éclairons. En ce qui nous concerne, contraints de réduire, nous glisserons allègrement à la Renaissance et ses prolongements. Pour commencer. C’est à cette époque que l’individu émerge lentement sur la scène occidentale. La Réforme par exemple demande explicitement une connexion directe de celui-ci avec le texte sacré. C’est d’ailleurs autour de cette émergence que se concentrera la réflexion sur la modernité.

Derrière l’individu, il y a l’humaniste et derrière l’humaniste l’humain. Inutile de revenir sur les inspirations gréco-latines des Renaissants. La machine est lancée qui conduira aux droits de l’homme et à l’apparition de l’ego. Commencez par Weber si ça vous amuse de creuser. Et par Aldo Manuce, qui répandit la culture grecque par l’imprimerie. En passant notons que la même société qui fut à l’origine de l’autonomisation du sujet conscient est aussi la société disciplinaire qui s’applique à contrôler les corps et les comportements de ces mêmes individus. À ce propos, je t’invite ami lecteur à méditer cette phrase de Foucault, Michel, « L’âme est une prison pour le corps* ». (à la fois un koan excellent et une fabuleuse mise en abîme).

Petite métaphore flashy trouvée sur http://analepsis.wordpress.com/2008/05/

Petite métaphore flashy trouvée sur http://analepsis.wordpress.com/2008/05/

Dernièrement je me demandais si le surhumain de Nietzsche n’est pas à un niveau une attaque contre l’humain en tant que figure anthropologique. C’est-à-dire en tant que créature sociale et historique. Une partie de la sociologie du vingtième siècle a d’ailleurs critiqué cette figure que je ne m’amuserai pas ici à définir plus avant. Nous reviendrons une autre fois sur ces penseurs dont nous avons cité Foucault qui disait (je cite de tête) que la figure de l’humain, comme un château de sable, pourrait disparaître du rivage de l’histoire.

Retournons plutôt à la Renaissance à l’aide d’un livre convaincant, la galaxie de Gutenberg.Son idée forte, devenue depuis un véritable slogan, est que le média est le message.

gutgal

C’est-à-dire que le média utilisé pour communiquer conditionne évidemment la forme et dans une certaine mesure le fond de l’idée exprimée. En d’autres termes, la pensée scientifique par exemple est permise entre autres par l’invention de l’imprimerie qui diffuse sur une large échelle l’information semblable nécessaire au développement de l’esprit critique par le recoupement de ces mêmes textes facilement accessibles. Beaucoup des premiers Protestants français étaient d’ailleurs des imprimeurs.

Vers fin août 2008, une série d’articles relayés en Suisse par le Temps ont demandé si Internet pouvait rendre stupide sous prétexte que l’hypertexte changeait le rapport au texte et la façon de penser du lecteur. L’homme à l’origine de ces articles, dont je n’ai pas retenu le nom, s’est d’ailleurs inspiré du travail de Marshall McLuhan, dont je commente le livre depuis quelques lignes. Et qui fut admiré entre autres par Terrence Mc Kenna… (voire le père Teilhard et le serpent à plumes, premier article de cette série) On reparlera, depuis le temps que je le dis, de ce qu’il faut penser de la stupidité des nouvelles technologies. Je pense pour ma part qu’Erasme pleurerait de joie devant Wikipédia.

Nous continuerons en évoquant Descartes. Est-il étonnant que l’animal machine philosophique soit contemporain des débuts de la révolution industrielle? Qu’un traité intitulé L’homme machine apparaisse en 1750?  Quelles définitions nouvelles de nous-même nous donnons-nous à travers nos technologies, qui conditionnent fortement ce que nous sommes ? Et quand je dis technologie, je ne pense pas qu’au métal. La biologie change notre rapport à l’environnement devenu écosystème, la médecine permet de transformer le genre, la physique vient de réussir la téléportation quantique…Sans oublier que beaucoup des études de science sociale sont financées par des entreprises dans des buts marketing ou que nous portons nos téléphones dans la poche…

Sanan Aleskerov	 Homme-machine, zone pétrolière, Balakhani, 1999

Sanan Aleskerov Homme-machine, zone pétrolière, Balakhani, 1999

Le 22 octobre 2008, des scientifiques du MCG (medical college of Georgia) effacent une partie de la mémoire d’une souris de façon sélective. En 2009, on fait l’inverse avec des drosophiles, leur donnant de nouveaux souvenirs crées de toutes pièces.  J’ai peut-être beaucoup lu Dick, mais que penserait Proust, lui, de cette histoire? Lui qui construit l’humanité de son narrateur à travers le jeu du souvenir ?

Et que dire de Craig Venter et de ses projets de construction artificielle du vivant ? Il n’hésite pas à affirmer que nous commençons à maîtriser notre évolution. Qu’est-ce que cela peut signifier pour notre identité, notre devenir, nos potentialités ?

la_planete_des_singes

Dans une autre direction, je lisais dernièrement un livre d’éthologie qui mettait en perspective les comportements et processus mentaux des animaux. En bref, de l’apprentissage à l’imagination, chaque processus mental est perceptible sous une forme ou une autre dans diverses espèces. Certains comportements impliquent l’apprentissage ou une certaine plasticité mentale. L’auteur s’interroge alors sur une définition de la culture qui serait utile pour parler des cultures humaines ou animales sans hiérarchie anthropomorphe en se demandant non pas si les chats peuvent lire mais ce qu’ils lisent, pour utiliser une image pas trop mauvaise. Et le postulat de la spécificité humaine de la conscience se retrouve violemment déplacé, malgré toutes les précautions de l’écrivain.

Le modèle géométrique du système solaire selon Kepler, d'après Mysterium Cosmographicum (1596).

Le modèle géométrique du système solaire selon Kepler, d'après Mysterium Cosmographicum (1596).

Est-il besoin rappeler les cosmologies diverses de l’occident, d’Yggdrasil à Einstein et plus loin pour valoriser notre argument? Ce que nous pouvons, ce que nous savons, où nous nous situons conditionne notre expérience. Lorsque nous pouvons voir la Terre depuis l’espace par l’intermédiaire d’une caméra nous ne vivons plus dans le même univers que lorsque nous contemplons la clarté qui tombe des étoiles couchés sur une colline. Et nous développons des outils médiatiques pour rendre compte de ces expériences.

Je suis pas astronome mais ça doit être bien...

Je suis pas astronome mais ça doit être bien...

Les imaginaires participent donc au processus. Nous en traiterons à travers un genre principalement, à savoir la science-fiction. Tout d’abord, malgré des précurseurs comme Lucien de Samosate, Bergerac ou Voltaire, la science-fiction est un genre contemporain puisque ses premiers auteurs apparaissent au XIXe siècle. On pourrait citer Villiers de l’Isle-Adam, Wells ou Conan Doyle parmi d’autres. Puis rappeler l’age d’or ou prétendu tel des années 1920 à 1950, qui en fondent les canons majeurs, insistant ainsi sur la redoutable contemporanéité de ces textes. On pourrait aussi se reposer sur le rapport à la science, sachant que certains prétendent que la science est indispensable à la science-fiction qui la réenchante. Autant pour Lucien.

j'ai déjà vu cette gravure, si quelqu'un possède la référence...

j'ai déjà vu cette gravure, si quelqu'un possède la référence...

Ce genre, par sa proposition de base, se préoccupe de questions sociales, même si les systèmes politiques sont plus fréquents que les modèles familiaux alternatifs. Enfin, par son rapport au temps, la science-fiction est mythologique, en ce qu’elle projette dans un ailleurs ouvert à l’imaginaire et dans une temporalité particulière des structures repérables dans le groupe émetteur. Ceci étant vrai de presque  toute fiction, nous ne distinguons pas la S-F par son rapport au futur. Le steampunk, qui rejoue Vernes ou l’uchronie réécrivant l’histoire sont bien de la science-fiction.

Le seul, le vrai, le Monolithe!

Le seul, le vrai, le Monolithe!

Ainsi nous préférons nous concentrer sur des figures et des thèmes. Nous avions évoqué l’Apocalypse, qu’elle soit Chute ou Bond, en ce qu’elle cristallise dans ses acceptations contemporaines et de façon spectaculaire une série de légitimes interrogations. En plus ça met des couleurs. Mais d’abord il y a des figures. La prolifération de ces archétypes, le robot, le mutant, l’extraterrestre, l’humain véritable, l’intelligence artificielle, permet de relier ces textes, ces films, ces sites, ces messages, à une matrice de représentations et d’expériences de la conscience qui ne peut ou plutôt ne veut pas se réduire à l’humanité.

Ce successeur est le sujet de nos explorations. Alors que les Astres deviennent propices, un nouvel être se lève…

Sur http://www.dimaggio.org/Eye-Openers/posthumanism.htm

Sur http://www.dimaggio.org/Eye-Openers/posthumanism.htm

*It would be wrong to say that the soul is an illusion, or an ideological effect. On the contrary it exists, it has a reality, it is produced permanently around, on, within the body. This real, non-corporeal soul is not a substance; it is the element in which are articulated the effects of a certain type of power and the reference of a certain type of knowledge, the machinery by which the power relation give rise to a possible corpus of knowledge, and knowledge extends and reinforce the effects of this power. “the soul is the effect and instrument of a political anatomy; the soul is the prison of the body.” Discipline and Punish, The birth of the prison, Sheridan trans., New York, Vintage, 1977

30
sept
09

Nyarlathothep et le Dieu Machine Partie I Le Rôdeur devant le seuil

Nyarlathothep et le Dieu Machine Partie I Le Rôdeur devant le seuil

Thou thoughest that I was althogether such a one as thyself.

(…)

Setebos, Setebos, and Setebos !

Thinketh,  he dwelleth i’the cold o’the moon.

“Tinketh He made it, with the sun to match,

But not the stars, the stars came otherwise;(…)

Robert Browning, Caliban upon Setebos or natural theology in the island

Bender de 50ft et Cthulhu-Zoidberg dans Futurama de Groening

Bender de 50ft et Cthulhu-Zoidberg dans Futurama de Groening

Lovecraft est un auteur surprenant. Tout ou presque ayant été écrit sur sa vie de reclus, nous n’y reviendrons pas. Ce qui semble plus intéressant serait d’interroger les ouvertures que son imaginaire torturé a permises. Son influence a fait tache d’huile à plusieurs niveaux.

À l’intérieur, depuis la mort de Lovecraft, le mythe ne cesse d’évoluer depuis les tentatives manichéennes d’un Derleth pour poursuivre ses travaux jusqu’à l’excellent jeu de rôle de Chaosium, érudit mais délirant et aux bibliographies irréprochables, originales, inspirantes. Des films, parfois médiocres, des bandes dessinées, des jeux vidéos, même le docteur Zoidberg ou les pirates des Caraïbes de Disney témoignent de l’impact du mythe poulpoïde.

le pirate Davy Jones de Pirates des Caraibes. Notez la ressemblance avec Zoïdberg

le pirate Davy Jones de Pirates des Caraibes. Notez la ressemblance avec Zoïdberg

À l’extérieur, ses nouvelles sont encore citées en exemple de construction de l’intrigue, ses descriptions quasi-scientifiques d’un surnaturel extravagant sont paradigmatiques. On trouve même certains écrivains français pour rejouer Poe et Baudelaire et s’identifier à lui à coup de biographies orientées…

Nous avons déjà mis en regard ces univers avec ceux de Tolkien. Nous allons commencer par étoffer ce propos puis tenter de l’étendre et de le rendre pertinent par rapport aux bouleversements du corps humain que nous appelions cyborg un peu plus tôt. Partant, et si ce roboratif menu ne vous a pas gavé, nous reviendrons à la machine et à la singularité.

Donc Tolkien est un auteur à l’oralité profonde et dont l’œuvre est inscrite à la fois dans une tradition catholique rare en Angleterre ainsi que dans une maîtrise extrême du fond mythologique occidental. Linguistique tout autant évidemment. En ce sens, il n’est pas étonnant que son monde soit empli d’ordre à l’exception de l’Ennemi, déchu, rebelle à Eru, le Créateur du monde par la musique. Seule la nature pervertie par Sauron ou son maître Melkor peut être source d’effroi, ou la nature dont on a oublié les secrets et qu’il faut séduire à nouveau à l’image des Ents ou du mariage d’Aragorn avec une princesse elfique. La compréhension du chant de la création permet à la créature de s’unir idéalement avec voire de maîtriser cette création.

La lampe des Valar par Ted Nashmit

La lampe des Valar par Ted Nashmit, une vision des terres du début du monde de Tolkien

Pour proposer un argument concret, remontons aux temps de la création de la terre. Deux formes de divinités s’opposent : Les Valar, les agents d’Eru et Melkor le Morgoth, c’est-à-dire le noir ennemi du monde. Les Valar créent la lumière et Morgoth tente de l’étouffer. Son action, c’est une idée qui revient souvent directement, est de pervertir la création et il est rarement capable de créer par sa propre malignité, mais alors ses œuvres sont horribles. Les orcs sont une perversion des Elfes, comme le thème perverti de la musique de la création qui, au fond, participe à sa gloire. Faites-moi confiance ici. J’aime J.R.R. Un jour je savais même ses prénoms. L’œuvre de l’Ennemi, si elle semble s’opposer à la création, finit par manifester encore plus l’œuvre du Créateur. Si vous voulez des références, c’est accessible dans le Silmarilion, dès les premières pages, mais on en trouve des versions dans l’histoire des Terres du Milieu, douze volumes de travaux en cour.  Si vous préférez,on en parle. Il paraît que je m’emporte un peu sur ce sujet. Il suffit de penser que Sauron, sujet puis successeur de Melkor, est « Dark Lord on His Dark Throne »  dans le fameux poème liminaire du Seigeur des Anneaux pour retrouver cette image de ténèbres. Gandalf  quant à lui brille d’un feu blanc lorsqu’il devient Mithrandir. Ainsi deux forces semblent s’opposer, mais réunies sur un plan plus élevé.

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L’univers en apparence manichéen de Tolkien trouve sa finesse dans son style admirable, dans les milles nuances des initiations qu’il met en scène, dans les poésies elfiques ciselées comme les parures des Noldor, dans l’équilibre délicat de ses contes mélancoliques… Mais sa vision du cosmos oppose ordre et désordre comme le lumineux triomphant face aux ténèbres vaincues mais jamais tout à fait détruites. Le dernier chapitre du Seigneur des Anneaux est un véritable manifeste écologique et cosmique qui montre la Comtée ravagée par la guerre revivre par l’action de ses habitants (Ici, disons-le tout de go : lisez le livre si vous ignorez que les Hobbits vivent dans la Comté  et que vous n’avez pas tout compris aux lignes précédentes: si vous le savez par un des films, lisez le livre quand bien même). On pourrait gloser sur le rapport entre cosmos et nature, théologie et écologie. Le tout est fortement marqué du sceau de la dualité, on l’a dit, le voyage, la quête, pouvant être vue comme le moment de naviguation entre les pôles de la lumière et des ténèbres.

En face, le style de Lovecraft est puéril, il écrit des romans à deux sous, ses inventions linguistiques (Shub-Niggurath..sic…) sont au mieux étranges et il raconte à peu près toujours la même histoire de marginal perçant les noirs secrets de l’univers…Pourtant son cosmos est le lieu d’un balancement radical. Son Cosmos est un Chaos informe.

"Shoggoth Mother" by Maija Pietikäinen

"Shoggoth Mother" by Maija Pietikäinen

Ce qu’il y a de plus pitoyable au monde, c’est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île placide d’ignorance, environnée de noirs océans d’infinitude que nous n’avons pas été destinés à parcourir bien loin. Les sciences, chacune s’évertuant dans sa propre direction, nous ont jusqu’à présent peu nui. Un jour, cependant, la coordination des connaissances éparses nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur le réel et sur l’effroyable position que nous y occupons qu’il ne nous restera plus qu’à sombrer dans la folie devant cette révélation ou à fuir cette lumière mortelle pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel obscurantisme.

Si la lumière s’oppose aux ténèbres ici aussi, l’un n’est pas la face éclairée de l’autre. La lumière effraye autant que l’ombre. Le monde de Lovecraft ne souffre ni bien ni mal, sa nature est une force incompréhensible et violente qui échappe à la maîtrise de l’humain tout en étant d’une fécondité démoniaque. La mère nature devient Ia’Shub-Niggurath le bouc noir aux milles chevreaux difformes et féconds, la pourriture s’étend sur les plantes, les bêtes et les hommes transformant les êtres en parodies grotesques et incompréhensible…L’univers lui-même peut tout à coup le temps d’une vision devenir un être inconnu et grondant, aux angles impossibles, aux dimensions brouillées.

Les dieux lovecraftiens sont terrifiants en raison de leur altérité profonde qui les met hors de  portée des humains, sauf des sorciers et des marginaux qui rejettent jusqu’à leur humanité pour les merveilles démoniaques promises par leurs divinités démentes. Cependant, malgré tout, ces dieux extraterrestres sont ancrés dans la matière. Leur puissance, leur étrangeté vient de leur maîtrise différente du monde, plus sauvage, plus intime aussi, plus savante surtout. Ils ne sont ni des créateurs ni des organisateurs, juste des êtres à l’échelle cosmique, personnifiants la nature dans toute son étrangeté mais faillibles et part de l’univers sur un plan pour l’instant inconnaissable.

Une explosion atomique ou un avatar d'Azathot sur http://www.flickr.com/photos/19458208@N00/272972197/

Une explosion atomique ou un avatar d'Azathot sur http://www.flickr.com/photos/19458208@N00/272972197/

Si l’on pose par-dessus les images lovecraftiennes une vision néo-darwinienne tourmentée de l’évolution ou les dérivés physiques des théories de l’émergence ou du chaos, on imagine aisément les deux univers mentaux se rencontrer et la nature brute et protéiforme de l’écrivain faire écho esthétiquement à quelque théorie pointue. L’imaginaire, même barbare, accompagne en douceur le basculement du centre de gravité d’un monde scientifique dont l’humain ignore et découvre l’ordre, le Cosmos, à un monde dont l’humain découvre le désordre, le Chaos. Nous pouvons donc nous permettre de jongler entre une vision rationnelle et un imaginaire assumé en tant que tel. Pensons, pour préciser les champs lexicaux, à la mécanique céleste qui accompagne les représentations du cosmos jusqu’à Newton puis imaginons le monde comme un chaos émergent. Même quand il appelle à la beauté des nouveaux modèles scientifiques, Trinh Xuan Thuan titre L’harmonie et le chaos.

Il serait hasardeux d’envisager sur ce point une influence aussi tutélaire que celle Jules Vernes ou d’Isaac Asimov, devenus des saints prophètes scientifiques et souvent cités sur le registre de la vocation. L’intérêt d’invoquer Lovecraft est bien plus de mettre en scène sur un plan impressionnant mais fictif une sensibilité au chaos émergent qui transparaît dans certaines visions soutenues par une rationalité extrême. Evidemment, le chaos scientifique est différent du chaos des Pulp et nous ne nous y avancerons pas plus.

D’autant que le thème de l’hybride et du mutant nous permet un angle d’attaque plus intéressant. Le cadre général littéraire semble biologique plus que technologique. Les limites entre ces deux mondes restent brouillées par l’étrangeté des créatures concernées. Je m’infiltrerai plus bas dans cette brèche, pour l’instant voyons des hommes des bêtes et des choses sans forme s’unir, évoluer et pour certains disparaître dans un univers débarrassé d’un centre anthropomorphe. L’univers lovecraftien n’est pas fermé à l’humain  mais plutôt à cet humain, dans le sens où la vision du réel provoque un basculement dans la folie, c’est-à-dire dans un monde aux références radicalement différentes mais tellement vraies que leur révélation provoque un effacement brutal de l’humanité du personnage, non significative lorsqu’il change d’échelle. Au prix d’une adaptation hideuse, souvent matérialisée par des tentacules, des cils vibratiles, des orifices ou des organes, le sorcier devient capable de maîtriser en partie ces énergies. Il perd alors petit à petit tout ce qui le lie à notre monde mais cela lui importe peu tant nous sommes aveuglés.

Ainsi le sorcier lovecraftien provoque une certaine sympathie trouble puisqu’il parvient par la renonciation à dépasser sa condition humaine, tout en sombrant il est vrai dans une horreur gibbeuse (sic).

le sorcier Wilbur Whateley

le sorcier Wilbur Whateley

Tout ce chemin pour en arriver à ce point, la mutation radicale. Mais je dois faire une remarque chronologique. Lovecraft écrivait dans les années 1920. Il situait ses textes dans son époque, ce qui devait augmenter leur efficacité alors et provoque aujourd’hui une délicieuse nostalgie. Sa postérité littéraire est continue mais dans des cercles limités, quoi que son influence discrète n’ait cessé de croître pour en faire un véritable lieu commun aujourd’hui. Pourtant, ses visions offrent un contexte, présenté comme effrayant soit, mais qui permettrait de dériver vers le nœud où se croisent nos technologies et nos corps dans la lumière crue d’une rationalité qui s’explose elle-même. Pour éclairer notre propos, il convient donc de faire évoluer dans l’intervalle deux personnages littéraires et scientifiques: le mutant et le robot. Et si les Astres sont propices, vous attendrez un peu avant de lire la suite…

... le demi-frère de Wilbur illustré par Raphael Garcin

... le demi-frère de Wilbur illustré par Raphael Garcin

En passant, Robert Browning met en scène Caliban, fils du démon Sétébos et de la sorcière Sycorax selon la tempête de Shakespeare dans un dialogue du crée au créateur paru peu après les thèses de Darwin…

Toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.

24
sept
09

Les Grands Anciens II: Bibliographie

Textes et hypertexte

Ça pourrait faire une masse de livres, alors je laisse un ou deux liens basiques, un ou deux textes et pour le reste débrouillez-vous. Tiens, je vais vous mettre un ou deux films aussi, on ne sait jamais. Si vous avez des vacances… Le lien donne le titre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft

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Les œuvres complètes existent en trois volumes dans la collection Bouquins pour les motivés. Chaque tome rassemble un cycle thématique, le mythe de Cthulhu, la contrée des rêves ou les œuvres diverses de l’écrivain, collaborations, travail de nègre et autres.

Différentes éditions poche proposent une sélection de nouvelles. Adressez-vous à vos libraires ou à Ricamazone.biz. Je retiens L’abomination de Dunwich, le Rôdeur devant le Seuil, ou l’affaire Charles Dexter Ward qui donnent une bonne idée de la manière de Lovecraft. Dans un registre plus cosmique, citons Celui qui chuchotait dans les ténèbres, Dans l’abîme du temps, Les Montagnes de la Folie Nyarlatothep ou l’Appel de Cthulhu.

Pour les anglophiles technoïdes ou qui possèdent une bonne imprimante, les œuvres complètes sur wikisource.

http://en.wikisource.org/wiki/Author:H.P._Lovecraft

Au cinéma, on compte quelques séries B dont Réanimator mais surtout l’excellent l’Appel de Cthulhu, un court-métrage récent imitant le cinéma muet avec une remarquable fausse naïveté. http://www.cthulhulives.org/cocmovie/ Tout un poème…

Sobrement intitulé Cthulhu, un long métrage existe depuis 2007, les infos sous : http://www.cthulhu-themovie.com/index1.html

Une liste des travaux inspirés par l’auteur serait immense, déjà que là je suis bien parti. Citons Giger, dans la plupart de ses dessins, surtout le Nécronomicon, et les pirates de la troisième partie de Pirates des Caraïbes que vous verrez différemment après avoir croisé Cthulhu. Sans oublier le Docteur Zoidberg, l’innommable extraterrestre à face de pieuvre de Futurama. Et les excellentes mémoires du Grand Cthulhu, en anglais, sur le blog de Neil Gaiman. I Cthulhu

or What’s A Tentacle-Faced Thing Like Me Doing In A Sunken City Like This (Latitude 47° 9′ S, Longitude 126° 43′ W)? sur http://www.neilgaiman.com/p/Cool_Stuff/Short_Stories/I_Cthulhu

images

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tolkien

Si possible là j’en rajoute pas… Un nouveau tome du travail de bénédictin de Christopher Tolkien dans les oeuvres de son père paraît sur une base régulière en traduction française chez Chistian Bourgois (http://www.christianbourgois-editeur.com/). Les éditions du Seigneur des Anneaux ou autres Bilbo se trouvent chez tous les bouquinistes. Les communautés web sont innombrables et devraient vous satisfaire un moment…Google est devenu l’objet d’un culte en 2008, et c’est facile de prouver son existence. Pour éviter un stérile débat, ne parlons pas du film, voulez-vous ? Une bizarre version animée existe d’ailleurs, réalisée en 1978 par Ralph Bakshi. Les inspirations et les inspirés sont innombrables.

tolkien-20definitivo

Pour ceux qui en ont marre des Nains et des Elfes, la lecture de Terry Pratchett est fortement recommandée (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pratchett). Les Petits Dieux ou Mortimer. Voire Le Faucheur par exemple. Pour commencer…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Kindred_Dick

dick

La bibliographie de Dick est assez imposante. En invitation au voyage, j’ai particulièrement aimé A Scanner Darkly, (Substance mort) d’où sera tiré en 2006 le film d’animation A Scanner Darkly de Richard Linklater. Terrifiant récit d’un policier infiltré qui doit se surveiller lui-même, le texte provoque une troublante expérience schizophrène. Sinon, en vrac, mettons Ubik, L’œil dans le ciel, Dr Bloodmoney ou Le Maître du Haut Château. Ou ses nouvelles variées dont Omnibus a publié l’intégralité en deux tomes et qui réunissent presque tous les thèmes traités par l’écrivain.

La trilogie divine, œuvre de la fin de vie, explore la relation entre l’écrivain et un deus abscondus qui lui parle à travers un satellite piraté par des extraterrestres. Avec quelques précautions, c’est fascinant par rapport au surprenant parcours de l’écrivain.

Au cinéma, on trouve le pire et le meilleur. Dans le meilleur, Blade Runner, de Ridley Scott reste l’œuvre de référence d’une certaine esthétique cyberpunk. Un grand rôle pour Harrisson Ford.

Dans un de ses rares bons films, Total Recall de Paul Verhoeren, Schwarzenegger interprète un homme aux souvenirs chargés par piqûres dans son cerveau. J’aime particulièrement Scanner Darkly aux images filmées redessinées. Très fidèle et très stylé mais boudé par la critique.

On m’a dit du bien de Screamers et je ne me souviens pas avoir vu Paycheck de John Woo, par contre je donne un cactus au vilain Minority Report de Steven « j’aime la facilité » Spielberg.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Asimov

Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger » ;

Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi » ;

Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi ».

IsaacAsimov

Ce sont les trois lois de la robotique, formulées dans I, Robot, Les Robots en français. Un bon début pour l’œuvre épique de l’écrivain qui finit par former une toile longue de plusieurs millénaires. La lecture des nouvelles est fortement conseillée à tous ceux que le film a déçu ou qui ne le verront jamais. Le cycle de Fondation, immense, est ardu mais rempli d’excellentes choses, parfois datées. En plus de la communication entre l’homme et les machines, l’auteur traite de psychyanalise et de marxisme, si l’on veut bien considérer ainsi ses bases d’analyse. Son érudition et ses connaissances techniques sont souvent impressionnantes. Des éditions complètes en poche paraissent, réunissant les textes en cycles, les robots, Trantor… Mais je ne connais pas l’éditeur, ayant lu ces textes il y a des années.

Dernier détail, l’auteur ajoutera une loi Zéro à ses trois lois, plus métaphysique puisqu’elle implique la sauvegarde de la collectivité avant celle de l’individu.

Toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.

24
sept
09

Les Grands Anciens

Les Grands Anciens

« In the beginning there was nothing, which exploded. »

Terry Pratchett

Certains se demandent sûrement quels rapports farfelus entretiennent un dieu serpent et des cyborgs, un hippie attardé et des ordinateurs mystiques avec la fin d’un monde. Ne voulant pas répondre directement aux interrogations légitimes de ces sympathiques curieux, je vais me permettre de louer à présent quelques Grands Hommes.

Nous allons un peu parler culture, un peu de littérature, beaucoup de livres à deux sous et faire quelques bonds entre quelques imaginaires.

À commencer par celui de Lovecraft. Quel intérêt à part troubler mon aimable lecteur que d’ici rappeler le Reclus de Providence? Ce misérable et xénophobe auteur de gare au style adolescent? Le triste fournisseur frustré des Pulp des années 1920 ? Parce que ce génie de l’imagination propose un des premiers panthéons de la littérature populaire qui soit dépourvu de conscience du bien et du mal et dans lequel l’humanité n’est rien qu’une chose insignifiante qui ne peut comprendre les océans de ténèbres l’entourant. Au milieu du chaos, au son de joueurs de flûte aveugles et idiots, les dieux informes attendent en rêvant. Plus encore, cette violence aveugle est décrite en termes organiques, visqueux, rampants… Un aspect biologique et gluant que l’on retrouvera des années plus tard dans le décor d’un film comme Existenz de Cronenberg ou évidemment dans les créatures d’Alien.

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Faut-il lui opposer l’imaginaire de Tolkien? Hélas combien d’enfant de hippies s’appellent Galadriel? Ça peut être pire n’est-ce pas Frodon? Et que je me balade en robe blanche et brillante en déclamant des vers dans une Nature que même un témoin de Jéhovah trouverait clinquante à force d’éructer de joliesse benoîte…

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On pourrait prétendre, au-delà de l’œuvre des deux maîtres respectifs, opposer leurs successeurs et activateurs. Je prétends d’ailleurs pas que les types qui invoquent Cthulhu ou Nyarlatothep le soir dans le jardin soient moins atteints que les chanteurs de chants elfiques mais il y aurait matière à un développement qui suivra peut-être.

En attendant, si nous retenons d’un coté pour Tolkien l’idée d’ordre cosmique, et pour les elfes ou les dieux les adjectifs beau, clair, propre et ordonné, à l’exception des forces comme Melkor ou Sauron qui refusent cet ordre naturel matérialisé par le Chant de la Création mais passons, de l’autre l’idée de chaos cosmique avec des adjectifs comme aveugle, incompréhensible, rampant, grouillant pour Lovecraft et ses flûtistes tarés, on pourrait formuler des pôles maximums de représentation de la Nature.

Monstre Lovecraftien

Monstre Lovecraftien

Si les images des Terres du Milieu sautent aux yeux lorsque l’on parle des hippies et de l’ordre cosmique, les dieux hideux de Lovecraft peinent à priori à s’imposer comme modèles…Pourtant on a tous vu Alien… Et peut-il y avoir un désordre cosmique? Pourrait-on utiliser nos deux écrivains comme les pôles antinomiques d’une réflexion cosmographique ? Le développement susmentionné s’avère presque nécessaire. Parlons donc d’autre chose.anAndroidsTale-email

Il faudrait sans doute mettre en scène pour continuer à creuser des représentations plus ou moins populaires, quelques super héros arrivés à ce point afin de nous détacher du cosmos et de revenir à l’humain, tant artificielle que soit cette séparation. Ou rappeler ensuite l’age d’or de la Science-fiction et ses fusées dorées dressées vers le ciel pour explorer des espaces vierges et prometteurs. Mais les années cinquante angoissantes voient étouffer aussi un prophète ambigu et paranoïaque: Philip K. Dick.

Nous continuons résolument à promener un regard non biographique et thématique sur quelques oeuvres et sur ce dernier plan, en racontant toujours la même histoire de paumé, Dick est presque partout précurseur: l’androïde, les corporations, l’intrusion d’une ou de plusieurs réalités dans un monde qui se fissure à force de glisser, le jeu trouble d’une mémoire éclatée, entre drogue et écran, qui hésite sur son humanité… L’écrivain annonce magistralement la société paranoïaque et schizophrène de ce vingtième siècle qui ne cesse de finir.

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En toile de fond, cette angoissante question “Qu’est-ce qu’un humain” est posée avec une vigueur et une profondeur renouvelée. Ici interviennent les robots. Dans l’œuvre de Dick, ils sont un moyen de mettre en scène positivement ou négativement l’empathie, force définissant l’homme selon l’écrivain. L’empathie, c’est de façon simple la capacité de ressentir ce que l’autre ressent, quel que soit la forme que cet autre puisse avoir. Donc un robot, ou à fortiori un protoplasme extraterrestre, peut être plus humain qu’un humain, et l’humain plus mécanique qu’un robot, propos qui sera familier aux spectateurs de Blade Runner de Ridley Scott (la nouvelle de Dick s’appelait Do Androïds Dream of Electric Sheep? d’ailleurs). Ceci n’est qu’une facette de l’œuvre de Dick (ai-je besoin d’écrire que j’y reviendrai). Cette facette permet de continuer un parcours qui passe par Asimov et ses fameuses trois lois de la Robotique J’aime bien ce monsieur, mais depuis qu’il a formulé ses lois, on le retrouve en Saint Père de la Robotique, mis et mangé à toutes les sauces. D’accord, c’est lui qui invente ce mot mais il occulte souvent des écrivains plus déroutants et détonants comme le Dick dont nous venons de parler.. Asimov écrit comme un scientifique. On trouve plus beau. Ça tourne parfois en rond, à la démonstration, mais on y trouve des idées fortes. Dans I’Robot le livre, recueil de neuf merveilleuses nouvelles, il formule les fameuses lois régissant les rapports entre l’humain et les robots puis les dérègle subtilement par des processus psychologiques comme la double contrainte ou invente un robot Descartes découvrant sa conscience et son doute. Et mieux, en évitant le vieux coup rabâché de La Créature Rebellée contre son Créateur. Le robot est souvent soumis mais cette soumission n’est jamais passive prenant souvent la forme d’une découverte mutuelle des possibilités des créatures et des créateurs.

Ainsi, dans un temps, le robot s’approche de l’homme, mais l’homme se rapproche aussi du robot.

Par exemple Robocop. Je garde Donna Haraway sous la main, parlons néanmoins du cyborg. Et donc de près ou de loin du cyberpunk. Mais dans un autre article. Puisque à moins de laisser artificiellement la chute en suspension dans le vide, je dois renouer les fils de ces pièces qu’on croirait rapportées.

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Avant, à travers Tolkien et Lovecraft, nous aborderons un rang de représentations sur la place de l’humain dans le cosmos. Ensuite, sans respecter la division canonique, nous aborderons des rapports au corps, mais aussi au sens de l’humain qu’impliquent ces représentations en tentant de montrer l’impact réciproque entre les technologies extrêmement impliquantes que nous utilisons aujourd’hui, les mouvements imaginaires provoqués par ou précédant ces mouvements et les impacts possibles sur les représentations mais aussi les potentialités concrètes d’être humain.

Nous parlerons par exemple du cyborg comme manifestation d’une tendance de la technologie à se biologiser et de la nature à se technologiser. Tout se passe comme si, dans une certaine littérature au moins, ailleurs peut-être, l’on pouvait brouiller les catégories de l’animé et de l’inanimé.  C’est là que nous reverrons Lovecraft d’abord puis Dick et les robots, les cyborgs, enfin. Prolongeant ces imaginaires qui anticipent ou sous-tendent des notions actuelles, j’estime que cette formule rend assez bien compte de réalités contemporaines et pourrait même être le prétexte d’une analyse historique. En vrac quelques mots: implants, ogm, bionique, shaman, transsexuel…Bien racoleur mais du pain sur la planche quand-même…

Les Astres sont propices…

Toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.

24
sept
09

Le père Teilhard et le Serpent à Plumes

Le Père Teilhard et le Serpent à plumes

« A new world is only a new mind »

Williams Carlos Williams

Après des années d’attente pathétique, Seymour le chien de Philip J. Fry décède à la fin de l’année 2012. La même année, Robert Neville, personnage principal du film Je suis une légende, meurt le 21 décembre dans la solitude lui aussi. Super size me se termine en prophétisant la chute de MacDonald. Sur la pierre tombale sont inscrites deux dates: 1954 et 2012. La vérité, x-files, dernier épisode, annonce l’achèvement du Grand Plan des Petits Gris toujours la même année, qui voit par ailleurs sur la BBC le Docteur repousser une invasion de Daleks. En passant, regardez Doctor Who, géniale série anglaise à la fois absurde, pince-sans-rire et de pure science -fiction.

Pour revenir à notre sujet, Genesis, la chanson s’appelle Get’Em out by Friday, ou Incubus, sur A certain shade of green, font référence encore à la même date. On la retrouve dans les romans de Robert Henlein, dans les exceptionnels Invisibles de Grant Morrison (chez Panini Comics ou http://www.bm-lille.fr/bmlille/bmlille.php?rub=35&art=110 pour une bio de l’auteur) ou au détour d’une masse de jeux, de Shadowrun à Méga Man, du jeu de rôle cyberpunk au jeu vidéo de plate-forme. Et selon Eric Cartman, nous allons tous mourir.

(Wisdom of the Cartman lesson three: know what awaits you in heaven et lesson twelwe: kids with red hair and freckles have no souls http://www.southparkstudios.com/crap/dvds/cultofcartman.php)

Hors des fictions, le paysage est moins surprenant mais plus fantastique. Entre glaciation, hiver nucléaire, retour de la planète Niburu ou débarquement d’extraterrestres, les prédictions sont variées et presque innombrables.

À ce stade, et plutôt que d’enchaîner des références de plus en plus étranges, il convient de poser quelques questions: d’où vient cette date ? qu’est ce qui lui a donné les moyens de se répandre comme un virus ? et plus important pour qui prépare sereinement son avenir…Que va-t-il se passer?

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Tout d’abord un petit point sur l’une des branches de cette tortueuse histoire. Elle  débute avec le fascinant et complexe calendrier des Mayas. Quelques explications techniques s’avèrent nécessaires puisqu’une partie des théories et des prédictions dont nous avons parlé plus haut est inspirée de près ou de loin par des lectures de ce calendrier.

N’essayez pas de retenir les noms oubliés de ces cycles précis. Nous n’avons besoin que d’un aperçu, mais les prêtres –sorciers ont eu le temps de s’ennuyer et le résultat n’est pas simple.

Les Mayas utilisaient donc au moins trois calendriers différents. Le premier est un cycle religieux et divinatoire de 13 fois 20 jours, soit 260, le tzol’kin. Le second est un cycle civil de 365 jours ou haab. Le dernier, plus complexe, est utilisé pour enregistrer l’histoire. On peut le visualiser comme l’imbrication de cycles allants du jour ou kin au baktun de 394 ans environ. 13 baktunob forment le compte long, une période de 5126 ans, elle aussi cyclique. Rajoutons que les Mayas utilisaient une série d’autres cycles et que ce compte long ne fut utilisé qu’à la période classique de cette civilisation.

Plus à propos, relevons la parfaite synchronisation entre les dates de ce calendrier et celles du nôtre. Savoir une date maya permet de connaître son équivalente dans le calendrier julien. La date o du compte long en cours correspond au 6 septembre 3114 av. Jésus-Christ. La fin de ce compte long serait donc le 21 décembre 2012, en accord avec le calcul savant connu sous le nom de “corrélation Goodman Hernandez Martinez Thompson” (sic) qui a relevé cette synchronisation. Signalons pour l’exhaustivité que le compte est parfois décalé de deux jours ou de 260 ans au gré des controverses scientifiques. Et qu’il légitime quantité d’interprétations millénaristes.

Nous devons à présent effectuer un saut dans le temps et l’espace pour nous retrouver à la fin des années hippies. Terence McKenna commence son parcours psychédélique. Ce personnage hors normes, un des papes de la contre-culture, que Timothy Leary a appelé “le vrai Tim Leary” et qui admire Marshall McLuan, Pierre Teilhard de Chardin, le christianisme gnostique et James Joyce, se lance en 1971 dans une série de transes hallucinatoires à base de DMT. Il ne cherche pas, comme ce fut le cas quelques années plus tôt, une meilleure connaissance de soi mais plutôt un autre niveau de conscience permettant de voir le côté invisible de la réalité.

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Les drogues le mettent en contact avec des entités qu’il appelle “elfes mécaniques auto transformant” effrayants et fascinants l’incitant à étudier une version primitive du Y-ching, le livre des transformations, livre chinois plurimillénaire fameux servant à la divination.

On laisse à une autre fois l’étude des phénomènes psychiques et l’on accepte sans autre les témoignages des gens s’il vous plaît, j’argumente même à l’occasion;  ce n’est pas le sujet ici. Bref, McKenna met  au point une théorie de l’univers vu comme une machine à préserver et à produire de la nouveauté dans le temps. La nouveauté est comprise comme l’opposé de l’entropie, l’extropie.

Graphiquement, l’extropie se répand sous la forme d’une courbe fractale à travers le temps, qui prend donc lui aussi la forme d’une courbe fractale, la modélisation de ces courbes est connue comme la TimeWave Zero. Celle-ci montre à quel moment mais pas à quel endroit la nouveauté se répand dans le temps. Plus simplement, on peut visualiser le temps comme des cycles ou des boucles de taille variées suivant que l’entropie ou l’extropie domine. Selon McKenna, ces cycles devraient tous se synchroniser par une extraordinaire coïncidence le 12 décembre 2012…

Ne voulant pas inciter mes aimables lecteurs aux aventures psychédéliques, je laisse à chacun le soin de vérifier le raisonnement ci-dessus par les moyens qu’il juge approprié afin de visualiser les boucles fractales de temps et d’extropie. J’ai laissé quelques liens…

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Pour revenir à McKenna, qui prétendit en passant n’avoir appris qu’après coup l’histoire du calendrier maya, cette date qu’il appelle eschaton (la fin des temps en grec) sera une explosion de nouveauté, d’extropie, et non un désastre total. Sa mythologie mérite d’être décrite.

Auparavant un mot encore sur le personnage. Il est important, plutôt que de crier au drogué halluciné qui a pris ses désirs pour des réalités, mais tout en admettant sans problèmes avec lui que c’est complètement le cas, de comprendre le contexte et la démarche de McKenna. Si très vite il est devenu une figure de la contre-culture, particulièrement dans les milieux news age mais aussi dans la musique Goa entre autres où ses discours sont samplés et mixés sur des rythmes censés aider à l’hallucination, il montre peu d’indulgence pour une immense partie de ces mouvements qu’il juge dogmatiques.

Sa démarche est tout entière basée sur l’expérience et détonne au milieu de la plupart des petits gourous de la seconde moitié du vingtième siècle. D’abord parce qu’il ne cherche pas à réunir un groupe de fidèles, mais incite plutôt à une démarche personnelle à la fois impliquante, dangereuse, marginale mais conservant un certain esprit critique. Il a ainsi travaillé avec son frère sa vie durant.

Ensuite parce qu’il faut dire un mot de ses théories les plus fameuses à savoir le singe drogué et la théorie de la nouveauté. Au fait la théorie du singe drogué prétend que l’homme est devenu humain en changeant de régime alimentaire, c’est-à-dire en mangeant ces sortes de champignons qui font voir des choses multicolores et le grand tout cosmique en stéréoscopique….  Si leur succès est immense, si des dizaines d’allumés les prennent pour argent comptant, McKenna a toujours présenté lui-même ses théories comme des hypothèses basées sur un travail visionnaire conscient et critique, ne répondant qu’au minimum aux exigences des scientifiques mais sans leur être opposé, en bref le travail d’un cyber-shaman.

McKenna sait consciemment qu’il crée des mythes ce qui l’empêche de se prendre au sérieux. En fait, des scientifiques qui se sont penchés sur ces théories, au-delà de la discussion morale de ses méthodes, non seulement n’y ont rien trouvé de décisif mais ont même infirmé plusieurs de ses postulats: calculs arbitraires pour la timewave, soupçons de lamarckisme pour la théorie du singe savant… Cependant plusieurs, dont Ralph Abraham, qui a participé à l’élaboration de la théorie du chaos, ont collaboré avec lui et d’autres ont avoué s’en être inspirés.

De plus la théorie de l’extropie de McKenna rappelle et s’inspire d’une théorie plus rigoureuse quoi que très hypothétique : la Singularité technologique, attribuée à John von Neumann mais formulée par l’écrivain de s-f et professeur de mathématique et d’informatique Vernor Vinge, décrivant dès les années 50 une asymptote verticale du progrès scientifique et postulant un point où celui-ci échappe à la compréhension de l’homme car il produit la capacité de se reproduire par lui-même. On pense évidemment à des Intelligences Artificielles aux capacités dépassant les humains et capables d’insuffler leur propre dynamique  au progrès (sans définition)   voire à une évolution réflexive de la conscience posthumaine.

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Certaines visions inspirées du philosophe et théologien français Teilhard de Chardin, mais coucou qui voilà, ont une appréhension plus spirituelle de cette rupture puisqu’ils imaginent en parallèle une augmentation de la conscience de l’homme ouvrant les portes de la noosphère, c’est-à-dire une sorte de biosphère possédant la conscience justement, avec plus ou moins de cyberespace pour en préparer l’avènement à en croire ceux qui s’en sont inspirés, dont McKenna.

N’oublions pas de citer Dan Simmons et l’extraordinaire cycle des Cantos d’Hypérion (merci Keats) qui remet en scène le vénérable père Teilhard entre autres tout en imaginant une infosphère qui serait la noosphère de la machine et dans lequel  les I.A. elles-mêmes affrontent leur propre singularité puisqu’elles se rêvent un dieu informatique…

Mais 2012 est encore loin et je crains à présent de lasser mes lecteurs.

Un prochain texte développera l’histoire de la planète Niburu et parlera des cybershamans. De Qetzalcoatl aussi, promis…

Les Astres sont propices…

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toutes les illustration sont propriétés de leurs auteurs et reproduite à des fins désintéressées pour instruire et distraire. Naïvement. Merci.




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